LES LOGES MARCHIS

Publié le par canton-saint-hilaire du Harcouet

331.5-copie-1.jpgOn le sent quand on quitte Saint-Hilaire-du-Harcouët : une longue côte, un plateau d'où, en se retournant une dernière fois, on aperçoit à l'horizon les " montagnes " du Mortainais, et devant nous, tout à coup, la Bretagne, inconnue, presque étrangère. On se rend compte de ce que devaient éprouver les voyageurs d'autrefois, nous sommes là en terres de " marches ", c'est-à-dire de frontière.

Sa situation "aux confins" des trois provinces : Normandie, Maine, Bretagne, explique l’origine de son nom, surtout lorsqu’on sait que les paroisses remontent au haut Moyen Age et qu’à cette époque la Bretagne formait une province complètement indépendante (jusqu’au XVe siècle) du Royaume de France. Le modeste ruisseau qui forme la limite entre Louvigné du Désert et Les Loges-Marchis ne s’appelle t-il pas " le Ruisseau Français " accentuant encore, si besoin est, ce statut de " limites " provinciales.

Les habitants des Loges-Marchis répondaient encore, avant guerre aux curieux surnoms de " binotiers " ou de " mourons ". Ce qui s’explique, si l’on tient compte de l’esprit assez frondeur qui présidait au XIXe siècle à l’art du " blason ", c’est-à-dire, d’envoyer des adresses plutôt " piquantes " à ses voisins. Les noms proviendraient selon que l’on soit positif, des nombreuses ruches présentes sur la commune… ou, plutôt, surtout dans le contexte des bouilleurs de cru que l’on verra plus loin, des " bines à mouches " dont on coiffait les maisons de dénonciateurs, si utiles aux " rats de cave ". Ces agents du fisc, promettant de moins rudes amendes à ceux qui " vendaient " leurs voisins. Les " mourons " étant, enfin, le nom local de la salamandre que l’on trouvait dans les nombreux marécages de ce pays de landes.

Dès le néolithique on trouve là une haie-de-terre, comme à Saint-James et Buais. Un statut particulier au Moyen Age place cette paroisse dans une situation bancale puisqu'elle dépend au religieux de Saint-Hilaire, mais au civil de l'élection d'Avranches et de la sergenterie de Saint-James, comme Saint-Brice-de-Landelles et Saint-Martin-de-Landelles, tout le Terregatte ou " terre gastée " c’est à dire dévastée par les incessantes invasions bretonnes.

Tout comme Lapenty et Moulines, la paroisse est d'abord donnée par Guillaume le Conquérant à Raoul de Fougères pour son aide lors de sa Conquête de l’Angleterre, mais il ne la gardera pas. Les sieurs de Virey la donnent à leur prieuré, puis à Savigny quand vers 1130 celui-ci fait allégeance au nouvel ordre cistercien en plein essor. L'église (sous le patronage de saint Pierre et saint André) garde un moment souvenir de l'autorité des seigneurs de Fougères lesquels peuvent nommer des prieurs-curés, mais Savigny garde les deux tiers des grosses dîmes.

Les habitants des Loges-Marchis, par exemple, étaient en temps de guerre tenus de garder par roulement les remparts de cette ville, pourtant bien plus éloignée que Saint-Hilaire.

Sur le plan féodal, du fait que nous sommes au contact de la Bretagne, il y a plusieurs fiefs seigneuriaux et les deux principaux sont Les Loges et la Vallais. Celui des Loges est tenu par deux seigneurs signataires de chartes : Hamon en 1135 qui accorde une donation pour Savigny et Guillaume en 1173, prisonnier à Dol. Ce fief ira plus tard aux de Pontbellanger. La Vallais appartient aux du Fresne puis aux sieurs de la Roque, avec sa chapelle Saint-Martin, au village du même nom, détruite bien avant la Révolution.

En 1700, il y a 294 feux soit un petit millier d'habitants dont 309 imposés à la taille, 5 pauvres (20 en 1755), un curé et pas moins de dix ecclésiastiques présents sur le territoire : vicaires, diacres, sous-diacres, minorés âgés ou autres habitués. Les visites épiscopales de 1746 et 1761 montrent aussi qu'en sus des deux vicaires obligatoires, deux autres s'occupaient de l'école de garçons et de filles. En 1779, une épidémie fait 250 morts au point qu'il faut subitement agrandir le cimetière. Ce désastre serait à l’origine du site des 5 croix, près du cimetière.

En 1789, juste avant la Révolution donc, suite à des violences exercées contre les employés des fermes du roi, on voit les avocats du baillage d'Avranches venir enquêter, aidés par la milice de Saint-Hilaire-du-Harcouët car on avait pillé (comme au Mont-Saint-Michel, à l'abbaye de Montmorel ou encore à la Lucerne) les chartriers de Savigny pour s'emparer des titres de redevances notamment foncières. Même en décrépitude, l'abbaye de Savigny, on le sait était particulièrement tenace envers ses locataires en vertu du fameux adage " de quelque côté que le vent vente, l'abbaye de Savigny a rente ". Quarante ans après, les enfants des campagnes alentours apprenaient à lire dans ces vieux manuscrits qu'on trouvait partout !

En 1791, Jean Baptiste de la Hoche de la Grésille y était curé depuis 1780 et avec ses deux vicaires, refusa de signer la constitution civile du clergé, restant en fonction jusqu'en mai 1791, tout bonnement parce qu'il n'y avait personne pour le remplacer. Le vicaire Dufresne passait jour et nuit au confessionnal car on venait de très loin, de toute les paroisses de la région, déjà toutes fournies en prêtres assermentés ! bien sûr, il leur fallut partir, juste à temps, la colonne mobile étant en marche pour se saisir de ces prêtres qui passèrent alors tous à Jersey. Ils furent remplacés par l'intrus Pierre Chonneux et son frère Jacques qui se maintinrent jusqu'en mars 1793. L'église vit sa cloche enlevée, les bancs brûlés, les vases sacrés vendus, les vitraux brisés… Il n'y avait guère plus que trois ou quatre familles vraiment patriotes, mais pas de royalistes actifs non plus. Le culte réfractaire (appelé par la seule petite cloche restante) fut assuré par Jean Baptiste Mitrecy qui tint les registres et parvint même à faire célèbrer une ou deux fois la messe dans l'église en 1797. Arrêté en 1799, incarcéré au Mont, il mourut en 1800 aux Loges. Le relais, les gens restant fidèles au culte catholique fut pris par les autres réfractaires de la région (Barbedette de Saint-Brice-de-Landelles, Rogues de Saint-Hilaire-du-Harcouët, Boucé et Larcher de Louvigné) qui trouvèrent souvent asile dans des fermes amies : le Châtaignier, le Bois Macé, la Sauvagère, le Bois-Hardel. En octobre 1800 l'église put ouvrir officiellement avec l'abbé Lericollais, originaire des Biards, et comme vicaire F.G. Cordoer qui devint ensuite en 1812, curé de Moulines.

