CHEVREVILLE

Publié le par canton-saint-hilaire du Harcouet

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La plus petite commune du canton (445 hectares pour 196 habitants en 2010), Chèvreville doit son joli nom aux origines incertaines, peut-être aux réserves de chèvres dévolues aux villas carolingiennes. Sa dénomination ne cesse d'évoluer : Capravilla (1173), Caprivilla (1210), Chièvrevilla (1235), Chièvreville (1398) et aussi Cheffreville (1559). Son domaine relevant directement des comtes de Mortain, elle dépendait donc au Moyen Age de la sergenterie Corbelin et pour le religieux du doyenné de Saint-Hilaire et de l'archidiaconé de Mortain. Son principal fief est le Bois-Frazier dit encore Fief Gobey qui, en 1614 affiche manoir, domaine et colombier. Mais il y aura aussi jusqu'à la Révolution un autre manoir à la Dorbelière, appartenant aux des Illes.

Sous l'Ancien Régime, la commune est aux d'Isigny, puis aux Abraham " tabellions royaux en la basoche de Mortain " jusqu'en 1740 en partie car au XVIIe siècle, une bonne portion de la paroisse est sous le patronage des sieurs de la Bazoge lesquels, calvinistes, doivent après la révocation de l'édit de Nantes, se réfugier en Hollande. Leur succèdent les de Marceuil (des environs de Vire), en 1764 les de Saint-Germain et en 1790 les de Lorgeril. En 1770, il y a 70 feux soit environ 350 habitants.

Cette période d'avant la Révolution est bien relatée par les archives paroissiales. Leur premier rédacteur (en 1643) est le vicaire François Pinson, et l'on y trouve de précieuses indications sur la vie des populations de l'époque. En 1721, le curé Gilbert Fautrel est admonesté par Mgr César Leblanc en visite épiscopale car il y a trop peu d'enfants au catéchisme, mais il faut dire aussi qu'on sort d'une grosse épidémie de dysenterie, maladie récurrente qui va encore faire 22 morts en 1736 et 11 l'année suivante : c'était près de 13 % de la population ! en 1749, la situation de la cure ne s'améliore pas, et cette fois Mgr Durand de Missy reproche au curé Lucien Baschet trop de désordre ou l'absence d'un trésorier à la Fabrique. Mais il faut dire que c'était une toute petite cure au bénéfice insignifiant (200 livres). En 1781, c'est la diphtérie qui frappe le village : le meunier Pierre Tencey, sa femme et ses deux filles sont emportés en un mois !  

En 1790, le curé en poste, messire du Bouays de la Bégassière refuse de signer la constitution civile du clergé, tout comme le vicaire Caugeul (qui sera ensuite curé de les Pas de 1803 à 1827). Ils laissent place à l'intrus Jean-Baptiste Gougeon (originaire en 1749 de Céaux où il va très vite se retirer), et le curé légitime, réfugié dans un premier temps chez M. de Lorgeril à Parigny, puis à Jersey aura la satisfaction de rouvrir son église en 1800 jusqu'à sa mort trente ans plus tard.

L'édifice dont le chœur avait été rebâti en 1754 fut dépouillé, les cloches emmenées au district. Il n'y avait qu'un seul " patriote " dans la commune, Germain Abraham qui abattit plusieurs statues. Les sacrements pendant toute la tourmente révolutionnaire étant assurés par les prêtres réfractaires de Milly (Bouvier) et Parigny (Lemonnier).

Pendant la Restauration, le château fut construit (1835-1837) par Édouard de Lorgeril (dont les belles avenues ont été malheureusement détruites par la tempête de 1999) avec ses dépendances, ancienne maison des gardes et communs, apparemment bâtis à partir d'éléments du Bois-Frazier primitif. Il est resté dans la famille de ses descendants, le vicomte Huchet de Cintré.

La première mention des écoles date de 1840. La population a ensuite insensiblement décliné, perdant 100 habitants au XIXe siècle.

