MILLY

Publié le par canton-saint-hilaire du Harcouet

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Sous le patronage de saint Pierre, dépendant du doyenné de Saint-Hilaire, la désignation de son curé relevant de l'évêque d'Avranches, la petite paroisse de Milly fut aussi longtemps sous l'influence de l'abbaye de Savigny proche à laquelle ses seigneurs, firent, tout au long du XIIe siècle, d'ailleurs comme tous les nobles autour, de nombreuses donations.  Du démembrement du domaine d'origine au XIe siècle qui était aux sieurs de Chaulieu, sortirent trois fiefs :

  • Milly (un Richard de Milly en 1082 fait donation au prieuré du Rocher à Mortain, et le dernier du nom dans les archives est un Guillaume de Milly noté dans une montre à Pontaubault en 1377 au début de la guerre de 100 ans), enfin aux du Hamel (anoblis en 1578).
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  • La Lande aux mêmes de Milly par mariage au XIIIe siècle.
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  • Beauvoir aux de Husson puis aux Carbonnel sieurs de Chasseguey.

 Le château avait été détruit sous Jean Sans Terre en 1197, Roger de Milly faisant allégeance à Philippe Auguste. La famille de Milly originelle tombée en quenouille à la fin du moyen âge, la seigneurie se transmit par les femmes, mais resta dans le même lignage jusqu'à nos jours. En effet, en 1584, Françoise de Mondyon héritière, épousa Robert du Hamel, sieur de Boisferrand (en Moulines) qui transmit le château à ses descendants, sans discontinuer. Curieusement, d'ailleurs, du fait des attaches originelles avec Chaulieu, une des parties les plus importantes des fiefs situés sur la paroisse releva jusqu'à la Révolution, du baillage d'Alençon dont elle était éloignée de fait de 18 lieues ! Néanmoins, en 1789 ces trois fiefs étaient de nouveaux rassemblés sous la main de M. du Hamel sieur de Milly mais aussi de Moissey (en Saint-Jean-du-Corail), et de la Mortière (en Husson). Les députés du Tiers y furent en 1789, Louet et Heslouis ; pour le clergé, le vicaire Montchevrel ; et pour la noblesse le comte d'Omméel représentant M. du Hamel de Milly. Cette famille, on l'a vu, était présente ici depuis la fin XVIe siècle, ses armoiries étant d'azur au chevron d'argent accompagné de trois roses, et sa devise " or ne veux ".

En 1470, après la guerre de Cent Ans donc, il y avait 214 feux, soit environ 1300 habitants dans cette paroisse où l'église est fort proche du château. (voir plus loin le chapitre " le domaine de Milly "). En 1721, la visite épiscopale de Mgr César Leblanc montrait pas mal de laisser-aller sous la houlette du curé Pierre Lemaître lequel allait décéder 9 ans plus tard : église en très mauvais état, pas de comptes de Fabrique depuis plus de 20 ans, pas mal de " non pascalisants " dans une paroisse où il n'y avait pas de vicaire et où seul le diacre Etienne tenait l'école de garçons.

L'évêque pour y mettre bon ordre fit nommer un vicaire, payé de plus, de sa poche, par le chapitre d'Avranches ! En 1749 son successeur Mgr Durand de Missy constata qu'on avait guère avancé côté église, mais cette fois-ci le curé François Lenormand (décédé en 1780) avait comme vicaire François Grandguillot, et Etienne Guyard, prêtre habitué, c'est-à-dire un retraité résidant, donnant même à l'occasion le coup de main. Une école de filles tenue par Marie Gauchet avait fait son apparition, mais c'est toujours le chapitre de la cathédrale d’Avranches qui ramassait les grosses dîmes, la cure subsistant comme elle le pouvait avec les sarrasins, les pommes, les lins et les chanvres.

