MARTIGNY

Publié le par canton-saint-hilaire du Harcouet

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Qualité des sols, bien centrée (889 hectares pour 321 habitants de nos jours, contre 550 en 1697 selon le mémoire de l'intendant du Mortainais), Martigny, protégée des vents de " Nordet " car abritée au pied de la crête de Juvigny, doit beaucoup à Victor Gastebois (voir encadré ci-après). L'historien du Mortainais en a dressé une vaste fresque historique qui permet de particulièrement bien comprendre le fonctionnement des paroisses autrefois.

Elle apparaît dans les premières chartes en 1142 quand Hasculf de Subligny fait une donation à l'abbaye de Savigny. Un Robert de Martigny, en 1181, apparaît au cartulaire de l'abbaye de Barbery près Lisieux qui dépend de Savigny.

En 1240, le fief passe aux Servain, de Saint-Pois, seigneurs considérables (ils possédaient 99 fiefs dans tout le Mortainais) qui devaient 29 lances au roi, quand Saint-Hilaire n'en devait que deux ! Fidèles au roi de France, ils en sont dépossédés en 1418 au profit de l'anglais Wilton. Ce fief leur revient quand même en 1420 quand les envahisseurs anglais commencent à refluer, leur unique héritière se mariant aux de Meullent. Ceux-ci le vendent aux Le Marié qui s'étaient illustrés autour de Saint-Lô dans la guerre de partisans sont anoblis en 1466, Louis XI ayant besoin d'argent, récompensant 800 familles d'un coup dans la province ! Jean Le Marié est ainsi en 1490 sieur de Martigny et de Bellefontaine.

Madeleine Le Marié, en épousant en 1520 Jean Gosselin, valet de chambre du roi, prend un beau parti : le frère de ce dernier, Robert, chanoine de Notre Dame de Corbeil (Seine et Oise) aide à reconstruire en 1549 le chœur actuel de l’église et sa fameuse verrière. Le fils de Jean Gosselin, Joachim augmente encore les biens familiaux. Un moment protestant, ce dernier incité à démolir en 1617 les fortifications de son château, fait procès, sa veuve se défend tout aussi vertement et le fief passe alors par mariage aux de Gaalon, sieurs des Carreaux et de l' Isle-Manière en Saint-Quentin en 1722, puis aux Vivien de la Champagne jusqu'à la Révolution. Le manoir (rebâti en 1565) est alors acheté par les Dericq, riche famille protestante, qui avaient été en 1750, seigneurs de Chasseguey, tout à côté, mais dans le canton de Juvigny. Ils feront reconstruire cette ancienne demeure sans doute assez semblable au château Fortin (ou du Jardin) à Saint-Hilaire-du-Harcouët.

Durant tout l'Ancien Régime de nombreuses maisons nobles se sont établies sur le territoire de la paroisse : à la Grande Lande, non loin de la Faucherie (sur le Mesnillard) habitent des Cordon, parents dont l'ancêtre commun était sans doute un roturier qui avait donné son nom au village de la Cordonnière.

S'y établissent ensuite les de Lentaigne fonctionnaires mandataires des Montpensier pendant tout le XVIIIe siècle : 1720, Pierre receveur des tailles, 1759 Richard lieutenant criminel du baillage de Mortain. Au Bois-Geffroy le linteau de la cheminée montre qu'y vivait en 1597 Gilles Gachet, puis l'écuyer Payen sieur des Beaux-Linges en Chalandrey en 1710. A la Tréchardière, vivent les Mirleau originaires du Poitou, établis là vers 1580 après les guerres de religion, tenus ensuite à l'écart car condamnés comme faux-nobles en 1667. Enfin les de Lauvrière tiennent l'aînesse de la Petite Gravelle avant 1465, et jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.

La paroisse avant la Révolution vit au rythme du " général " où, en août, tout homme payant la taille (l’impôt) a voix délibérative. Les écoles, pompeusement baptisées " collège " par le tabellion Pelchat dans son inventaire de 1744, y fonctionnent depuis trente ans. Elles accueillent d'abord, au bord du cimetière, des garçons enseignés par la cure, tenue dès avant 1513, selon les statuts de l'évêché d'Avranches, par les chanoines réguliers de l'abbaye de Rillé près de Fougères. Avec son grand camail noir à capuchon et l'aumusse de fourrure noire au bras, le prieur-curé régne sur trois vicaires et une bonne demi douzaine d'autres prêtres dits habitués. En 1745, les relations se tendent à la mort de Siméon Coquebert entre les paroissiens et l'abbaye de Rillé. La Fabrique refuse de signer l'inventaire, le curé Coquebert là depuis 40 ans ayant pris des libertés avec les rentes du trésor. Rillé se fait prier pour fournir un remplaçant, et on doit se contenter une bonne année de desservants provisoires. Son successeur Joseph Duval est le premier prêtre enterré hors de l'église en 1784, et lui aussi a un procès (qu'il perd !) avec ses paroissiens en 1765, étant condamné par le baillage, à entretenir d'huile, jour et nuit, la lampe de l'église.