Preuve de la dévotion des gens, on compte encore 14 calvaires sur le territoire de la commune, les plus anciens étant datés de 1754 près de Tournebride, et 1768 pour les cinq croix au nord du bourg, la plus ancienne étant signée de Jean Roupnel sieur des Routils.

 

Le château de la Chaize

 

Motte dominant l’Airon, aux confins des trois provinces : Normandie, Maine et Bretagne, le site de la Chaize était, déjà sous les Romains, un lieu de passage, devenu, au fil du temps, place de défense.

On connaît peu de chose sur l’évolution de cette place forte jusqu’à la fin de la guerre de Cent ans. Une famille de la Chaize ou plutôt Chèze à l’époque, y a donné son nom, à moins qu’il ne vienne du latin " casa ", puis édifia au Xe siècle un château fort en bois, protégé d’un côté par l’à-pic sur l’Airon et de l’autre par les marécages dissuasifs de son affluent.

Aucune trace d’allégeance : quelques donations ; des cessions de droits ; par seule voie de légende, un projet matrimonial avec une Maison proche, avorté, par l’effet d’une idylle romanesque mais mortelle (bac des cinq portiers). Une totale indépendance alentour, près ou loin, que ce soit avec les Loges (pas encore Marchis), Saint-Hilaire-du-Harcouët, Mortain, Avranches ou Fougères.

Pourquoi cette absence de suzeraineté ? Peut-être un régime " d’exemption ", souvent évoqué pour l’ensemble du Val d’Airon ou, plus probablement, à la fin de l’empire de Charlemagne, une dépendance directe du pouvoir royal, aux marges de la Neustrie (cf ailleurs les margraviats ou marquisats).

En revanche, à partir de 1450, la Chaize voit son rôle militaire pâlir mais son histoire s’éclaircir :

  • De la 2ème partie du XVe siècle au début du XVIè, les Pontbellanger édifient le " petit château féodal " actuel, décrit par un dessin à la plume du XVIe siècle, avec sa chapelle.
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  • Puis propriété des d’Orglandes par mariage en 1548 de Catherine de Pontbellanger avec François d’Orglandes, qui ornent la chapelle de la statuaire, qui y est toujours.
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  • En 1560, défense efficace contre les protestants, à l’inverse des événements de Mortain ou d’Avranches.
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  • En 1591, soutien de la Ligue " des Guise " contre Montpensier, comte de Mortain et l’entourage du roi.
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  • Au XVIIe siècle, l’union d’une d’Orglandes à un de Romilly apporte la Chaize à cette Maison.
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  • Vers 1620, Richelieu fait abattre les trois tours de la ligne de défense, en épargnant la chapelle et le " donjon carré ".
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  • Les de Romilly ne peuvent plus faire de la Chaize leur résidence principale et un de leurs descendants, avant de partir en émigration, où il décédera, transmet le fief à un Laigre de Grainville, dont une fille épousera, en 1817 un Malet de Graville (et une autre un de Romilly). Leurs descendants directs sont toujours propriétaires du château de la Chaize.
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On pénètre dans le domaine par une châsse ombragée de sycomores, conduisant à une vaste cour, bordée par la demeure et la chapelle.

Au début du XIXe siècle, les destructions effectuées au XVIIe siècle ont conduit à remanier la partie centrale du logis, dotée d’un fronton et d’un perron accessible par un escalier extérieur à double volée. A la même époque, les nécessités de l’habitat ont généré des ouvertures sur la façade sud, alors que la partie nord a conservé pour l’essentiel son aspect du XVe siècle.

La chapelle, intégrée à l’origine à une des tours de défense en a conservé extérieurement une cloche de 1575 et des vestiges muraux, l’intérieur est d’un grand raffinement.

 

Les municipalités du XIXe siècle

 

L’examen des archives municipales montrent une commune particulièrement active qui, comme ses voisines (voir notamment Lapenty) sont particulièrement préoccupées par des budgets difficiles à monter car les communes doivent non seulement financer la vicinalité, les écoles à partir de 1848, les bâtiments communaux (églises et presbytères qui entrent dans leur giron), les " Fabriques " ne pouvant pas étaler ces grosses dépenses). Avant 1870, il y a encore beaucoup de tisserands et de sabotiers, le bourg est encore couvert en chaume, les habitations n’étant que des rez-de-chaussée, tout juste habitables, et il faudra attendre 1900 pour voir la première pompe à eau communale. En 1858, année où le curé Bouffaré fait construire le bas-côté nord et le baptistère il y a 1668 habitants.

Mais surtout ce sont les problèmes sociaux qui occupent dès le milieu du siècle l’attention des édiles. Dans cette période où les services sociaux n’existent pas, c’est la commune via le bureau de bienfaisance qui s’occupe de tout : assistance médicale et pharmaceutique, aux familles nombreuses (en 1914, 8 dossiers acceptés, 9 refusés), le transport des blessés et autres indigents, leurs hospitalisations voire internements, l’aide aux femmes en couches, aux enfants abandonnés, et surtout, au tournant du siècle, aux vieillards nécessiteux (11 concernés en 1908). Le conseil municipal s’occupe aussi des dispenses de service militaire (5 accordées en 1900) et bien sûr des pauvres : 17 en 1897.

En 1902 quand se construit le lavoir car il n’y en a aucun à moins d’un kilomètre - d’ailleurs autant pour les pompiers dont on va parler plus loin que pour les bavardes en " carrosse " - les élus le disent bien : " On n’a jamais obtenu, ni du département, ni de l’État, que des secours fort restreints et depuis longtemps, il ne nous a été accordé que des secours insignifiants. Par conséquent, la commune est abandonnée à ses propres ressources et elle est l’une des communes du département les plus grevées de centimes extraordinaires ".