  

Chèvreville de 1900 à 2010

  

Sous le mandat de Ferdinand Bochin (1903-1929), une notice géographique et historique des instituteurs de 1913, montre une commune néanmoins encore active avec une majorité de cultivateurs mais aussi tous les corps de métiers indispensables à la campagne (un café-épicerie, un marchand d’engrais, un menuisier, un charpentier, deux couvreurs en paille, un moulin), mais déjà une forte émigration vers Paris. Il y a encore 4 hectares de terres incultes, mais 11 de vergers, la vie s'animant avec 25 voitures hippomobiles et seulement deux vélos, entre le bourg et quelques gros hameaux importants comme la Métairie (31 habitants) ou le Hamel (32 habitants).

Le grand moment de l'année c'est la fête Saint-Gorgon, saint guérisseur, patron des tabellions et des notaires (dû sans doute aux Abraham influents, on l'a vu, au XVIIe siècle), laquelle a traditionnellement lieu début septembre, et les fêtes religieuses : Fête Dieu, Rogations, communions solennelles, mariages et enterrements.

La Grande Guerre comme partout amène son lot de deuils (8 tués au front), et l'entre deux guerres est marqué par la première modernisation de l'agriculture et le conflit des bouilleurs de crû que, bien sûr, toute la population rurale soutient ici.

La mairie n'obtient son local à usage de mairie qu'en 1936, auparavant les cérémonies civiles se déroulaient au domicile du maire Paul Lericolais (1929-1940) et les chemins restent fort mauvais, à tel point que l'hiver pour rejoindre la route Saint-Hilaire-Juvigny, il faut souvent porter le vélo à l'épaule. De la même manière, Armand Gâté, futur maire (1945-1965), possesseur de la première voiture en 1926 devra attendre quelques années et la remiser dans un garage avant de pouvoir s'en servir, car on n’accédait à la route de Juvigny que par un mauvais chemin.

Les mandatures d’Émile Sébire (1940-1944) et de Paul Lericolais (1944-1945) vont être marquées par le retour des combats qui vont faire encore 5 morts, et l'Occupation voit 9 pensionnaires d'un genre nouveau, habillés en feldgrau au presbytère, proche de Sérouanne (en Martigny) où se trouve le groupe de résistants très actif mené par Jacques Navier, un ancien pompier de Paris, qui se repliera souvent ici chez Louis Levesque. La petite commune sera marquée par de nombreux combats à la Libération.

Le 7 juin sont semés des crève-pneus à la Datinière et, le lendemain dans la nuit du 7 au 8 juin, la voie ferrée Saint-Hilaire-Fougères est plastiquée.

Le 9 juin, la route principale d'Avranches n'étant plus suffisante pour assurer le trafic des troupes allemandes, dans la journée, le groupe coupe un arbre de plus d'un mètre de diamètre au Pointon en Chèvreville sur la route de Juvigny, opération assez longue car il fallait souvent s'arrêter et dissimuler la coupe lors du passage des convois allemands. Enfin, l'arbre s'effondra, et, toute la nuit, les véhicules vinrent s'entasser les uns derrière les autres, car, aussi curieux que cela puisse paraître, les Allemands n'étaient pas outillés pour scier du bois. C'est à la mine, et même au canon qu'ils purent se frayer un passage, et ce n'est qu'à 6 heures le lendemain, que les premiers véhicules réussirent à reprendre la direction de Saint-Lô, au grand désespoir des résistants. Dans la nuit, Louis Blouet fit prévenir un radio en Mayenne, Londres fut alerté et envoya trois chasseurs-bombardiers qui mitraillèrent impitoyablement la colonne. On dénombra 52 camions et 2 canons de 88 incendiés. Le festival d'explosions dura toute la journée et, cette opération qui fit beaucoup de morts fut une des premières actions majeures imputables à la Résistance en Basse-Normandie à partir du jour J.

La bataille de Mortain toute proche, début août 44, voit de nombreux bombardements : 3 maisons détruites (à la Ilardière et la Croix Bochin), 17 maisons sinistrées. Chèvreville sera libérée le 2 août 1944.