Le dernier curé avant la Révolution est Charles Claude Duchesne, présent ici depuis 1787, qui, tout comme son vicaire, Julien Géreux, prête serment, mais se rétracte pour finalement administrer comme réfractaire, Martigny et toutes les paroisses voisines, Virey, Parigny, Naftel, Mesnil-Boeufs. Trois années durant l'église sert de corps de garde, et les confessionnaux de guérites. Les cloches qui datent de 1724, fêlées, sont portées à Mortain, et en arguant qu'on en avait besoin pour sonner le tocsin en cas d'irruption des Chouans, on en ramène une grosse de 400 kg qui provient des Biards.

Au Tartary un dénommé Couette est tué par les Chouans, des acheteurs de biens nationaux sont malmenés, et c'est l'ancien vicaire Géreux qui prend la cure après le Concordat jusqu'en 1828. Mort en 1832, on ne sait où est enterré ce curé natif du lieu, qui y passa sa longue existence, et y fut prêtre 51 ans : il avait signé en tant que vicaire son premier acte d'état-civil le 19 octobre 1781 ! Son successeur est Jean-Baptiste Bizet, un curé d'une force physique exceptionnelle et qui rossa un jour d'importance un fier-à-bras venu spécialement à Martigny pour le défier !

Martigny, on l'a vu, a toujours connu comme ecclésiastiques des personnages hors du commun, et dans cette liste il nous faut nommer Jean Baptiste Paimblanc, né en 1770 qui élève du curé Bréhier, puis du collège royal de Mortain, est précepteur à Avranches, puis à Montigny aux Gondinières chez un avocat du baillage, avant de se retrouver vicaire aux Loges-Marchis, puis à Parigny, où la situation est des plus curieuses. Suite à un arrangement datant de Philippe-Auguste avec l'abbaye de Savigny, s'il n'y avait qu'une seule église, il y avait deux cures et deux presbytères. Le vicaire y servait donc alternativement, toutes les 4 semaines ! Au bout de seize ans de ce manège, il reprend sa liberté et s'installe... paysan, donnant dans le moderne et l'apiculture pionnière ayant 24 ruches. Mort avant la Révolution, tout le monde se souvient de ce paysan, fait prêtre et redevenu paysan, qui hantait les chemins avec sa forte jument nommée " Misère ", et ses deux chiens " Pauvreté " et " Malheur ". Le premier était un vilain bâtard qui sans grande allure avait étranglé au moins par deux fois des loups descendus lors de rudes hivers des bois de Reffuveille. Le second, un chasseur hors-pair qui attrapait les lièvres à la course... étant un ancien louveteau, pris sous la mère par M. de Vaufleury le lieutenant criminel du baillage.

En 1818, s’ouvrit officiellement l'école des filles avec Marie Olivier, une Carmélite d'Avranches qui était aussi blanchisseuse et enseignait... tout en repassant ! Elle suivait en cela la méthode du bonhomme Jamin de Parigny, un sabotier " artisans ès chaussons de hêtre " qui enseignait la grammaire tout en jouant de la varlope, et accueillait d'ailleurs certaines des élèves de la Carmélite à Parigny si les leçons de la bonne soeur lui paraissaient insuffisantes ! Virginie Alexandre (1840-1866) qui prit la suite était tout aussi industrieuse : en plus de faire la classe, de soigner les malades, elle fit, tout un été le travail d'une veuve du village de la Couverie, coupa le blé et le sarrasin, le mit en grange et le battit !

C'est dans ces années qu'apparut encore le curé Lehurey, partant en guerre contre le relâchement des moeurs et surtout la coutumes des " éteures " ou " éteufs ", résurgence du jeu brutal de la soule, banal depuis des lustres dans toutes les paroisses de l'Ouest. A l'occasion des mariages, on s'y battait entre villages ou mariés et célibataires, et à force d'intrigues, le curé fit passer le 12 juin 1856 un arrêté municipal interdisant ces ébattements sportifs. Quarante manifestants à la suite vinrent l'assièger dans sa cure, et le juge de paix dut en condamner onze, sans obtenir le calme pour autant. Les paroissiens de Martigny attachés à leurs coutumes firent alors... grève de la messe, s'en allant écouter vêpres à Saint-Hilaire-du-Harcouët ! Un jeune homme de la commune refusa même d'être marié par le curé Lehurey, on fit quand même la noce en allant à Mortain, demander à être mariés par le vicaire ! A partir de cette date, la commune fut sous surveillance, et on envoya même les gendarmes, mais sans pouvoir empêcher que se disputent encore, mais en se cachant, une dizaine de ces joutes souvent furieuses. Le pire c'est que la dernière eut lieu en 1859, lors du mariage – un comble- du gendarme Maillot de Saint-Hilaire-du-Harcouët, avec une demoiselle Legeard du Turmel. Le gendarme récalcitrant dut payer l'amende, mais le curé, c'est le cas de le dire, ne l'emporta pas en paradis car il eut encore de nombreux démêlés avec ses paroissiens, à qui, notamment, il entendait vendre fort cher, les pommes du cimetière dont on faisait le " cidre des morts ". Le conseil municipal contesta ses budgets, il fut démis en 1894, et mourut nonagénaire à Saint-James.

Il y avait à cette époque, juste avant 1900, sur la Sérouenne, pas moins de cinq moulins : le Bois, Chasseguey, le Horet, la Marche, et Martigny avec ses deux tournants. En 1850, les truites et anguilles, prises en deux heures au grand filet, payaient le fermage de dix vergées d'un tisserand, corporation très nombreuse et que l'on trouvait partout : à la Gravelle, la Mariais, la Hodinière.