Le dernier curé avant la Révolution était Jacques-François Legros, installé depuis 1781, les cinq ecclésiastiques présents refusant la constitution civile du clergé : le curé Legros passa à Jersey, le vicaire Raulin suivit le même chemin, puis l'Espagne avant de rejoindre Juvigny au Concordat, enfin la Bazoge avant de terminer son sacerdoce comme curé de Reffuveille. Un des prêtres " habitués " le curé Louis Boussin " avancé en âge " disparut rapidement en 1795, emprisonné à Coutances. L'intrus Jean Simon, arriva de Valognes en 1791 pour s'installer à Mortain en janvier 1793, et ensuite se rétracter en 1816.

  

La Révolution

  

C'est aux limites avec Villechien qu'eut lieu, le 28 janvier 1796, une des plus importantes batailles de la chouannerie dans le Mortainais connue sous le nom du Pont-Normand. M. de Saint-Quentin qui commandait pour les Chouans, voulant faire la jonction avec les troupes de Frotté s'était établi au château de Villechien, mais ses hommes étaient installés sur les deux rives de la Sélune grossie par les eaux de l'hiver. Bien qu'entouré de fortes garnisons, sur Saint-Hilaire-du-Harcouët, Mortain, Sourdeval, le Teilleul, négligeant de placer des sentinelles, et disposant de troupes peu disciplinées, un de ces écarts de conduite provoqua la bataille quand par jeu, les Chouans jetèrent à la rivière deux moutons d'un paysan de la Bazoge. Celui-ci, par vengeance alerta à Mortain le général Varin qui, toute la nuit envoya prévenir les garnisons voisines et attaqua à l'aube. Cernés de tous côtés, acculés à la Sélune en crue, les Chouans perdirent 140 combattants sur une troupe de 500. M. de Saint-Quentin parvint, tant bien que mal à se dégager et à se replier sur le Mesnillard et Saint-James. Menacé un temps du conseil de guerre il fut réhabilité juste à temps pour aller se faire tuer deux mois plus tard lors de l'attaque de Tinchebray. Si l'église fut grosso modo respectée, les cloches furent conduites à Mortain, et les biens de la cure (autour de 5 ha) mis à l'encan.

  

Les municipalités

  

Les maires du début de la Révolution : Abraham, puis Almin étaient assez modérés. Par contre leur successeur, le tanneur Louët, sa femme, son assesseur et agent municipal Lebédier, et plus tard leur ami Chevrel furent tués en 1794 par les Chouans . En représailles, Almin, capturé les armes à la main à la Gérardière alors qu'il allait rejoindre ces derniers, fut immédiatement fusillé sur place par la colonne mobile de Saint-Hilaire-du-Harcouët. Le culte, clandestin, fut, dans toute cette période administré par les prêtres réfractaires Michel Auvray-Dubourg et Bourdin, qui rouvrit l'église en 1801 pour en donner les clefs au curé Jacques Legros de retour d'exil lequel tint la paroisse jusqu'en 1810 (ensuite à Juvigny jusqu'à sa mort en 1824).

Des archives municipales, de la Révolution à nos jours, il faut retenir une grande stabilité, notamment sous la houlette des châtelains, du Hamel de Milly Alexandre (1811-1816), Alphonse (1825-1830), René (1848-1870), Maurice (1932-1934) et Xavier (1945-1977), juste entrecoupée par la longue et féconde parenthèse Arthur Legrand (1870-1916) député-maire au moment crucial (juste avant 1870 et pendant la " belle époque ") de la modernisation de toute la région.

Ces vieux documents commençant en 1808, Jean-Marie Abraham étant maire, (vite remplacé par Alexandre du Hamel de Milly en 1811), montrent une population encore accablée par les réquisitions militaires. On y constate que les bœufs sont beaucoup plus importants que les chevaux (20 contre trois) pour voiturer avec autant de charrettes la troupe de Mortain à Louvigné. En 1817 on constate encore le remboursement aux habitants pour le logement des troupes prussiennes en 1815. L’année suivante, en 1816, Alexandre du Hamel de Milly avait été remplacé par Jean Gilles Le Roy (1816-1825).

En 1823, la modernisation frappe à la porte, notant la création d'un bureau de poste à Saint-Hilaire-du-Harcouët, et l'année suivante une réflexion au niveau cantonal pour la répartition de l'impôt foncier.