L’après guerre conjugue tout à la fois reconstruction et mécanisation, cette fois décisive de l'agriculture, ce qui abaisse encore le seuil de la population : 267 habitants en 1900, 235 en 1936, 211 en 1965, année qui met un terme à 3 ans d'un remembrement assez radical : 378 hectares remembrés sur 430 possibles !

Toute cette période est marquée par la mandature d’Armand Gâté, maire de 1945 à 1965. Il ne se représente pas alors pour raisons de santé, et décède en avril 1966. On lui doit : l’aménagement de nombreux chemins ruraux, la construction du groupe scolaire (1954), l’arasement de la " petite mairie " (1957) et, bien sûr, la décision en 1962 du remembrement avec prise de possession en 1965, et réalisation sous le mandat de son successeur, Fernand Leclerc.

  

Le remembrement

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De 1965 à 1995 on est dans la mandature de Fernand Leclerc (décédé le 4 avril 2004) qui poursuit l’œuvre de son prédécesseur à laquelle il avait été étroitement associé puisque déjà au service de la commune depuis 1947. Il a terminé le remembrement, créé le lotissement communal (1981), et le R.P.I (1988) avec les communes voisines du Mesnillard et Fontenay. Il prend également des responsabilités cantonales importantes : président du syndicat d’eau (1983) en remplacement du Docteur Cuche, vice-président de la Communauté de Communes en 1992.

Pierre Almin (né en 1926 à la Herberchère), installé en 1952 à la Liardière où depuis 1991 il est en retraite, fut une des chevilles ouvrières de cette opération particulière que fut le remembrement puisqu'il fut le second du département après celui de Vergoncey dans le canton de Saint-James : " l'idée avait germé dès 1957 autour d'Arsène Malval dont la ferme-pilote avait été remarquée, et de Fernand Leclerc autour du CETA, un centre d'études qui mit en place une véritable dynamique : voyages d'études, la venue de techniciens, aide du collège agricole avec MM. Berthaux et Balembois. Faut dire aussi que c'était un réel besoin. Chez moi par exemple, pour 10 hectares il n'y avait pas moins de 24 parcelles ! Il y avait peu de terres disponibles à acheter ou à louer. L'entr’aide familiale et le voisinage ont beaucoup joué pour les travaux qui ont duré trois ans de 1962 à 1965, car il y avait moins de gros matériel que maintenant. On a beaucoup fait à la pioche et à la main, avec les chevaux pour abattre les arbres. J'ai planté par exemple 1 000 bornes de 25 kg chacune. A un moment on a travaillé 80 jours à six personnes sans interruption. Dix ans plus tard on a constaté, comme ailleurs que le remembrement avait peut-être été un peu trop radical. Personnellement, j'ai la sensation de m'être installé en fait deux fois : en 1952 avec les chevaux, puis en 1965 avec le remembrement et le tracteur, un nouveau monde puisqu'il fallait acheter tout le matériel qui allait avec. Après 1965 on a adjoint les porcs au lait, c'était un autre monde qui commençait ".

La population reste dynamique, en 1964 un comité des fêtes lancé par Alcide Gazengel et André Jouvin met l'ambiance autour de la fête Saint-Gorgon.

Les années soixante vont être fertiles en activités associatives : on y fait des " intervilles ", un son et lumière, des grandes fêtes aériennes comme en septembre 1966 et 1967 avec saut de parachutistes et la venue de 14 avions civils, un hélico " Banane ", un " Broussard " venus de Tours et même le passage en rase-mottes de deux avions de la patrouille de France.

  

L’église et la paroisse

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Au début du 19e siècle existait une vieille église qui avait été primitivement la chapelle des de Saint-Germain, seigneurs de Chèvreville. Devenue trop petite pour la population, des travaux d’agrandissement et de reconstruction furent entrepris en 1853 par l’architecte Théberge d’Avranches, et c’est à cette époque que l’on va édifier le clocher actuel.