Les Loges-Marchis est assurément une commune agricole avec ses deux foires annuelles (Saint-Vincent mi-juillet et Saint-Charlemagne fin janvier) qui a su mener son désenclavement. L’enquête départementale de 1892 sur la centralisation des services vicinaux montre que depuis 1848 on avait réalisé 11 km de chemins, deux et demi restant en chantier, le chemin de la Croix-Mousse par exemple grevant à lui seul un tiers du budget de l’année. Mais c’est aussi une commune qui s’ouvre au modernisme, accueille à bras ouvert l’arrivée du chemin de fer en 1894 (ligne-Saint-Hilaire/Fougères) mais aussi l’électrification dès 1920, même si cette dernière n’est effective qu’une dizaine d’années plus tard. Les premiers lampadaires en 1935, les écarts l’année suivante.

Même attitude vis-à-vis de la Poste : on demande une boite aux lettres dès l’ouverture de la gare, un passage journalier du facteur, et même en 1899, un bureau de facteur-receveur au bourg… mais le préfet fera la sourde oreille, et en 1904 la commune était toujours desservie par Saint-Hilaire-du-Harcouët proche il est vrai. Rien ne dit mieux l’activité de ce gros bourg que cette note de 1895 où " malgré le verglas il y avait 300 têtes de gros bétail, et sur ce chiffre 270 vendues à des prix fort rémunérateurs ". Le chiffre des transactions était évalué à 68 000 F (10 fois le budget de la commune !) " somme considérable, et on ne compte pas le menu bétail et les petites denrées obérées par les intempéries de la saison, une des plus rigoureuses que l’on ait vues ".

A la gare par exemple, dès 1894 on demande, une grue de 6 tonnes pour son activité générale, dont déjà, en stipulant qu’elle aura souvent à soulever des tonneaux de 18 hectos, on sent en germe les problèmes de " bouilleurs " quelques décennies plus tard. De fait, dès 1919, le conseil se fait le porte-parole de la population pour se montrer favorable à l’installation de trois ateliers publics de distillation. Ils s’installent aux Châtaigniers, au commun de la Hersandais, et surtout au beau milieu du bourg près du lavoir ce dernier devant déménager dès 1923 à la Kyriais, les habitants étant gênés par les effluves… Deux ans plus tard, on demande le maintien des tournées du percepteur (en mai-juin-septembre) car désormais c’est à Saint-Hilaire-du-Harcouët qu’il faudra aller faire la queue le mercredi pour aller chercher les fameux acquits. Quand la grande affaire des bouilleurs se déclarera le 10 mars 1935, et où tout le conseil démissionnera en bloc, le manifeste communal le dira clairement " la distillation est la ressource principale de la région ".

L’autre particularité des Loges-Marchis, c’est d’avoir créé, dès 1876, un corps de sapeurs pompiers (premier commandant, l’instituteur et lieutenant Durel, Henri Morin en 1905) avec une pompe à bras et 16 hommes. Aux côtés de l’instituteur on retrouve en 1891, tous les artisans du bourg : le charron Louis Chauvois, le maréchal Frédéric Letaillandier, les maçons Henri et Victor Morin, le cantonnier Jean Lericolais, le débitant Joseph Laisné, plusieurs cultivateurs : Émile Champ (le Taillis), Ferdinand Mary (au bourg), Aimable Chartrain (la Simonnais), Louis Simon (la Simonnais), Isidore Richette (les Cinq Fumiers), Victor Vaudour (la Plissonnais), Alphonse Leroux (la Brosse), et deux journaliers J.M. et Magloire Barbedette. Ce corps qui va tenir jusqu’en 1962 doit être équipé (notamment de 15 fusils Gras en 1906), se voit doté d’une pompe neuve et de 20 seaux en 1898, d’une société de secours mutuels. Certains investissements comme le lavoir (1902), et surtout le puits du bourg (1898) leur sont directement liés.

 

Les municipalités à partir de 1900

 

Les municipalités, comme partout en zone rurale sont d’une grande stabilité. François Geslin d’abord (1900-1912) avec comme adjoints : François Lepauvre, puis (1904), Hyppolite Hantraye et Édouard Grasset, tient la commune jusqu’en 1912. Il aura eu à gérer la vicinalité, les problèmes scolaires et aménagements d’écoles car, comme le montre une délibération de 1898 pour le chauffage " toutes les petites filles de la commune ne vont pas à l’école ". Deux ans plus tôt, d’ailleurs, se profilent à l’horizon les problèmes religieux car, sur un siècle (hormis bien sûr les élections des édiles) c’est une des rares fois où on devra voter à bulletins secrets sur le problème qui paraîtrait bien futile aujourd’hui, de locations de bancs séparés à l’église pour les fillettes des écoles, laïque et confessionnelle. Et en 1898, le conseil sera contre toute subvention à cette dernière. Cela n’empêchera pas la population de s’opposer, comme partout, aux inventaires de 1906 lors de la séparation de l’Église et de l’État. L’inventaire, début mars étant fixé à 9 h, c’est au son du tocsin, dans une église toute tendue de noir comme en grand deuil que 200 paroissiens, derrière le curé Durel attendirent l’agent des Domaines. Et c’est au son du " je suis chrétien " que tassés dans le transept, on l’empêcha d’accéder à la sacristie. Il se retira dans le calme, mais une certaine tiédeur du maire fut remarquée, on entendit quelques " démission, démission ", le Glaneur, (ce journal fondé en 1887, ancêtre de la Gazette étant l’organe des " bien pensants "), glissant, perfide : " on n’est pas catholique à moitié, et on ne peut servir deux maîtres à la fois ". C’est sous ce mandat qu’aura lieu aussi la désaffection officielle (en 1905) de l’ancien cimetière, plus utilisé depuis 1854 si l’on en croit une délibération de 1926 renouvelant les concessions.