En 1825, Alphonse du Hamel de Milly entame un mandat de maire vite écourté en 1830, à l'avènement de la Seconde République. Il démissionne, son adjoint Le Roy le suit, Pierre-Jacques Heslouis Basverger qui le remplace avait déjà été adjoint sous l'Empire et c'est l'instituteur Simon qui prend ce poste d’adjoint important dans une municipalité à 10 élus. On crée deux compagnies de garde nationale commandées par Régis Mézange de Saint-André qui habite au Coquerel.

Jean-Baptiste Louet prendra la place de maire en 1833 au décès de P.J. Heslouis-Basverger. A cette époque, Milly avec 800 habitants environ est une des communes les plus instruites du Sud-Manche car sur 30 jeunes gens de moins de 30 ans, on ne compte que deux analphabètes. Tout cela, on le doit, et c'est écrit en toutes lettres dans les délibérations du conseil, au zèle de l'instituteur Simon, qui fait l'école chez lui, depuis 33 ans.

On cherche donc déjà un local adéquat, en vendant par exemple en 1836 trois communaux (les Réaux, l'Aumonyère, la Héronnière) pour y pourvoir. Les grosses préoccupations du moment restent les chemins vicinaux, la couverture de l'église et le clocher, le traitement des deux instituteurs et du vicaire, et les relations toujours tendues avec l'agent voyer et la préfecture, car Milly se trouve au carrefour de trois grands chemins dits " d'intérêt collectif " : le n° 5 (du Pointon à Barenton ; le n° 49, Juvigny à Saint-Symphorien ; le n° 85, de Milly à Parigny).

Dès 1840, les pauvres deviennent une préoccupation importante. Sur 849 habitants en 1845, il y a 16 familles indigentes et une vingtaine d'élèves reçus gratuitement à l'école, chiffre qui passe à 21 garçons et 21 filles en 1850. C'est l'année également où se termine le pont de la Buronnière, sur l'Argonce allant à Parigny. Un pont de bois tout vermoulu que les voituriers évitaient, arrivant avec forte pente et en courbe, au point que les sieurs Grihault et Giret y virent chacun à leur tour, voitures et chevaux basculer à l'eau. Parigny se fera tirer l'oreille pour partager moitié moitié la dépense, seulement en 1851.

En 1848, René du Hamel de Milly arrive aux affaires (1848-1870). Il ouvre une classe d'adultes (elle tiendra jusqu’en 1887), mais on loue toujours une " maison d'école ", ce qui oblige à relancer une étude (la première, on l'a vu, datait de 1836) sur ce dossier qui va de pair avec la modernisation qui s'annonce : accord pour le chemin de fer Avranches-Domfront (1863), en dépit d'une paupérisation rampante de la société ; l'année précédente on recense 29 indigents sur la commune dont 15 mendiants " valides " et 3 âgés !

L'élection d'Arthur Legrand en 1870 bouleverse le dossier école, car M. du Hamel de Milly ancien maire, et propriétaire foncier incontournable se montre mauvais perdant, triple le loyer, et on s'échange des courriers aigres-doux. Le conseil du 9 février 1873 signale en effet " l'intention très formelle de l'ancien maire, d'entraver tous les projets de la municipalité par une opposition systématique ". Il faut dire aussi que le député, et désormais maire Arthur Legrand voit… grand : une maison d'école " double " en ce sens qu'elle inclura également l'école des filles encore couverte en chaume, et où l'institutrice (une sœur du Carmel), est sans cesse menacée de la voir s'écrouler sur elle car " le moindre vent l'agite " jouxtant également une mairie neuve !

Le renfort inattendu de ce projet lancé en 1871 (il coûte 14 000 F, l'État ne donnant que 4 000 F, le budget annuel de la commune étant de 6.800 F) vient du sous-préfet de Mortain qui n'est autre que M. Mézange de Saint-André... l'ancien propriétaire du Coquerel ! Le dossier passe donc en force (expropriation et tout le toutim), lançant également la carrière du député Legrand qui, très souvent retenu à Paris, s'appuiera sur de nombreux adjoints (Paul Boiton, Napoléon puis André Pacilly, Victor Margerie, Alphonse Mary) pour impulser une action énergique sur tout le Sud-Manche, et bien sûr pour Milly.