Du côté du clergé, en 1970, le père Morel qui arrivait d'Avranches, prenait en charge les paroisses de Fontenay, Chèvreville et Milly. Parmi ses prédécesseurs, l'abbé Chassé, décédé des suites d'une grave maladie, n'exerça que quelques mois et l'abbé Robert Langlois, resta environ 12 ans avant d'être nommé curé de Virey. Ils avaient tous les deux la charge seulement des paroisses de Fontenay et Chèvreville qui, sur le plan administratif dépendaient, la première du canton de Mortain et la seconde de celui de Saint-Hilaire-du-Harcouët.

Si l'abbé Langlois fut à l'origine du théâtre, l'abbé Morel initia la première fête du pain bénit qui eut lieu à Fontenay et se limita pour la première année à une "messe solennelle" avec pains bénits. La seconde année, cette fête eut lieu à Milly, on y ajouta un inter-communes : Fontenay-Milly-Chèvreville, ceci pour permettre aux habitants de ces 3 communes de se rencontrer pour mieux se connaître et surtout de réaliser quelque chose ensemble. La 3ème édition aura lieu à Chèvreville, toujours dans le même esprit, et la dernière pour le père Morel, à nouveau à Fontenay, elle s'achèvera par une "soirée retrouvailles" avant son départ pour Ger en 1974.

Le curé de l’ensemble " transcantonal " est à partir de 1974 le Père Joseph René Desvages, catalyseur d'une belle dynamique socio-culturelle avec sorties, théâtre, colonies de vacances et voyages à l’étranger, d’où la création en 1978 de l’association " Arts et Loisirs " de Fontenay - Milly – Chèvreville, présidée par Maurice Lair, qui sera récompensée en 1990 par un trophée remis par Mme Chirac en personne, à l’issue du concours " j’aime la famille " et destiné à honorer une action en faveur de l’animation en milieu rural.

Albert Mazier, successeur du père Desvages en 1985 sera le dernier prêtre résidant.

  

Arts et loisirs

  

L’association "Arts et Loisirs" de Fontenay-Milly-Chèvreville voit officiellement le jour en 1978. Elle couvrira les activités existantes (kermesse, théâtre) mais aussi des activités nouvelles dont l'organisation de centres de vacances pour les jeunes de la région. Le directeur et l'animateur n'étant autre que l’abbé Desvages.

Cette association nouvelle sera présidée par Maurice Lair, présidence qu'il quittera 22 ans après, le 4 octobre 2000. Dans ce premier conseil d'administration on trouve les noms de : Noël Leclerc, René Fouillard, Alphonse Cordon, Victor Garnier, Jean-Luc Rochefort, Gérard Derenne, Gérard Roussel, Martine Pacilly, Victor Lemée, Philippe Rochefort, Marcel Lehéricey, Ginette Hamel, René Hamel, Jean Davy, Maurice Lair et Joseph René Desvages (membre de droit).

Cette association aura pour rôle de rassembler et unir au sein des communes de Fontenay, Milly et Chèvreville. Pour cela elle organisera des concours de belote, des après-midi "rencontres" notamment pour les anciens, car à l'époque les clubs du 3ème âge n'existaient pas ; une journée des "anciens"et on appellera ce rassemblement la journée des "jeunes de cœur" ; on organisera entre autres chaque année au printemps le fameux buffet campagnard qui rassemblera jusqu'à 800 personnes, organisation maison, il faudra tuer jusqu'à 2 porcs élevés par nos soins, des voyages d'un jour voire plusieurs jours ( Hollande, Belgique, Alsace, Lourdes… Carrousel de Saumur entre autres), toute la région y aura passé ! même la kermesse va trouver un nouveau visage avec la venue des gens comme Victor Vivier, le "Bourvil Saint-Lois" elle était principalement animée par les gens du pays, on avait constitué des groupes de danses folkloriques pour les adultes également des danses présentées par les enfants, sans oublier le repas du midi et l'organisation de "retrouvailles" le soir. L'association va en outre organiser les premiers thés dansants…

Et dans tout cela, Joseph René Desvages va surtout se consacrer à l'organisation et à l'animation de centres de vacances généralement sur la côte atlantique pour les plus jeunes et en Allemagne, Angleterre, Espagne, Italie, Maroc, Grèce pour les plus grands, ces camps seront itinérants (ils seront d'une durée moyenne de 3 semaines).