De 1912 à 1920, assisté de François Danjou, c’est le comte Robert Malet de Graville, châtelain de la Chaize qui dirige la commune. Le comte issu d’une famille qui avait uni dans tous les temps l’amour de la Religion et de la Patrie, avait comme ses ancêtres servi fidèlement Dieu et la France. A l’école des jésuites de Metz, ensuite l’école de Saint-Cyr il monte très vite au grade de capitaine, mais une chute de cheval va briser sa carrière militaire. Aux Loges-Marchis, tout le monde connaissait son affabilité, sa générosité, et son désintéressement. Ses fermiers et ses ouvriers (il faisait beaucoup travailler) lui étaient profondément attachés, il était la charité même pour les pauvres. Le comte Robert de Graville est décédé en avril 1922.

La grande guerre fit ici 64 morts sur une population de 1327 habitants.

 

Les Loges-Marchis en 1920

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Dans un vieux cahier d'écolier, Pascaline Chenu, Vve Bouvet (née à Laumondais en 1905, arrivée à l'Auberge-Neuve en 1911, partie ensuite à Savigny en 1966), retirée à la maison de retraite des mésanges de Saint-Hilaire-du-Harcouët, avait couché sur papier ses souvenirs qui nous permettent, après les avoir feuilletés, de bien comprendre l'activité de la commune pendant la guerre de 14-18.

Tout d'abord, la vie locale tournait autour de trois pôles bien distincts :

La gare où il y avait un café (Demoise), tout comme à Tournebride (Bossais puis Noël), et la Hunière (Gousset).

L'Auberge-Neuve, sur la grand route ouverte en 1777 était un gros hameau qui avait café, tabac mais aussi de nombreux artisans : maréchal (Cahu, Jolivet, Bretonnière, Lagoutte, Taillandier, Lebarbier, Charbonnel), maçon (H. Morin), cordonnier (Gannier, Auvray), charpentier (Bretonnière, Normand), menuisier (Gosselin).

Au bourg, il y avait l'épicerie-café Noël-Hantrais, Lainé aubergiste et sabotier puis Legeard en 1929. La boucherie Langlois à partir de 1913, puis Fouilleul et en arrière de la maison Hermond un autre boucher Daligeau. Ensuite, la boulangerie Volclair puis Rioult, et trois générations de menuisiers Chapron. Dans une petite maison face au calvaire, Leray couvreur en paille et son épouse couturière. Pascaline Chenu dont c'était également le métier y consacre un long chapitre, citant toutes celles d'avant 14 (Marie Chabourel, Marie-Louise Lagoutte, Marie Chauvois, Eugénie et Germaine Morin) et après (Marie et Germaine Cahu, Léontine Tournerie, Marie-Louise Dauphin, Élise et Germaine Geslin, Germaine Fournier), ainsi que l'arrivée vers 1929 de deux couturières " en robes " Mmes Legeard et Geslin.

De l'autre côté de la place elle note Victor Morin maçon et son épouse, blanchisseuse qui allait elle aussi à domicile repasser les bonnettes que 80 % des femmes portèrent jusqu'en 1925 et les cols empesés des hommes, mais aussi les robes de communion et de mariages pour lesquelles on venait s'habiller chez elle, juste avant la cérémonie. Elle signale le dernier tisserand connu, M. Daligault à l'Aumondais, et la dernière fileuse à rouet Marie Carré à la Hersandais.

Tout à côté il y avait deux charrons (Geslin et Olivier tué à la guerre de 14) et deux vieilles filles pittoresques, Mlles Heslouis qui vendaient des bonbons et Hantrais qui jouait de l'harmonium à l'église et régalait, le soir de Noël de vin chaud, les petites chanteuses de la messe de minuit. Toutes ces fillettes allaient, bien sûr, à l'école catholique sous la direction de Mlles Plotteau et Letondais, des religieuses " en civil " qui faisaient régner une discipline de fer : tous les mardis et vendredis, défilés en rang pour se rendre à l'église écouter deux heures d'histoire sainte, puis messe et vêpres le dimanche. La Fête-Dieu restait, avec Pâques et Noël, le grand moment de l'année : sortie du Saint-Sacrement sous son dais, longue procession en chantant les cantiques dans les rues pavoisées de la bourgade, les bonnes gens rivalisant d'adresse pour confectionner les trois reposoirs fleuris qui se trouvaient au calvaire, au bourg près de Victor Morin, à l'école libre.

Riches et pauvres ne se mêlaient guère, les premiers ayant droit à des cérémonies (mariages ou... enterrements) dites " de première classe ", les pauvres bénéficiant à l'occasion de distribution de pain et de graisse (pour la soupe !) voire quelques piécettes de la part de la " bourgeoisie " locale. Mais au bourg les Leroux (au Val d'Andorre) et les Helleux (à la Roseraie), entretenaient eux aussi un fort personnel de maison : bonnes, cuisinières, jardiniers et cochers à plein temps pour conduire les calèches. Il y avait aussi encore à l'époque deux meuniers : Arsène Reuzeaux à la Vallais, Auguste Blanchais à la Chèze, car on boulangeait encore en campagne, tous les quinze jours environ.

Notre couturière donne pour les Cinq Croix, une explication qui vaut ce qu'elle vaut : la marque d'une épidémie de dysenterie qui, en 1779 aurait fait ici 250 morts, et signale les débuts fort modestes de la laiterie Cauny vers 1928 au Rohardel, avec un seul " camion " de récolte conduit par Émile Biré et sa voiture à cheval ! Les marchands de bestiaux, chevaux et vaches représentaient une autre grosse activité maintenant bien oubliée : Saucet à l'Auberge neuve en 1904, V. Delaunay au Hamel faisaient partir leurs " toucheux " la veille avec leurs bêtes qui couchaient à Pontaubault avant de se rendre à Gavray, le patron partant à l'aube en voiture à cheval. Plus émouvant encore, elle se souvient du tocsin d'août 14 :

" j'avais neuf ans, toute la population accourut sur les marches de l'église pour le discours du maire, et la bénédiction du vicaire Chesnay qui fut tué plus tard au front. Ce fut ensuite une intense activité, vers la gare, de chevaux, de soldats. Le premier tué de la commune, Armand Brion, dès le 28 août, occasionna un choc ".