C'est aussi mi-XIXe siècle que se créa le village du " Petit-Jésus " par l'aubergiste Jean Jouenne. Le curé Le Hurey dans un texte du 25 septembre 1874 nous raconte : " Cet homme, tout petit enfant, était appelé par sa mère (comme signe d'affection) mon petit Jésus. Les autres enfants et ses camarades l'appelèrent de même "Petit Jésus". En 1839 et 1840 fut faite la route départementale de Saint-Hilaire-du-Harcouët à Villedieu. La pièce de terre qui se trouvait dans l'angle formé par la route de Saint-Hilaire-du-Harcouët et du Pointon appartenait à M. Claude Demirleau. Il fit bâtir sur cette pièce de terre une maison, une étable et dépendances avec plant de pommiers aux abords. Il loua cette maison et dépendances à Jean Jouenne. Celui-ci y établit une auberge.Voulant, pour le distinguer des autres auberges qui se trouvaient sur la même route, on la nomma l'auberge tenue par le "Petit Jésus" en sorte que le village qui s'est augmenté des autres constructions qui se trouvent de l'autre côté de la route n'est maintenant connu que sous le nom du "petit Jésus"... et il le portera longtemps.

 

Les municipalités

 

Comme dans la plupart des communes voisines, les archives sont assez chiches en ce qui concerne les suites immédiates de la Révolution. Le premier maire de 1790, Jean Turmel-Latouche a comme successeur un de ses descendants 60 ans plus tard, et l'aspect assez " familial " de cette charge se retrouve ensuite avec les Vaudouer Julien et Jules jusqu'à 1896 et 1926. A l'instar de tout le canton, Martigny se développe avec la modernisation rurale, tous les hameaux sont alors très actifs, et la décentralisation ici parfaitement représentée par le carrefour du Petit-Jésus, éminemment stratégique puisqu'il coupe l'ancienne voie immémoriale d'Avranches à Sées, dite " de Brunehaut " refaite en 1860, et celle de Saint-Hilaire-du-Harcouët à Brécey quelques années plus tôt.

Il y a là, tout un autre village très actif avec plusieurs commerces et artisans dont le maréchal-ferrant Lehéricey qui, en 1890 à l'exposition d'Avranches, reçoit une médaille d'argent pour ses charrues et objets de taillanderie. On y trouve également James un autre maréchal, le sabotier Hamel, la Vve Couette, pommes et engrais, et la fameuse buvette-restaurant.

En 1902, il y a 606 habitants dans la commune présidée par Jules Vaudouer (1896 à 1928) assisté des instituteurs Leteurtois et Mme Genevée, le curé Signeux ayant à faire face quatre ans plus tard en mars, aux inventaires, dans la foulée de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. La réaction y suit la tendance générale dans le canton : refus catégorique. Le Glaneur nous retrace avec lyrisme l'événement : un samedi, 200 personnes, surtout des hommes sont présents. Mais le samedi 24 mars 1906, c'est avec la troupe que les représentants de l'Etat arrivent, venant de Chèvreville et de Parigny. Malgré l'arrivée de la population alertée par le tocsin, la porte est défoncée, et l'on fait même attendre dehors un convoi funèbre… auquel les soldats rendent les honneurs quand il peut entrer enfin dans l'église !

La grande fête annuelle de la fin août (la Saint-Roch) déroule en 1905 ses fastes tout à la fois au bourg où il y a mât de cocagne, courses à pied, grand feu d'artifice dans la prairie du château, mais aussi au Petit-Jésus avec courses cyclistes cantonales opposant Saint-Hilaire-du-Harcouët à ses voisins de Ducey et Isigny. Martigny est une commune relativement prospère donc avec ses 212 habitations, 170 ménages, 4 dépôts de pain, 2 de viande, 4 épiciers avant la Grande Guerre.

La saignée démographique de cette dernière avec ses 21 disparus n'obère pas un certain dynamisme municipal sous la houlette de Jules Vaudouer et de son fils du même prénom qui lui a succédé à son décès jusqu’en 1929. En 1924 on adhère à la future électrification des campagnes, en 1926 à une ligne régulière d'autobus. Faut croire que Jules Vaudouer père a été particulièrement bienveillant envers ses concitoyens, pendant son long mandat de 32 ans, puisqu'à sa mort en 1928, le conseil décide à ses frais de faire placer une pierre tombale sur le caveau de sa concession perpétuelle. On peut encore admirer ce bel hommage populaire dans le cimetière.

L'entre deux guerres avec l’élection du maire Victor Lepeltier (1929-1933) qui voit notamment arriver l’instituteur Robert Lebreton, puis Louis Pautret en mars 1933 est fertile en projets de modernisation : réfection des voiries et installation d'une cabine téléphonique en 1929 au café Poulain, restauration des vitraux où on se rend enfin compte de l'intérêt de la fameuse verrière dont nous parlons abondamment plus loin. Mais comme dans tout le canton, c'est surtout, en 1935, la grande affaire des bouilleurs de cru qui embrase tout le secteur. Le conseil néanmoins ne va pas, comme celui des Loges-Marchis, jusqu'à la démission collective. Le projet d'ériger le groupe scolaire date de l'année suivante, mais la guerre suspendra le dossier... jusqu'en 1953 ! Juste avant la guerre (1938), Martigny qui a perdu cependant une centaine d'habitants enterre le plus illustre de ses fils, l'historien Victor Gastebois, dont nous rendons hommage plus complètement ci-après parce qu'il fut l'historien de sa petite commune d'origine, mais dévoila également au grand public le livre de raison de Jean Géreux (1720-1785), paysan de la Hodinière, et père du futur curé de la Révolution dont il détailla notamment, entre autres, tous les frais d'éducation au collège de Mortain. Nous devons bien sûr à Victor Gastebois la plupart des informations qui émaillent le chapitre Martigny de cet ouvrage.