Au départ de Joseph René Desvages, Christian Ronceray va prendre la relève puis faute de pouvoir recruter un nouveau directeur cette activité va disparaître ; quant aux autres elles vont subsister. (Souvenirs de Maurice Lair)

 

Constante à Chèvreville, la politique municipale n’est pas faite de rupture puisque Victor James, maire durant deux mandats de 1995 (année du départ en retraite de Mme Victor Langlois, secrétaire de mairie depuis 21 ans) à 2008, avait travaillé avec ses prédécesseurs, et comme eux, favorisé les constructions et un petit lotissement communal de 3 parcelles. En tout, 23 permis de construire ont été délivrés, politique stoppée net en 2007 par le problème de la THT dont on va parler plus loin.

Victor James est à l’initiative du comité des fêtes présidé par René Vaudou, qui instaure une dynamique : construction du terrain de boules (1998), et organisation à partir de l’année suivante avec le concours de l’écurie Aubignaise, de la poursuite auto sur terre, manifestation unique dans la Manche suivie par 1 000 spectateurs en 2001, et jusqu’en 2003 où les courses cyclistes prendront le relais avec l’aide de Gilbert Daniel, futur maire, dont la fille Séverine, sera élue en 2007 Miss Normandie, pour concourir ensuite au titre de Miss France.

Le combat actuel, celui qui a remis la petite commune sur le premier plan de l'actualité est celui de l'opposition aux couloirs de lignes, dont le maire Gilbert Daniel élu depuis 2008 nous résume ci-après l'esprit :

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" Notre commune entame un déclin économique et social où le projet de ligne THT bloque en plus tout espoir en matière d'urbanisme : pas un permis de construire délivré en trois ans alors qu'il y avait un potentiel de 20 parcelles. C'est une commune sacrifiée, la seule sur les 64 du parcours à voir impactée 62 % de sa population à moins de 400 mètres. Nous sommes bien sûr inquiets de la double peine qui peut aussi nous être infligée par la réforme des rassemblements pédagogiques qui voudrait regrouper désormais les enfants sur un seul site. Notre commune qui fut pilote en matière d'agriculture avec dès 1957, la ferme-pilote d'Arsène Malval, puis la seconde dans le département à réaliser son remembrement, aurait mérité dans le cadre de ce projet T.H.T le rester, en testant des solutions modernes comme l'enfouissement. Elle aurait conservé son dynamisme si bien observé durant toutes les années soixante avec ses fêtes du lait et de l'aviation, ses courses de poursuite sur terre organisée, avec quel brio, de 1999 à 2003, et aussi les championnats départementaux et régionaux de cyclisme sous l'égide du comité des fêtes présidé par René Vaudou ".

 

Les écoles d’hier et d’aujourd’hui

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Ce n’est qu’en 1954, après 40 ans de délibérations qu’un groupe scolaire va être réalisé, mais en 1988 devant la baisse importante des effectifs dans les écoles rurales, la municipalité se voit obligée d’étudier de nouvelles structures pédagogiques et d’envisager une coopération intercommunale avec les communes du Mesnillard et Fontenay, c’est ainsi que Chèvreville se verra confier la charge de la section maternelle du R.P.I (Regroupement Pédagogique Intercommunal) : 25 enfants fréquentaient cette classe en 1991 sous la direction de Mme Cottin.

 

La vie à la campagne et les métiers d’autrefois

 

Marguerite Armand

Couturière à domicile : par monts et par vaux

 

Dans la vie des villages d'autrefois, la couturière était, chez les dames, la confidente de tout le monde, suivant les aléas de la vie quotidienne, mais aussi tous les grands événements de la vie. Marguerite Armand (née Louvet à Milly en 1925 dans une famille rurale de 6 enfants) dès 14 ans, donc à la sortie de l'école, alla, en pleine guerre aider sa tante à Fontenay, veuve de Paul Jouenne tué à Dunkerque.