 

Pour compléter les souvenirs de Pascaline Chenu et suivant la notice des instituteurs de 1913 : (1912 à 1920 institutrice Martinet, instituteur Travert), la population fait des Loges-Marchis la première commune du canton. On y recense 9 carrières de pierre à bâtir, 5 carrières de sable. Les carrières sont de petite importance et n'occupent chacune qu'un ou 2 ouvriers. Au moulin de la Chaize il y a une carrière de pierre, mais aussi à la Simonnais dont sont extraites des pierres qui vont servir à la construction de l'hospice de Saint-Hilaire-du-Harcouët. A la Hersandais il y avait des carrières de pierre et de sable. Les commentaires de l’enseignante éclairent le contexte de cette époque : " les jeunes vont travailler à Saint-Hilaire-du-Harcouët et surtout à Paris. 70% des cultivateurs sont propriétaires, le prix moyen de la location est de 100 à 120 F l'hectare. On emploie beaucoup d'engrais chimique, il y a un dépôt à la gare. Les cultivateurs ont des ruches, environ 800, deux en possèdent plus de 70 et une vingtaine plus de 30. On compte déjà plus de 150 ruches à cadres, de là le nom de " Binotiers " ( fabricants de bines, binots, ruches), le miel étant un des principaux produits de cette localité. Le service postal est assuré par 2 facteurs dont un de Saint-Brice-de-Landelles qui distribue les lettres dans les villages limitrophes ".

 

Les municipalités à partir de 1900 (suite)

 

Édouard Grasset qui prit la suite de Robert Malet de Graville de 1922 à 1943, avait déjà été adjoint en 1908 et donc très au courant des dossiers communaux. Hormis l’affaire des bouilleurs de cru (1935 : conseil démissionnaire, 400 manifestants feu de joie des bondes et " autres attributs du servage ") il lança le chemin du Plessis par l’Étang Macé, grosse affaire (près de 2 km) demandée depuis 15 ans qui nécessita en 1926, pas moins de deux votes à bulletins secrets en deux séances successives !

Pour le groupe scolaire, c’est la guerre qui retarda de 10 ans le dossier avec une lourde enveloppe à la clef : 300 000 F en 1946 pour un budget communal de 449 000 F. Cette période de l’entre deux guerres fut marquée par l’achat (1933) d’un corbillard, les débuts de l’électrification, l’arrivée (1937) d’une cabine téléphonique, et malheureusement la fermeture du service voyageurs sur la ligne Saint-Hilaire/Fougères en octobre 1938.

La guerre apparaît curieusement dans les registres dès septembre 1939 où Mme Cassin, doit remplacer au pied levé comme secrétaire de mairie, son mari " mobilisé aux armées ". On la verra même, en pleine guerre, et au prix de quels risques, héberger un moment des enfants juifs dont les parents avaient été déportés. Après, les difficultés apparaissent en filigrane quand (janvier 1941), il faut mettre une classe de l’école des filles à la disposition des réfugiés cherbourgeois… ou quand il faut payer 2 000 F d’amende à la Kommandantur pour deux prisonniers évadés alors qu’ils étaient en " kommando " agricole sur les Loges-Marchis ! Les Allemands à l’époque sont partout, ils demandent même à récupérer les obus, datant de la guerre de quatorze, qui entouraient le monument aux morts !

On garde de cette époque quelques anecdotes : interdiction des bals et des distractions publiques, aux Loges-Marchis les pompiers et la municipalité décident d’utiliser la subvention de la Sainte-Barbe pour envoyer des colis "aux collègues mobilisés" à défaut d’organiser le banquet annuel. Le problème de main d’œuvre touche tous les domaines d’activité. Des avions tombent à la Boulouze, et la Démotterie où le cochon de Robin se trouve " tout debout rôti " ! La commune héberge aussi des réfugiés de Cherbourg, de Périers suite à l’opération Cobra, et de Saint-Hilaire-du-Harcouët après les bombardements de la ville. Plus dramatique, 300 personnes assistent à la tonte de deux femmes soupçonnées, à tort ou à raison de " collaboration horizontale ", et un conseiller municipal est révoqué pour marché noir à la Libération.

En 1944 la communauté des sœurs Clarisses se réfugie un moment aux Loges-Marchis jusqu’au 22 septembre, et un avion allemand est descendu par la DCA américaine à la Simonnais.

Notons, par ailleurs, que Les Loges-Marchis est apparu dans les mémoires de François Kerlouégan, professeur honoraire de latin de l'Université de Besançon qui, jeune collégien, vint, de Saint-Lô, se réfugier au Taillis où il vit passer les débris de l'armée Vlassov, puis arriver les Américains. Détail curieux, les Kerlouégan en quittant les Loges-Marchis à la fin août emportèrent des livres abandonnés voués au pilon, notamment des dictionnaires et éditions de textes latins et grecs que le futur universitaire de renom utilisa jusqu'à la fin de ses études. Ils provenaient, au vu de leurs ex-libris, de la bibliothèque d'un pharmacien avranchinais établi rue du Pot d'Etain à la fin du XIXe siècle, Joseph-Emile Hantraye, né le 9 août 1853 aux Loges-Marchis où il s'était marié le 25 février 1892, avec Ernestine Moissy née le 15 février 1866. Souhaitant que ces livres restent à Avranches, le professeur Kerlouégan en fit don ensuite à la bibliothèque municipale de cette ville où ils se trouvent encore.

L’après-guerre débute avec comme nouveau maire Ange Garnier (1943-1959), né en 1890, décédé en 1959, (il était conseiller municipal depuis 1936). Il érigea une stèle à la mémoire des morts de la récente guerre, finit l’éclairage du bourg. Il fut un des artisans de la création d’un centre de vulgarisation et d’enseignement agricole et c’est lui qui a mené le dossier du groupe scolaire, dont l’idée, on l’a vu, datait d’avant-guerre (à son décès en mai 59, le gros œuvre était terminé). Il a aussi préparé le projet d’adduction d’eau. Mais surtout, il mit en place 16 km de chemins ruraux sans emprunt. Qu’il s’agisse du Chalonge, de la Cochardière, la Bouverie, la Houssaye, la Gensonnière, Beausoleil, en terminant par la Sauvagère, il fallut pas moins de trois équipes qui travaillèrent beaucoup à la main et à l’aide des chevaux pour enlever les souches, empierrer les chemins qui étaient de vraies fondrières. Les particuliers comme MM. Rossignol et Barbedette au Bas-Pincé, d’eux-mêmes, sur 600 m s’attaquèrent à leurs issues de fermes.