Sans centimes additionnels, grâce à d'incessantes souscriptions (pour les chemins, les cloches en 1908, le Pont de la Sélune en 1875), il profite de toutes les opportunités, et fait jouer ses relations, notamment pour le passage de la poste et du chemin de fer. Dès 1880, profitant du passage de l'ingénieur général chargé du projet à Vire, il obtient pour 1887 au lieudit Néron, une gare et halte à marchandises grande et petite vitesse près de la Compagnie de l'Ouest. Il a laissé miroiter une " zone d'attractivité " comme on dirait maintenant, de 4 000 habitants dans le quadrilatère Touchet-Mortain-Juvigny-Saint-Hilaire-du-Harcouët.

Dès 1875, ayant aussi constaté des problèmes de lenteur du courrier, il met à disposition en 1884 une maison sise sur la grand route, à laquelle on adjoint en 1890 dans le bourg un bureau auxiliaire de poste pour le téléphone et le télégraphe. Et de Paris il se démène encore pour arracher en 1894 une subvention pour une douzaine d'agriculteurs victimes de la sécheresse, des réparations urgentes au clocher, toutes les activités du bureau de bienfaisance qui croule sous les demandes : médecine et pharmacie, femmes enceintes, familles nombreuses, billets hospitaliers, soupe aux enfants nécessiteux à l'école...

Dès 1899, on voit apparaître à ses côtés comme conseiller municipal, puis comme adjoint (en 1906, puis 1912), le fils de son ancien adversaire, Maurice du Hamel de Milly.

  

Arthur Legrand : un personnage politique

  

Un siècle plus tard, il n'est pas si facile de relever l'action d'un " animal politique ", d’une envergure unique dans le Sud-Manche sauf, peut-être, voici peu, celle du président Jozeau-Marigné. Arthur Legrand, né en 1833 à Paris, dans une famille de hauts fonctionnaires, avait en effet de qui tenir puisque fils du député défenseur dans la Manche, des idées bonapartistes de 1837 à 1848. Son grand-père maternel avait également été député des Bouches-du-Rhône.

Conseiller d'Etat (1857), commissaire au gouvernement (1862), titulaire de la légion d'honneur à trente ans, il se lança en 1866 comme candidat conseiller général à Barenton, quasi-inconnu, mais bénéficiant de l'aura de son père. Il fut brillamment élu pour tenir ce siège jusqu'en 1907, battu par Louis Béchet. En 1870, il fut élu maire de Milly, sa commune de résidence depuis 1866, ayant acheté le manoir du Coquerel (qu'il rénova d'ailleurs considérablement) au général Camille Mézange de Saint-André Sur un plan plus politique, c'était, comme son père un bonapartiste, et c'est d'ailleurs sous cette étiquette alors devenue vraiment marginale qu'il s'inscrit aux législatives de 1871, sur la liste conservatrice du prince de Joinville.

Député 42 ans, il arriva régulièrement en tête dans tous les cantons de la circonscription, sauf à Sourdeval (qui votait Labiche, républicain). Sa seule éclipse fut sur le laps de temps 1885-1889  où opposé aux compositions de listes, il fut remplacé par M. Gaudin de Villaine, avant de reprendre la main ensuite et défendre son siège victorieusement face au même (1898), en 1902 face au radical Ferdinand Fouquet (73 %), puis seul en 1906 et 1910. En 1914, pour son dernier mandat, il écrasa le pacifiste Haupais : 10543 voix contre 111 !

Faisant partie de la droite conservatrice car grand propriétaire terrien, et ayant longtemps fait cause commune avec les monarchistes, il ne put donc jamais accéder aux fonctions gouvernementales. Il soutint ardemment l'enseignement catholique, les bouilleurs de cru, l'économie libérale, mais défendit de tout temps les consultations populaires et le suffrage universel.

En 1913, selon le rapport de l'instituteur Fleury, il y avait à Milly un bureau de poste (ouvert en 1890), 180 ruches, plus de 5 hectares de pépinières " tout le monde distille, jusqu'à 1 000 ou 2 000 litres, la consommation en est effroyable ". Preuve est que cette " industrie " étant comme partout autour (voir les Loges-Marchis notamment), importante.