 

Victor Gastebois

l'historien du Mortainais

 

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Né à Martigny le 4 juin 1871 au Bois Geffroy dans une famille de modestes agriculteurs, Victor Gastebois est pour tous les amateurs d'histoire locale du Sud-Manche une des références incontournables au même titre que les autres historiens et " antiquaires " du XIXe siècle : Le Héricher, H. Sauvage, les ecclésiastiques Hulmel, Masselin, Desroches, Pigeon. Pur produit de l'école républicaine, licencié ès lettres dès 1896, il enseigna ensuite un peu partout : Mayenne, Pas-de-Calais, Finistère, pour revenir dans son département natal à Coutances, puis à Mortain en 1909-1910 comme directeur du collège. Comme toute sa génération, la Grande Guerre fut un intermède terrible pendant lequel il tint un journal comme capitaine d'infanterie jusqu'à sa démobilisation au grade de commandant en 1919. Il reprit ensuite le chemin de l'enseignement, directeur du collège d'Argentan jusqu'à sa retraite en 1933, un temps de repos qu'il mit à profit jusqu'à son décès le 6 janvier 1938 pour poursuivre son oeuvre d'historien du Mortainais. Parmi ses nombreux ouvrages publiés citons : Martigny, histoire d'une commune du Mortainais (1904) couronné par l'Académie française, Pages d'Histoire du Mortainais (1929), le Vieux Mortain (1930), légendes et histoires du Mortainais (1932), l'abbaye de Savigny en 1751 (1934), les derniers moines de l'abbaye de Savigny (1937).

 

La guerre et l'occupation démarrent, comme partout, dans le marasme et l'effroi. En février 41, un cultivateur qui avait caché un fusil de chasse dans la paille va en prison sur dénonciation. Deux ans plus tard, cela lui aurait valu les camps de la mort. On s'occupe comme on peut, en créant, à l'initiative de l'instituteur-secrétaire de mairie Robert Lebreton arrivé ici en 1930, une équipe de foot qui joue sur un terrain situé route du Mesnillard. A partir de 1944, la grange de Sérouenne, aux limites de Parigny abrite le fameux groupe de résistants animé par Lucien Blouet. Nous en avons abondamment parlé dans notre premier tome de "Saint-Hilaire-du-Harcouët au fil du temps". Toutes ces années noires font outre les victimes militaires, des drames inexpliqués comme le résistant Louis Jeanne (instituteur secrétaire de mairie à Parigny), trouvé mourant un jour de février aux confins de la commune avec Saint-Hilaire-du-Harcouët, ou cet accident tragique où Henri Blin, 20 ans, le 28 août, est happé par un camion américain au sortir du café sur la route du Petit-Jésus. Les libérateurs étaient arrivés dès le 1er août au soir dans les champs, sur le territoire de la commune qui fut entièrement libérée le 2 août, les premiers GI's arrivant dès 7 h 30 pour être immédiatement suivis par d'impressionnants convois deux heures plus tard. Néanmoins, contrairement à Saint-Hilaire-du-Harcouët, peu de pertes civiles, quelques coupures de routes liées au bombardements, et quelques bêtes tuées notamment à la Couverie.

La Libération inaugure le mandat de Emile Piel (1945-1977), un personnage emblématique de la commune dans toute cette période puisqu'il sera maire jusqu'en 1977. Né en 1904, ancien combattant de la campagne du Rif au Maroc, et de Syrie, il était déjà conseiller municipal en 1933, et bien secondé par Jules Fossard, fera entrer sa petite commune dans une modernité active. Sa grande réalisation demeurera le 6 septembre 1953, l’inauguration du premier groupe scolaire de la région avec comme instituteur Robert Lebreton et institutrices Mme Monique Jean et Mlle Renée Cahu. L’ancienne école des garçons sera affectée à la mairie jusqu’en 2007 et l’ancienne école de filles vendue en 1954. Le bourg avec ses quatre cafés-épiceries (Rémy Gautier, Marguerite Fauchon fermé en 54, Lecapitaine, Poulain successeur Olivier fermé en 95) reste encore bien fréquenté et célèbre par ses fêtes dont le comité est créé en 1954.

La fête Saint-Roch reste une des grandes dates de l'été dans le canton avec courses cyclistes, et même courses hippiques sur ce qu'on appelle pompeusement " l'hippodrome de la Touche "… en fait les champs Pautret au-dessus du bourg. Mais (on le verra dans nos portraits en cette fin de rubrique) ces années-là font la bascule notamment en agriculture : plus de chevaux, mais des tracteurs, et des tas de petits métiers en pâtissent. On le voit notamment au Petit-Jésus où dès 1959 Léon Cléret maréchal est remplacé par Fillatre qui ferme le café et déplace son activité quelques centaines de métres plus bas, là où on voit aujourd'hui le garage J.P.Letellier. 1962 et le départ de l'instituteur Robert Lebreton (remplacé au secrétariat de mairie par Mme Langlois qui officie aussi à Chèvreville) sonnent le glas d'une époque que l'Eglise (voir notre chapitre consacré à la paroisse) peut regretter aussi quand en 1954 par exemple, on pouvait rassembler 1200 personnes pour la fête des cloches !