C'est sa sœur, déjà couturière à Romagny qui lui donna l'idée de ce métier auquel elle pensait déjà toute jeune fille, faisant des matelas et des couvertures piquées, travail difficile s'il en est car il faut carder la laine, et piquer avec de grosses aiguilles. Dès la Libération, elle acheta une " Singer ", se déplaçant dans les fermes à vélo, puis à mobylette, la lourde machine en bandoulière : " j'en ai usé trois dans ma vie, on allait environ une fois par mois dans les fermes habituées, et s'il y avait des familles nombreuses, parfois deux jours de rang. Aux mariages et aux communions, on garnissait les granges, tout se passant à domicile, et pour les noces fallait bien sûr préparer le trousseau, draps, chemises, très conséquent avant-guerre. C'était une vie plaisante, diversifiée, on mangeait sur place avec les familles, et je rentrais au plus vite le soir, mon mari travaillant dans le bâtiment à Saint-Hilaire-du-Harcouët ".

A cette époque où la notion de " congés " était moins prégnante que maintenant, elle allait aussi tous les mercredis servir dans des commerces saint-hilairiens, notamment chez le droguiste Hardy, et le dimanche matin à l'épicerie de Chèvreville.

Une longue vie donc de labeur sans trop de repos, marquée aussi par de grosses épreuves familiales comme la perte de sa fille unique, d'une longue maladie à l'âge de 42 ans : " j'ai arrêté le travail de couturière à l'âge de 65 ans, mais je continue encore les travaux d'aiguille pour me distraire, et je suis entourée à la " Basurais " de bons voisins pour continuer les contacts au club, ou au marché de Saint-Hilaire-du-Harcouët de temps en temps ".

  

Louis Pinot, le couvreur en paille

  

La Normandie sans les toits de chaume ne serait plus tout à fait la Normandie. Certes, dans notre contrée, il en reste peu. Le style des maisons actuelles ne s’y prête pas, le coût peut être dissuasif mais surtout, les artisans spécialisés dans cet ouvrage se font rares, pour ne pas dire inexistants – c’est le cas pour notre canton. Le dernier en date, Ernest Crochet a remisé ses outils en 1978. On l’a beaucoup vu travailler sur la commune de Virey avant qu’il ne se retire à Saint-Hilaire-du-Harcouët.

Autre "chaumier", Louis Pinot, qui lui s’était établi à Chèvreville, à la Métairie, en 1946. Né en 1903, il a commencé comme commis de ferme, et c’est avec son beau-frère qu’il a appris le métier de couvreur en paille jusqu’en 1935 date à laquelle il s’est mis à son compte. Déjà, à cette époque, les toitures en paille se raréfiaient et notre père Pinot aidait aux travaux agricoles lors de la moisson, la paille, il connaissait !

En effet, la matière première chez nous était le seigle et la paille devait être longue. Après avoir été battue, elle était peignée pour être débarrassée de toutes impuretés puis liée en bottes. Ainsi prête à l’emploi, cette paille prenait la dénomination de " glui ".Claude, l’un de ses fils, ancien typographe à la Gazette de la Manche se souvient  "gamins, mes frères et moi aidions notre père pour soulager un peu sa tâche. On préparait les liens de paille pour faire les bottes, on les lui passait quand il était perché sur le toit. Par contre, il ne laissait à personne la finition de la toiture. C’est lui qui talochait la paille pour qu’elle prenne convenablement sa place - l’étanchéité en dépendait - puis qui, d’un coup de cisaille sectionnait ce qui dépassait pour obtenir une belle masse lisse et uniforme de 30cm d’épaisseur environ. Par contre, pour le faîtage constitué de terre dans laquelle on plantait souvent des bulbes d’iris pour faire drainage, il avait recours aux gamins. Après qu’il eût, d’un coup de pelle, découpé des plaques de terre, il les flanquait sur leurs épaules affublées de sacs en toile de jute et ils devaient porter ces " blettes " de terre sur le haut du toit. Le travail, on connaissait chez les Pinot ! ".