Le curé Simon tiendra la cure de 1947 à 1960, et Mlle Boudou, institutrice de 1947 à 1958 se souvient qu’il y avait une école publique de garçons (M. Cassin instituteur depuis 1934) et une de filles, plus une école privée de filles. Pour maintenir l’école de filles publique on avait ajouté le CP garçons car la concurrence était rude entre public et privé comme dans les autres communes voisines qui maintenaient des écoles dites " libres " (Saint-Martin-de-Landelles et Moulines entre autres).

La petite commune a, bien sûr, vu avec une certaine détresse, sa gare si active à la Belle Époque, péricliter peu à peu. Plus de voyageurs depuis 1938, une ligne s’étiolant dès 1952, déclassée en 1954, mais gardant encore quelques mouvements de marchandises jusqu’en 1987 avant de fermer définitivement en 1992, et se transformer en " voie verte " si appréciée des randonneurs.

Dans une région qui revit, on se souvient de belles fêtes comme en 1952 la venue d’André Le Gall (l’homme aux mâchoires d’acier !), L’année suivante en avril le cadre noir de la moto, et en 1954, la coupe de la joie.

La grande transformation de toute la région démarre dans les sixties sous le mandat (1959-1977) de Victor Pigeon, bien secondé par l’instituteur et secrétaire de mairie Georges Rault, en poste depuis 1958. Les Loges-Marchis est, à cette époque, la plus grosse commune du canton et assurément une des plus importantes communes rurales du Sud-Manche, car elle inaugure aussi le 28 avril 1960, le centre de vulgarisation agricole dirigé par Robert Balembois.

Le groupe scolaire mixte est inauguré en septembre 1960

Les souvenirs sont bien sûr vivaces de cette période où le gymkhana de tracteurs de 1968 pouvait réunir plusieurs centaines de personnes et consacrer la victoire de ce nouveau champion de la modernisation agricole sur la traction animale. Une étude de 1965 d’ailleurs montre bien les enjeux de cette dernière. Il y a sur la commune environ 100 fermes dites " viables " de 8 à 22 hectares. Et sur ce chiffre 35 exploitées par ce qu’on appellerait maintenant des " rurbains ", c’est-à-dire des fermes où le mari est salarié (le plus souvent à Saint-Hilaire-du-Harcouët) et dont la femme reste sur une petite exploitation. On compte aussi 77 foyers dits " ouvriers " (couples ou personnes seules domiciliés sur les Loges-Marchis). La commune n’a plus certes de pompiers depuis 1962 (chef à l’époque, Marcel Jacqueline), mais se dote d’un comité des fêtes (président Vital Maulavé) en 1974 et l’année suivante d’une fanfare à l’intitulé prometteur (l’Espoir) : 40 musiciens et majorettes sous la direction de René Chaumont.

Entre 1959 et 1977, la commune aménage 11 km de voies communales et 14 km de chemins communaux, ouvre 8 km de chemins avec mise en état de 65 sorties de villages, restaure l’église en 1965 et crée un lotissement de 12 logements au Taillis sur l’ancien terrain de foot.

La poursuite de la modernisation de la commune échoit à la municipalité Louis Danjou (1977-1989) qui est féconde du côté de la vie associative : le football, après une première tentative en 1941, (qui ne va durer que quelques années) démarre en 1977 (président Gaston Gérouard) après bien des péripéties d’ordre administratif, sous le nom de " Football Club Amateur ".

Le club du 3ème âge voit le jour en 1978 sous la présidence de Victor Pigeon. La commune a encore son curé (le Père Pascal jusqu’en 81, puis Yves des Pommare), la foi étant toujours très intense ici à proximité de la Bretagne avec des rassemblements importants d’enfants de chœur ou des cérémonies grandioses comme en 1988 la bénédiction des travaux de l’église qui récompense ses vieux serviteurs comme Ange Garnier 50 ans au service de l’édifice ou le Père des Pommare et sœur Marie-Thérèse qui fêtent leur jubilé sacerdotal.

A partir de 1976, kermesses, courses cyclistes, belotes sont régulièrement inscrites au calendrier des activités du comité des fêtes. Bien sûr, la commune est du 900ème anniversaire de la fondation de la ville de Saint-Hilaire-du-Harcouët voisine avec la confection du char " la petite diligence " qu’accompagnent les majorettes du cru.

Gaston Chapron, maire de 1989 à 2001, hérite d’une situation un peu plus difficile. La démographie est en baisse, la modernisation agricole est passée par-là, la population comme partout dans le Mortainais vieillit, et on commence à se pencher sur le passé comme en témoigne en 1989 l’inauguration du musée du père Fontaine à l'Yvais.

A partir de 1989, le remembrement va être l’une des préoccupations les plus importantes de la municipalité pour aboutir finalement à la prise de possession le 30-03-1993.

En septembre 1991, le groupe scolaire ferme ses portes définitivement, de même l’épicerie Rioult en 1994, dernier commerce emblématique du bourg (même si le café Tréhu reprend un peu le flambeau au carrefour de l’Auberge Neuve). Deux ans plus tard c’est le départ de la dernière " bonne sœur " (sœur Alice Marie) à l’école Saint-Joseph.

La période reste néanmoins vivante côté associations : création en 1992 (président Clovis Fleury) des " Baladins des trois provinces ", renaissance la même année de la musique toujours avec R. Chaumont. Sur le plan structures, les Loges-Marchis suit le mouvement de la communauté de communes naissante (18 janvier 93), année où est refait le virage de la Hunière, finit en 99 les travaux de réhabilitation du presbytère en 2 logements, inaugure en janvier 2001 la mairie rénovée.

Au cours du mandat on a commencé d’effacer les réseaux, et les travaux d’assainissement effectués sous le mandat de Louis Danjou ont permis de lancer un vaste de programme de construction (délivrance de 18 permis de construire dont 3 logements communaux à la Rondelière et 11 au lotissement de la Cour Neuve).