Quand Emile Piel passe le relais en 1977 (il décédera en 1995), il avait été élu 45 ans, et s'était encore dévoué à la fondation du club du troisième âge en 1978, ses successeurs étant en 1997 Alice Piel, et depuis 2002 Monique Piel). L'élection de Louis Fossard (1977-1995), au conseil depuis 1959 annonce une transition harmonieuse, mais la commune n'a plus que 357 habitants en 1980 (à comparer au 600 de 1902 !), et on commence à s'inquiéter pour le maintien du groupe scolaire inauguré en grande pompe en 1953, désaffecté définitivement à la rentrée 89-90.

Louis Fossard qui est toujours là pour nous expliquer les angoisses des élus de l'époque résume bien l'ambiance : " il y avait moins de monde en campagne, même si le remembrement a été fait plus tard (de 1989 à 1993- 1996, NDR), mais il y avait une bonne ambiance communale et on a pu faire ce qui était prévu : chemins, clocher, salle polyvalente, église ".

De fait, on voit Martigny participer aux jeux intercommunaux en 1980 avec le Mesnillard et Chasseguey, ou en 1984 à la fête du 900ème anniversaire de Saint-Hilaire-du-Harcouët en confectionnant chez le président du comité des fêtes Marc Crochet un très remarqué char du sabotier. En 1982, se fonde aussi (président Henri Gohin), le club de tennis de table, lequel sur une dizaine d’années, va même atteindre 30 licenciés et le niveau régional sous la présidence de Gérard Piel en 1991. En 1983 est organisée la seule fête du pain bénit que l’on peut recenser dans les annales de la commune.

Le 8 novembre 1986, c'est l'inauguration de la salle polyvalente, les habitants n'ayant pas ménagé l'huile de coude pour faire le gros oeuvre, et en 1989 le plateau scolaire est aménagé en aire de jeux (tennis) alors que l'on songe (1992) à transformer l'ancien groupe scolaire en habitations : deux puis 5 logements. En 1990, Martigny a encore perdu une vingtaine d'habitants (339 contre 360 en 1982), et c'est assurément le bon moment pour adhérer (1993) à la communauté de communes naissante.

En 1995, année de l'élection de Gérard Esneu, Martigny est la dernière commune du canton à finaliser son remembrement, mais c'est aussi l'année où en décembre ferme le dernier commerce (Poulain) et que décède Emile Piel, maire emblématique de l'après-guerre.

Sans écoles, sans commerces, Martigny peut néanmoins offrir une belle qualité de vie, et propose donc du logement à ceux qui travaillent sur Saint-Hilaire-du-Harcouët, Isigny, voire Avranches. En 2000, c'est la prise de possession du lotissement des Primevères (7 maisons individuelles) et on ne compte plus les rénovations d'habitat en campagne.

Sur le plan associatif on ne baisse pas les bras : en 1997, les féminines gagnent le relais cantonal, en 1997, 2 000 personnes visitent le moulin Poirier (voir notre encadré spécial) qui a bien rebondi après son incendie accidentel de 1976, et en 1998 a lieu le premier vide-grenier. A partir de 1999 aussi les accidents mortels à répétition au carrefour du Petit-Jésus amènent à penser à sa réfection.

En 2007, c'est l'année de l'inauguration de la nouvelle mairie, jouxtant la salle polyvalente, et qui abrite salle associative et atelier municipal. Cette année-là c'est aussi celle de l'émission TV " la carte au trésor " qui voit la charmante animatrice Nathalie Simon faire gagner ses candidats sur le territoire de la petite commune, ravie à l'occasion de ce " coup de projecteur " dans une nouvelle ère bien résumée par le maire Gérard Esneu :

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" Nous sommes remontés à 326 habitants, et par chance nous conservons 4 artisans impliquant une quinzaine de salariés. Par contre de 40 fermes en 1971, nous sommes passés à 9. Nous tenons bon financièrement, et il nous reste à faire l'aménagement du bourg, la restauration du presbytère et de l'ancienne mairie. Nous avons 11 logements locatifs et 7 dans l'ancien groupe scolaire, et nous serons prêts à faire face toujours en ce domaine car nous ne sommes qu'à 4 km de Saint-Hilaire-du-Harcouët et Isigny où travaillent de nombreux jeunes ménages ".

 

L’église et la paroisse

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Inséparable de l'histoire de l'église que nous détaillons par ailleurs, la tradition donne comme lieu de la première église, la Lairie, puis on l'a vu la chapelle du château dont la légende dit qu'elle était bâtie sur un îlot au milieu des douves l'entourant. Un jour le chapelain, las d'attendre le maître de céans, parti à la chasse commença sa messe, provoquant l'ire du seigneur qui, de fureur, le transperça d'une flèche.