A son décès en pleine grande guerre (8 mai 1916), Arthur Legrand sera remplacé par son adjoint Alphonse Mary qui fera fonction de maire pendant les combats, lesquels firent 24 victimes à Milly et sera élu premier magistrat municipal en 1919, secondé comme adjoint par Maurice du Hamel de Milly jusqu’en 1932. Ce dernier étant le fils du précédent adversaire d’Arthur Legrand. Alphonse Mary devait laisser un bon souvenir chez ses administrés puisqu'on lui accorde une concession à perpétuité dans le cimetière et que son fils Louis Mary en 1932 fut aussitôt élu adjoint du châtelain Maurice du Hamel de Milly auquel il succéda en 1934. Comme partout dans le canton c’est la grande période d’agitation autour de l’affaire des bouilleurs de cru.

Arrive la guerre de 40 et six conseillers sur douze (MM. Mary, de Milly, Lemée, Busnel, Veillard, Delatouche) sont mobilisés. M. Morel fait office de maire, le temps que Louis Mary revienne en 1941 et cède la place à la Libération en 1945, à Xavier du Hamel de Milly le 20 mai, juste à temps pour accueillir le général de Gaulle de passage dans la région le 10 juin. Le tandem de X. de Milly -Victor Lemée est alors aux commandes jusqu'aux années soixante, portant le projet d'une nouvelle école de filles, et l'aménagement d'un lavoir.

Pendant la guerre, Milly fut un temps, de fin juin à fin juillet 1944 le siège de la Kommandantur départementale allemande repliée devant l'avancée américaine. Le château, le presbytère, le Coquerel (propriété depuis 1939 du distillateur René Gilbert), les grandes maisons du bourg furent réquisitionnées. Les Allemands quittèrent la commune le 1er août après avoir tenté d'incendier le Coquerel, emmenant avec eux des résistants captifs comme les frères de Rocquefeuil de Vergoncey, et le père trappiste Haupais, mort en déportation à Kassel le 7 mars 1945.

 

L’après guerre

 

Sous le mandat de Xavier du Hamel de Milly, de 1945 à 1977, on a aménagé et électrifié le bourg, réalisé 6 km de routes, l'adduction d'eau potable (travaux jusqu'en 1980), construit deux écoles et logements pour instituteurs, restauré l'église et le presbytère, et inauguré la nouvelle mairie en 1972. Mais surtout, bien sûr, comme ses voisines, la petite commune de Milly est entrée dans un processus de modernisation complète de l'agriculture, couronnée par le remembrement de 1973.

Dans cette période, même si en 1955, on déplorait que les fêtes locales commençaient à s'étioler au profit de Saint-Hilaire-du-Harcouët, l’on prit dès 1954 ces animations en main sous la présidence de Victor Lemée.

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S'ensuivirent des courses de chevaux (1955), et une quinzaine d'années plus tard avec Alcide Gazengel  de très belles fêtes avec la venue des Cosaques (1972), ou des chars à la 5ème fête de la vallée de la Sélune. En 1967 on avait aussi créé (président Michel Reusiau) le club de football Milly-Lapenty avec un premier terrain route de la gare, puis, en 1975 lors de l'association avec Notre-Dame-du-Touchet sur le terrain du Douet-Garnier.

Sous la houlette d'Alexandre Lemée, de 1977 à 2001, les grandes dates furent : en 1979, l'inauguration de l'usine de pompage du Syndicat d'alimentation en eau potable et la restauration de l'église, en 1981, la création par Louis Pinson du club du troisième âge, en 1987, la construction de la salle polyvalente et puis en 1988 la mise en place du R.P.I. ( Regroupement Pédagogique Intercommunal) Milly-Lapenty-Villechien.