Ces toitures avaient une durée de vie de 40 ans environ. On en rencontrait beaucoup dans les campagnes car on leur trouvait beaucoup d’avantages : on récoltait la paille à la ferme, donc pas d’achat de matière première et c’était un bon isolant naturel et esthétique.

Le père Pinot a cessé son activité dans les années 60.

  

Le moulin de Chèvreville

 

Il a cessé de tourner depuis quelques années, mais nous avons trouvé avec Roger Lemonnier (né en 1927), désormais retiré à Saint-Martin-de-Landelles, un des acteurs, après-guerre, de son fonctionnement. Son père Jules, tenait le moulin qu'il avait racheté à Paul Lericolais, et sa mère le café.

Le moulin (deux roues, deux meules, 3 appareils en sous-sol avec planchister, et bluterie), avait été remonté par Desgués, un professionnel de Ponts-sous-Avranches, avec du matériel provenant du moulin Fouilleul d'Hamelin. Et à partir de 1950 environ, il fut repris par Maurice (né en 1926, maintenant décédé) frère de Roger qui fut donc le dernier meunier de Chèvreville.

Roger Lemonnier dut aux circonstances de la guerre de travailler chez son frère car, primitivement, il se destinait à une toute autre carrière, celle de coiffeur : " j'avais fait l'école à Flers, mais avec tout le chambardement de la guerre, pas moyen de trouver une place, et il fallait bien travailler. Il y avait eu des destructions au moulin également, il a fallu refaire de gros travaux ". Dans cette période, le travail ne manquait pas au moulin où souvent toute la côte qui y mène était pleine de voitures à chevaux : " on pratiquait l'échange, et comme l'eau commandait, il fallait parfois passer les nuits ". L'entretien bien sûr était constant, curer le bief, ce qui permettait de prendre des centaines de truites, mangées ou partagées avec les familles qui avaient aidé à la corvée, surveiller le lourd appareillage des poulies, nombreuses dans ces installations, la burette toujours à portée de main. L'électricité devenue bon marché, le gros moteur à huile lourde qui entraînait l'ensemble l'été quand la sécheresse tarissait le niveau du cours d'eau fut peut-être trop rapidement abandonné.

Le savoir-faire acquis permit ensuite à Roger de travailler quelques mois au moulin Poirier de Martigny " mieux agencé, et mieux organisé, on n'avait plus à passer les nuits ", et de là sur un plus gros établissement encore le moulin Mahé dans le bourg d'Argouges. " De très bons patrons, et une organisation meilleure encore, car on travaillait pour les boulangeries, donc il s'agissait d'aller chercher le blé, le moudre, et le livrer par camion. ". Le service militaire mit un terme pour Roger à cette expérience dans les moulins. Il travailla après dans le bâtiment, l'industrie, mais en garde le souvenir d'un travail dur mais intéressant : " la quantité standard étant le sac de 100 kg, qu'on soit costaud ou pas, fallait assurer, et inutile de vous dire qu'il fallait crocher dedans pour s’en sortir ".

 

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stephanie 28/01/2017 23:55

Très intéressant
Je voudrait connaître l'histoire de la maison au grand saint fresne de chevreville si vous avez de la documentation
Merci

robine 20/01/2017 08:45

Belle initiative.
Mon grand-père est né en 1904 à chevreville, sa mère étatit l'institutrice de la commune à l'époque. le nom de famille était CHAMP.
J'ai entendu dire qu'ils étaient décédés (elle et son mari) dans l'incendie de l'école mais je n'en trouve pas de trace.
Pouvez-vous m'apporter des informations ?
Cordialement

Georges DODEMAN 29/01/2017 02:20

merci de votre commentaire
désolé de ne pouvoir vous renseigner, mais je n'ai pas entendu parler de cet incendie

plombier paris 13eme 31/01/2015 21:12

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

plombier paris 17eme 30/01/2015 15:32

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

Charbonnel 11/02/2012 18:50

Bonjour,
Voilà une initiative qui va ravir toutes les personnes qui n'ont pu se procurer le livre.
Encore bravo pour ce travail magnifique
Cordialement