Dans sa partie moderne, disons après 1900, la paroisse fut secouée on l'a vu par la période des inventaires (1906), et une succession de curés (voir liste) s'arrêtant en fait en 1948 avec le curé Poirier, dernier prêtre résidant. Son successeur, le curé Ducloué effectuant ensuite le service des deux paroisses, mais habitant à Parigny. C'est lui qui présida la bénédiction des cloches du 2 mai 1954, toutes munies d'un dispositif électrique et offertes, pour la première par les conseillers municipaux. L'exemple ainsi donné fut suivi d'effets, la souscription finissant par atteindre 550 000 F et couvrant donc, d'emblée, la plupart des dépenses engagées.

En 1958, fête tout aussi somptueuse mi-mars pour la restauration de la verrière, le chemin de croix ayant été peint par le curé Letouzé des Biards, doté d'un solide coup de crayon. Tout cela le jour d'un congrès des anciens combattants qui amena encore plus de monde. Tous ces braves curés étaient plutôt " ancienne mode ", et les enfants de chœur avaient intérêt à filer droit : " sinon c'était à genoux sur les sabiots, ou les mains dans le bénitier glacé de l'église. Il y avait messe tous les jours, plus les huitaines en semaine, les sépultures, le dimanche matin et vêpres, et sans se tromper dans les répons, et avec des spécialistes d'office requis pour les messes chantées où il fallait être dans le ton ", se souvient un ancien acolyte, désormais octogénaire !

En 1963, le curé Ducloué fut remplacé par le père Lahogue, et en 1974 début mai, on vit même la venue de l'évêque Mgr Wiquart pour la bénédiction des voûtes et du calvaire de la Croix de la Laicherie. En 1978-79, ce fut la remise en état de la toiture et du clocher, par l'entreprise Hamel, ainsi que le remplacement du coq, lequel, depuis 1827, avait eu le temps de voir tourner les vents. En 81, ce fut la sonorisation, et malgré toute la bonne volonté des curés maintenant tous basés à Saint-Hilaire-du-Harcouët pour faire presque tout le canton (RP Onfroy en 1982, Trublet en 1991, Deshogues en 1997, Pierre Pestour depuis 2001), une église bien sûr bien moins fréquentée qu'autrefois… comme partout dira-t-on.

 

La verriere de Martigny

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En 1549, Jean Gosselin, seigneur de Martigny, enrichi par ses fonctions de valet de chambre de Sa Majesté, fit encadrer dans la croisée ogivale du chœur l’une des plus belles oeuvres de mémoire religieuse sur verre inspirée par la Parenté de Notre-Dame. Le vitrail de l’église de Martigny a 5 mètres de hauteur sur 3 mètres de largeur. Dans la partie supérieure du vitrail, trois anges portent des écussons aux armes des donateurs que l’on retrouve dans l’attitude de la prière au bas de la fenêtre.

Le sujet central traite de la parenté de Marie. Au centre de la composition, sainte Anne, mère de la Vierge, tient Marie sur ses genoux. Plus bas, Joseph offre un fruit à l’enfant Jésus.

Les autres personnages sont les trois époux de sainte Anne conversant avec les deux sœurs de Marie et, aux extrémités du tableau, leurs époux.

Tout en bas du vitrail : à gauche : Robert Gosselin, prêtre, chanoine de Notre-dame de Corbeil, curé de Copainville (aujourd’hui Compainville) commune du canton de Forges les Eaux en Seine Maritime. Il est représenté à genoux sur un prie-Dieu.

De l’autre côté : Jean Gosselin, valet de chambre du roi Henri II, à côté de lui, son fils Joachim, revêtus de leurs armures.

Le vitrail comporte deux inscriptions en latin : au dessus de l’enfant Jésus, on lit SOLI DEO SIT HONOR ET GLORIA AMEN. (Au Dieu unique, honneur et gloire. Amen) Une seconde inscription entre les portraits des donateurs, un cartouche portant l’inscription : AD GLORIAM (DEI) VIRGINIS Q. MARIE HOC PERFECTVM EST ( pour la gloire de dieu et de la vierge Marie, ceci a été réalisé).

 

Les écoles

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Les premières mentions qui sont faites des écoles remontent aux années 1714-1717 et 1744 pour les garçons, et 1818 pour les filles avec Marie Olivier. Elles se situaient encore ensemble garçons et filles (sœur Alexandre) jusqu'en 1848 où vraiment, l'Etat prit les choses en mains. Dès lors, comme dans les communes voisines, il fallut trouver, ce qui n'était pas si facile avec un bâtiment capable d 'accueillir près d'une centaine d'enfants (48 garçons et 39 filles en 1913) des " maisons d'école " qui déménagèrent assez souvent : à la Couverie jusqu'en 1866, ensuite en haut du bourg à droite en 1867, et un moment même, en 1947, sur l'arrière du château. L'instituteur-secrétaire de mairie était alors une véritable institution, et il y eut à Martigny des couples qui ont marqué des générations de petits élèves : les époux Prodhomme (de 1916 à 1924), Rouxel (1924-1930), Bourget (62-66) ou Robert Lebreton qui resta en poste comme instituteur de 1930 à 1962, et secrétaire de mairie jusqu'en 1977.

Le nombre d'élèves (une centaine pendant la guerre) nécessita l'étude dès 1936, d'un groupe scolaire magnifique dont la première pierre ne fut posée qu'en 1951, pour fonctionner en 1953 et s'arrêter en 1990 (dernières institutrices Mmes Guilbert, Bourgault et Hélary). On fit tout pour garder les écoles sur place, acceptant en 1980 une garderie, mais le déclin était inéluctable. En 1989, le conseil refusa le projet de fermeture d'école, et même d'adhérer à un projet de RPI (Regroupement Pédagogique Intercommunal) . Dès 1992, le grand bâtiment s'orienta vers ce qui est sa destination actuelle avec 7 logements.