Dans le cadre de l'habitat on aménagea deux logements dans l'ancien presbytère en 1992, et deux dans l'ancienne école de garçons. La réfection de la salle de la rotonde se termina en 1995. Dans tout ce laps de temps, Arts et Loisirs créé en 1975 par le curé Desvages (voir notre encadré en rubrique Chèvreville), ajoutait avec sa kermesse dès 1978 sa touche à la palette colorée des fêtes de la Vallée de la Sélune et leurs attractions : cascadeurs, défilés costumés.

Milly, bien sûr, s'intégrait sans problèmes aux animations cantonales, qu'il s'agisse de la fête du 900ème anniversaire de la fondation de Saint-Hilaire-du-Harcouët en 1984 (avec le char des Chouans) ou du relais pédestre, gagné en 1989 par la commune en catégorie mixte puis en féminines en 2005, révélant le futur talent de la jeune Aurore Guérin. En 91, on avait fêté le 20ème anniversaire de la fête de la Sélune, tout en déplorant deux ans plus tard une concurrence avec la fête de l'Europe au chef lieu, mais sans ternir l'ardeur des présidents successifs du comité des fêtes (Michel Reusiau, René Hamel, puis Christiane Picot à partir de 1996).

Ce comité avait lancé en 1986 son célèbre bal de la Saint-Sylvestre, puis depuis 1994 le réveillon, sans oublier quelques grandioses manifestations : la fête du chien, avec 1500 visiteurs en 1992, la venue d’André Verchuren en 1995 et des Fermax en 2002.

Pour le football néanmoins, l'époque était à l'unification des clubs, mouvement amorcé en jeunes dès 1993 avec le groupement rural de la Sélune (président M. Ratouis). Les seniors allaient encore quelques années opérer avec leurs camarades de Lapenty-Touchet, mais comme un peu partout de nouvelles offres se faisaient jour pour les jeunes, comme à Milly d'ailleurs avec dès 1995, une nouvelle association " sports et détente " (gym pour tous les âges) présidée par Annie Bazin.

Avec Michel Reusiau de 2001 à nos jours on note la restauration de la mairie en 2003, la construction d'un lotissement sur l'ancien terrain de foot en 2006, l'effacement des réseaux, l'assainissement collectif et cerise sur le gâteau, l'aménagement du bourg inauguré le 18 septembre 2010.

 

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Michel Reusiau se montre largement satisfait de sa fin de mandat culminant avec les travaux d’aménagements du bourg : " sur 506 000 euros, nous avons obtenu 328 000 euros de subventions. Avec 334 habitants c'est le statu-quo, par contre il y a un souci aux écoles où le RPI est en baisse. Côté habitat, avec plus qu'une parcelle disponible il faudra de nouveau chercher du terrain pour la construction, restaurer la vieille école, entretenir les 15 km de chemins ".

 

Le domaine de Milly

 

Château, chapelle, église

 

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C'est assurément, encore de nos jours, un des beaux atouts de cette petite commune que d'avoir conservé ce bel ensemble au charme provincial toujours lié d'ailleurs au nom de ses anciens seigneurs.

Il y avait très certainement un château ancien sur l'emplacement de l'actuel car les de Milly originaux firent plusieurs donations aux abbayes voisines. Ce château fut détruit par Jean sans Terre, quelques années avant la prise de la Normandie par Philippe Auguste en 1202. Sur ses ruines se construisit au XVe siècle un manoir, sans doute assez semblable à celui que l'on peut voir aux Basses-Cours en Lapenty (voir notre rubrique dans cette commune) ou au lieu dit Hecterre en Saint-James. Sur les restes de ce manoir ancien, sans doute renforcé pendant les guerres de religion, en 1750 on refit un château neuf en conservant juste les cuisines dont on peut admirer la cheminée monumentale, et les poutres toujours du XVe siècle. Les communs, sur le côté possèdent des linteaux armoriés et furent construits avec de nombreuses pierres de réemploi de l'ancien manoir. Un bel étang, un parc arboré, un chemin d'accès direct emmène vers l'église qui n'est, en fait que l'ancienne chapelle du château, récupérée par la paroisse, suite à un arrangement avec le châtelain, quand l'église originale qui se trouvait beaucoup plus à l'Est, brûla dans un incendie au XVIIe siècle. Elle est donc contemporaine de la rénovation du château, les paroissiens fournissant pierres et main d'œuvre en échange de cette nouvelle affectation de la chapelle seigneuriale primitive. L’église actuelle avec ses cloches de 1758, ses stalles rustiques du chœur, son lutrin et sièges curiaux (peut-être en provenance de Savigny), sa belle sacristie (de 1856), son cimetière dominé par la grande croix de 1787, forme un bel ensemble avec le second château, originellement du XVIIIe siècle. Le roi Louis XI, lors d'un de ses nombreux pèlerinages au Mont-Saint-Michel y était passé le 28 août 1470 avant de déjeuner à Pain d'Avaine pour 9 écus.