Autres bonnes nouvelles dans le domaine associatif : le succès des deux jours cyclistes en 1991 (Sébastien Guénée, enfant du pays avait été champion de la Manche junior en 1989), les duels avec Lapenty au relais pédestre cantonal. En 1996, les coureurs des Loges-Marchis mettent fin à 11 années d’invincibilité des frères Lebreton de Lapenty et de leurs amis, et récidivent encore en 1997, 2000, 2003, 2005, 2009 et 2010. Mais le foot qui n’a plus comme 20 ans avant, l’exclusivité de l’offre dans une société devenue " de loisirs " bat de l’aile : c’est la période des regroupements : les jeunes vont au Groupement Rural de la Sélune (président Jacques Ratouis) basé sur Saint-Hilaire-du-Harcouët depuis 1993, et en 96, après la descente de l’équipe au plus bas niveau soit la 4ème division, le club se met en sommeil.

Paulette Matéo, depuis 2001, préside aux destinées d’une commune d’environ 1170 habitants. Un bulletin municipal, permet de connaître une activité de construction qui se poursuit : 10 nouveaux logements cité HLM du " Soleil levant ", un lotissement " les Mimosas " (25 parcelles), et la création d’une nouvelle voie près du cimetière lui-même agrandi.

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En 2010, le maire Mme Matéo se montre optimiste pour ses concitoyens : " les dossiers actuels, aménagement paysager, columbarium, carrefour de l’Auberge-Neuve, enfouissement de réseaux suivent leur cours. Véritablement au carrefour des trois provinces nombre de nos habitants travaillent à la fois sur Saint-Hilaire-du-Harcouët, mais aussi Fougères et Landivy-Gorron. Les POS (Plan d’Occupation des Sols) et PLU (Plan Local d’Urbanisme) furent des procédures longues mais qui ont permis de mettre à disposition du terrain pour le logement, et nous avons encore 70 enfants à l’école. Enfin, plus anecdotique, il faut citer qu’avec une altitude de 212 mètres à Moque-Souris, nous avons le point le plus haut du canton, et peut-être du Sud-Manche après Chaulieu ".

 

L’église et la vie religieuse

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Dédiée à saint Pierre et à saint André, elle était sous le patronage de l’abbaye de Rillé près de Fougères. C’est l’une des plus vastes et des plus intéressantes du canton. L’église date du 14e siècle, construite par les Anglais lors de leur première invasion. Son étude archéologique est rendue fort délicate en raison des nombreuses campagnes de construction et de restauration et par le réemploi de fragments architecturaux provenant semble-t-il de l'abbaye de Savigny et de l'ancienne église de Saint-Hilaire-du-Harcouët. Son clocher à bâtière date de 1760.

En 1780 le curé Jean Baptiste Adrien de la Hoche de la Grésille fit bâtir le presbytère.

Pendant la Révolution de 1789 l’église a servi de corps de garde et se trouvait, on s’en doute, en bien piteux état lorsqu’elle fut réouverte en 1800. Les statues avaient été cachées, le père Chartrain "custos" avait dissimulé celle de la Vierge à l’Enfant dans son grenier à foin (photo). Les autres avaient été enterrées, elles n’ont pu être retrouvées.

Le premier curé après la Révolution, M. l’abbé Lericolais dut faire d’importants travaux et reconstituer peu à peu le mobilier indispensable.

En 1830 deux cloches furent bénies. Elles devaient être refondues en 1894 pour donner la sonnerie actuelle.

C’est le 7-04-1854 que fut inauguré le nouveau cimetière, en remplacement de celui autour de l'église. En 1860-1861 l’abbé Hyppolyte Bouffaré fera agrandir l'église par la construction du bas côté nord et du baptistère. Cent ans plus tard, on procédera à

l’ électrification des cloches, à l’installation du chauffage (1964) et à la restauration intérieure de l’église (1965 et 1988).

 

Les écoles d’hier et d’aujourd’hui

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Comme dans toute la région, à partir du concile de Trente (début XVIIe siècle), les écoles, tenues par les vicaires ont démarré, avec l’aide des châtelains pour les garçons en premier lieu. Celles des filles se généralisèrent le siècle suivant. C’est exactement le cas ici. En 1748 suite à visite de Mgr Durand de Missy, les enfants étaient instruits : plusieurs prêtres tenaient l’école des garçons, Marie Jouault tenait celle des filles.

Au tournant du XXe siècle, il y avait 3 écoles :

- une école libre mise sur les rails dès 1897, aboutissant à la création en 1902 de l’école Saint-Joseph à la Rondelière, d’abord tenue par des sœurs (Mlles Marie, Théault), puis par des laïques. Mais la dernière religieuse (sœur Alice Marie) ne partit qu’en 1996.

  • 2 écoles publiques, l’une de filles située également à la Rondelière et l’autre de garçons située dans le centre du bourg. Les 2 écoles seront par la suite regroupées dans un groupe scolaire flambant neuf en 1960. L’ancienne école des filles sera transformée en salle communale en 1977. Après plusieurs menaces de fermeture, le groupe scolaire devra fermer ses portes définitivement en septembre 1991.
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Boulangerie-épicerie de campagne : au tournant des années 1970

 

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Dernier commerce du bourg à fermer en 1994, la boulangerie-épicerie Rioult était un des nombreux commerces familiers des habitants depuis un bon siècle, Raymond, né ici en 1933 ayant pris la suite de son père Stanislas (1900-1955) qui était originaire de Savigny. Dès l'âge de 12 ans, il a donc connu la vie assez rude des enfants de l'époque " donnant la main " pour monter les sacs de farine de 100 kg ou casser le bois, des " ragolles " achetées pas cher en campagne pour alimenter le four à bois. Il reprit le fond lors de son mariage en 1958 avec Marie-Ange Tabouret qui, tout en surveillant les fournils quand son mari était parti pour ses tournées en campagne (sur Moulines, Savigny, Saint-Brice-de-Landelles), faisait épicerie-bazar. Comme partout dans les bourgades de l'époque on y trouvait un véritable petit bazar pour toutes les choses dont on a besoin en campagne : cire à tonneaux, chantepleures, attrape-mouches, fermetures à système pour le cidre bouché. Le grand jour restait le dimanche avec la messe qui rassemblait tout le monde dans le bourg et où la patronne du commerce s'adjoignait une aide pour la demi-journée.