 

 les vieux métiers

Quand on châtrait les roues d'banniaux !

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Né en 1930, Raymond Olivier, s'il a réussi sa reconversion au début des années 70 dans la menuiserie et la charonnerie métallique, a néanmoins fort bien connu l'époque de l'immédiat après-guerre où les charrons étaient partout. Ils étaient déjà six rien que pour Martigny : Louis Desfoux et Albert Hamel au Petit-Jésus, Marcel Gastebois au Pont de l'Oir, Louis Olivier à la Breudière, Louis Lecapitaine au bourg, et son père Ernest à la Croix-Planté dès 1925 prenant la suite de Fillâtre puis à partir de 1932 à la Barberie.

Dès l'âge de 14 ans, à la sortie de la guerre, il se souvient d'une époque bien oubliée : " ce fut une année exceptionnelle à pommes et on fit 350 tonneaux ! ". La saison s'étalait en effet sur une année, avec des " pics " bien particuliers. De mi-mai à fin juin, c'était la saison des cercles où il fallait, avant le 14 juillet, début des grosses chaleurs, fendre, planer, plier par rangs de quatre les gaules de châtaignier coupées dans l'hiver. Tout l'été, avant la Saint-Roch (dernier week-end d'août) il s'agissait, si le temps était très sec de " refouler " ou " châtrer " les roues qui avaient tendance à rétrécir, et préparer avant septembre et la saison des tonneaux les cages à marc, les râpes à piler. Car ensuite on ne chômait pas pour filer à vélo pendant deux mois, les outils (compas, chiens, banais, mailloche) sur le dos, dans les fermes et relier les tonneaux avec les cercles de châtaignier, puis ensuite les ferrures. Chez Ernest puis Raymond Olivier qui prit la suite après son mariage en 1955, on faisait toutes ces ferrures sur place, s'étant dotés rapidement d'une forge. De ce côté, les deux années où Raymond, après le régiment travailla deux ans comme carrossier à Avranches, furent très utiles dans le contexte de reconversion suite à l'abandon de la traction animale qui se préparait : " mon père a ferré ses dernières roues neuves en 1951, les premiers tracteurs, des petits Farmall vendus par Lehec commençaient à arriver, et on a beaucoup travaillé sur la transformation des tombereaux, timonerie à changer, montage sur pneus, plateaux métalliques vite concurrencés par les grands ateliers comme Lair à Moulines et Monique aux Biards. C'est là qu'on a commencé un peu à se diversifier vers la menuiserie, de toute façon, on n'avait pas le choix, dès 1965 il n'y avait plus du tout de chevaux. Et l'activité cidre et grandes pilaisons n'a guère tenu qu'une quinzaine d'années de plus. Après les gens ont tous vendu les pommes aux distilleries, n'ayant plus le temps de s'embêter à piler ".

Raymond Olivier qui a pris sa retraite en 1991, reste néanmoins nostalgique de cette période où le métier de charron était encore un véritable art : " c'était un beau métier du bois, tout en fausse équerre et à faire sur place, ce qui donnait un contact lors de la saison des tonneaux dans un tas de petites fermes lesquelles nous faisaient travailler ensuite toute l'année : petits placards, portes d'étables et de granges. On gardait pour la morte saison en janvier les gros travaux, les plus intéressants sur le plan technique, herses, voitures, gros tombereaux. Il fallait un bon mois pour faire une charrette à gerbes, et même une simple brouette demandait, entre la roue qui à elle seule nécessitait la journée, une petite demi-semaine pour tout terminer jusqu'à la peinture finale. On soignait particulièrement les petites voitures qui permettaient d'aller au marché du mercredi à Saint-Hilaire-du-Harcouët, et comportaient une ossature en acacia et les panneaux en noyer verni, soigneusement peintes et décorées de filets. D'ingénieux dispositifs permettaient même d'y attacher dessous des cagettes à petits cochons ".

De cette époque où on se levait tôt (4 heures du matin à la saison des tonneaux) pour rentrer guère avant parfois minuit, et travailler toute la semaine (le dimanche matin étant consacré au nettoyage de l'atelier !) il ne reste que peu de témoins. Les derniers charrons à avoir exercé dans le canton de Saint-Hilaire-du-Harcouët au tournant du siècle se comptent sur les doigts d'une main : Martin et Giffaut à Virey, Normand à Parigny. Mais Raymond Olivier, énergique retraité, en achetant un local désaffecté à Saint-Hilaire-du-Harcouët qui a pu accueillir ses machines, a su garder la main. " Tant que je peux, je reste actif, à mon rythme dans un environnement qui fut celui de toute ma vie, dans la bonne odeur du bois et de la sciure, et l'amour du travail bien fait que m'enseigna certes à la dure, mais pour mon bien, mon père ".

 

Le moulin de Martigny

la machine endormie

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Bel exemple de la transition entre le moulin qu'il fut dès le Moyen Age, et la minoterie, le moulin de Martigny était jusqu'en 2006, un des dernier à tourner dans la Manche, qui plus est avec l'énergie hydraulique, étant alimenté par un bief de 1,8 km de long, datant, excusez du peu, de 1163, ce qui en fait assurément la plus vieille construction de main d'homme dans la commune.

Un long chemin le reliait même paraît-il au château, lequel était partout, la plupart du temps, à l'origine de ces réalisations importantes et coûteuses. Il conserva ses deux tournants jusqu'à l'entre deux guerres où Victor Poirier père, fit installer une turbine, renforcée ensuite par une seconde venue du moulin voisin du Mesnillard.

Victor Poirier fils avait pris en 1955 la suite de son frère René sur un moulin d'échange puis de commerce à hauteur de 4 quintaux par mois produisant certes de la farine traditionnelle, mais aussi des moutures ou de la " posson ", ce mélange d'orge et de blutages de farines basses que l'on donnait aux animaux de la ferme. Hervé Poirier, le fils qui après le BTS meunerie, y travailla 20 ans, avant l'arrêt récent de 2006 en explique bien l'évolution : " la transformation des cultures au début des années 70 a modifié la donne. Il a fallu se diversifier vers les farines bio qui représentaient à la fin près de la moitié de l'activité, et ont permis de maintenir le fonctionnement le plus longtemps possible "

Actuellement en sommeil, ce bel outil industriel qui pourrait facilement fournir de l'électricité à l'habitation voisine, permet de constater l'ingéniosité humaine pour tirer parti des forces naturelles : " à la bonne période, conclut Hervé Poirier, l'eau donne la moitié de la puissance à cet ensemble qui, en pleine activité, et avec une ou deux personnes, pouvait écraser trois tonnes par jour. Le moulin c'était aussi, il faut le dire, une époque et une ambiance, les charrettes attelées qui attendaient leur tour, tous les bruits de la machine en mouvement où, à l'oreille on pouvait détecter la moindre anicroche. C'était surtout un superbe métier au carrefour de tout un tas de connaissances mécaniques, hydrauliques, en électricité, biologie car il s'agissait avant tout d'être autonomes et capables de se dépanner rapidement, l'ouvrage n'attendant pas ".

 

Le commerce à Martigny autrefois

 

Un bourg vivant est un bourg où l’on trouve tout ce qui est nécessaire à la vie de tous les jours, et il y a de l’argent à gagner à Martigny.

On peut imaginer que c’est par ce genre de discours que les demoiselles Dromaguet grossistes bien connues à Saint-Hilaire-du-Harcouët, commerçantes nées, ont persuadé Madame Marguerite Fauchon d’ouvrir un commerce de détail à Martigny en 1929, dans un immeuble où avaient résidé des religieuses en charge de l’école des filles et qui était la propriété de Mr Gesnouin, du château . Ce commerce cumulait : café, épicerie, mercerie , quincaillerie, vaisselle-dépôt de tabac et journaux – le petit "mammouth de l’époque". Le financement ? Une bonne partie fut assurée par nos deux grossistes dans le cadre d’un contrat d’exclusivité , les remboursements étant fixés de façon à ce que chacun y trouve son compte. On pratiquait beaucoup ainsi, les banques étant moins nombreuses qu’aujourd’hui et les mentalités n’étant pas non plus les mêmes.

De son côté, Monsieur Albert Fauchon, charpentier de son état, créa en face, et à deux pas de l’église une scierie qui ne fit qu’accroître la dynamique de la bourgade.

A Martigny, on comptait alors 4 commerces d’épicerie-café : Fauchon, Lecapitaine, Gautier, Olivier – ce dernier possédant une cabine téléphonique et assurant le dépôt postal. C’est donc là que Monsieur et Madame Fauchon ont fait carrière jusqu’à leur retraite et qu’ils ont élevé leurs quatre filles : Gabrielle, Renée, Suzanne et Colette. C’est justement, Renée, l’une des filles, et son mari, Victor Poulain, charpentier couvreur, qui reprirent les deux activités dans les années 1953 – 1954, récupérant la cabine téléphonique, et y adjoignant de la restauration, et qui les ont maintenues jusqu’en 1995, année où Madame Poulain est décédée. Colette Baron, la jeune des demoiselles Fauchon, qui a décidé, avec son mari Maurice, de passer sa retraite à Martigny ( et qui a pris en charge la location de la salle polyvalente- ça fait voir beaucoup de monde ! ) se souvient encore de la période où s’installa à Saint-Hilaire-du-Harcouët le magasin ‘’ Prisunic ‘’, précurseur des grandes surfaces : le commencement de la fin pour tous les petits commerces car les gens de la campagne profitaient du jour du marché du mercredi pour faire un gros ravitaillement – la curiosité du début devenant une habitude . Maman n’était pas vraiment satisfaite de ça, se souvient Colette car la boutique n’était plus qu’un lieu de dépannage, se rappelant même la fois où des cultivateurs qui revenaient de Saint –Hilaire-du-Harcouët en voiture à cheval se sont arrêtés devant la boutique, interpellant la commerçante sans descendre de voiture pour lui demander ... une boîte d’allumettes ! Ils avaient oublié de la prendre à Saint-Hilaire-du-Harcouët. Un sacré culot tout de même. Maintenant, Colette en sourit, mais sur l’instant , c’était un peu dur à avaler. Que ne fallait-il pas faire pour satisfaire un client ? Le commerce Poulain a été le dernier du bourg de Martigny.

 

 

 

 

 

 

 

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