Raymond qui effectuait en général 4 fournées, se facilita grandement la tâche en 1970 en achetant un four à vapeur, modernisation importante " qui coûta le prix d'une maison ", mais alors que, déjà, avec les grandes surfaces naissantes, une nouvelle page se tournait pour les petits commerces de campagne. " C'est facile, explique le boulanger, en retraite depuis 1994,

au début de ma carrière, pour le simple village de la Chaize par exemple, je livrais pas moins de 18 pains de 6 à 12 livres, quand, à la fin ce n'étaient plus que trois pains de trois livres ".
  

 

Marcel Fontaine : le passé revu

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D'octobre 1989 à mai 2005, Marcel Fontaine a animé son musée " revoir le passé " à l'Yvais, mais il fut aussi accordéoniste, animateur de clubs du troisième âge et d'innombrables fêtes villageoises. Dynamisme, humour et joie de vivre ont toujours été dans le caractère de cet agriculteur originaire d'Husson, arrivé aux Loges-Marchis en 1959, et pour lequel le décès prématuré de son épouse en 1965, influa largement sur son destin : " avec trois jeunes enfants, je ne pouvais me permettre qu'une seule sortie, les ventes aux enchères des alentours ". Et c'est ainsi que commença une passion de collectionneur : vieilles voitures dont un rare cabriolet B14, outils caractéristiques d'une époque qui commençait à s'estomper. " Je ne voulais pas qu'on oublie le patrimoine, cette époque où les hameaux même reculés en campagne étaient pleins de monde ". A l'origine de l'orchestre " les compagnons des Loges ", puis de ce fameux musée, on le vit en 1986 avec de nombreux amis présenter ses vélos anciens sur une étape du Tour de France à Saint-Hilaire-du-Harcouët. Son curieux musée artisanal animé était une représentation vivante du terroir que l'infatigable octogénaire aime encore volontiers évoquer pour ses amis de la maison de retraite des Hirondelles à Saint-Hilaire-du-Harcouët où il s'est retiré.

 

René Besnard :

irréductible réfractaire aux tracteurs !

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C'est un vieux " book " de photographe, déjà jauni par le temps qui nous est présenté, sorti après une bordée sonore de " nom de D... de bon D... ", de derrière les fagots (comme la bonne " goutte " !) et dont on parlera encore, alors que depuis bien longtemps nous ne serons tous plus de ce monde. Il rappellera encore le mieux le souvenir de ce " temps jadis " dont on peine déjà à évoquer les brumes.

Ce véritable document noir et blanc, d'excellente qualité, y montre tous les aspects du travail de la terre avec les chevaux : labours, fenaison, battages autour d'un mystérieux personnage central au large béret basque porté incliné sur la tête à la manière des bergers d'autrefois.

Quarante ans plus tard, maintenant âgé de 90 ans, on reconnaît sans peine, René Besnard qui est toujours là pour nous expliquer la genèse de cet authentique " cliché " d'un autre temps : " En 1974, je faisais déjà figure d'original dans le coin, ayant toujours proscrit le tracteur de mon environnement immédiat. Quand j'y étais contraint par une tâche autrement impossible, je faisais appel à l'entrepreneur ". Cela dit avec une fermeté qui incite à mieux connaître ce véritable " personnage " de la vie communale, sorte de philosophe rural qui a su tracer son chemin hors des sentiers battus, loin des modes, et surtout des " rotovators " et autres " quatre roues motrices " qui ont désormais envahi les routes de campagne.

Originaire de Buais, arrivé aux Loges-Marchis pour se marier en 1947, et succéder sur une petite ferme aux parents de Marie Henry, cet amoureux des chevaux qui s'était déjà engagé dans la cavalerie en pleine guerre, changea d'entrée la monte de cette petite ferme qui employait jusqu'ici que des postiers bretons.

" Je voulais du trotteur, et bien sûr, ça a fait jaser. J'ai commencé avec Quinine, issue de Ranzo, un étalon pur-sang des haras, connu à l'époque. On ricanait dans mon dos, mais j'avais mes raisons qui ne valaient même plus la peine d'expliquer après guerre tant les gens étaient butés : le cheval de sang, c'est à la fois esthétique, élégant pour sortir la calèche, mais aussi plus souple et plus nerveux pour les travaux de la ferme ".

 

Le danger bien sûr c'était une certaine fragilité liée aux coliques (mais qui s'améliora au fil des années quand le vermifuge se généralisa), et bien sûr la difficulté de manier des chevaux souvent " entiers ". Mais René Besnard comme on dit, " savait y faire ", et donne à qui veut sa technique laquelle vaut d'ailleurs pour tous les animaux de compagnie : " jamais les battre, toujours leur parler doucement et jouer de l'intonation de la voix. Je n’ai jamais mis un cheval au dressage, je faisais tout moi-même, et également aussi ferrer, élevant les poulains sous la mère, les mettant d'abord avec elle progressivement à l'attelage, et pour les monter dans un petit chemin creux entre deux talus. "

S'approvisionnant le plus souvent avec des trotteurs non qualifiés au PMU de Paris, René s'est ainsi fait rapidement un nom dans le milieu hippique local, et une réputation d'original au début des années soixante, quand tout le monde passa au tracteur : " j'avais en principe deux à trois chevaux, et des bons voisins les Jamoteau et Garnier pour l'entr’aide sur les grosses corvées, et l'entreprise Geslin par exemple pour botteler ".

Sa lourde silhouette, aux rênes de la calèche, devint familière des routes, mais aussi des fêtes de la région. On le prit beaucoup en photo aux fêtes du 900ème anniversaire de la fondation de Saint-Hilaire, aux mariages, dans des défilés, pour accompagner le Père Noël : " je n'ai jamais refusé personne et j'y trouvais mon compte car je restais dans un milieu de gens passionnés qui, comme moi, aimaient parler des chevaux ".

Depuis 2005, l'âge étant là, René, né en 1919, lui aussi a un peu " dételé ", d'autant qu'il conserve avec " Frisson " un beau pur-sang... qui pourrait en donner à tout néophyte de la chose chevaline ! " Il est comme moi, explique dans un sourire malicieux le vieux paysan...

à la retraite, et devenu quasi un animal de compagnie ! on l'attelle un coup ou deux dans l'année avec des copains, et il finira sa vie ici, comme son maître, au grand air de la campagne ".

 

 

 

 

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