Quelques contreforts au nord et au sud, évoquent cette chapelle primitive, remontant sans doute comme toutes les paroisses voisines à la période " où la France se couvrit d'un blanc manteau d'églises "... en pierre, se substituant à celles de bois qui avaient tant souffert ici des invasions normandes.

 

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On l'a vu donc, toute la partie importante de la nef date de 1750, le clocher étant terminé un peu plus tard en 1758. On y remarque son chevet de facture ancienne à trois volets et son retable de la fin du XIXe siècle. Tous ces travaux furent effectués sous le pastorat de l'abbé Lenormand (1743-1780) qui fit construire à ses frais les deux chapelles (Sainte-Anne et Sainte-Vierge), les stalles, le pavage, et un bon tiers de la tour.

L’autre pastorat marquant fut celui, de 1913 à 1957, de l'abbé Victor Mariette. Né à Airel en 1876, après des études chez les Oratoriens de Saint-Lô, ordonné le 29 juin 1900, il fut vicaire à Blainville puis Villedieu (1902), curé de Saint-Aubin-des-Préaux (1909) avant d'arriver à Milly le 13 juillet 1913. Maître-chantre dès le séminaire, il allait jusqu'au Mont-Saint-Michel entonner les cantiques, et on venait de loin écouter ses messes de minuit. Il fut remplacé par Ange Lahogue jusqu'en 1974, mais ensuite ce fut l'abbé Morel qui officia pour les trois paroisses voisines. Entre-temps, malgré tout, le 20 mars 1960, André Lemoffe, fils de la dame qui tenait le bureau de Poste, y célébra sa première messe.

De l'examen des archives il ressort que le calvaire (datant de 1787) fut déplacé en 1890 pour être mis dans le cimetière, que le clocher fut consolidé en 1908, puis bénies l'année suivante deux cloches achetées grâce à une souscription populaire. Le chemin de croix offert par les paroissiens en souvenir du jubilé de 1913 fut béni en 1914. En 1935 on couvrit les chapelles, en 1966 la voûte, en 1968 le sol. En 1979, la réfection complète fut couronnée par l'électrification des cloches en 1983, le coq retrouvant sa place sur le clocher en 1997.

 

Les écoles

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Comme toutes les petites paroisses, Milly, avant la Révolution s'en tenait aux écoles de garçons depuis le XVIIe siècle et de petites filles juste avant la Révolution. L'examen des archives municipales comme on l’a vu plus haut, nous a montré que dès 1830 le problème de la " maison d'école " se fit jour, les bienfaits de l'éducation, sous la férule de l'instituteur Simon ici depuis 33 ans, étant particulièrement reconnus.

C'est Arthur Legrand, le député-maire des années 1900 qui débloqua la situation pour créer l'ensemble que l'on peut encore voir actuellement, entourant la mairie. Juste avant la guerre, 49 filles et 46 garçons y étaient scolarisés, chiffre qui augmenta encore avec la venue de réfugiés, au point qu'en 1946 on se soucia d'améliorer l'école des garçons.

L'éducation dans ce passé pas si lointain, était la charge de maîtres qui effectuaient sur place une grande partie de leur carrière. Citons la sœur Leroyer originaire de Subligny qui de 1888 à 1905 enseignait le catéchisme aux enfants qui n’allaient pas l’école, ou Mme Surblé, qui resta 22 ans de 1931 à 1953 et fut remplacée par Mme Cabel. Dans les années 50 le problème des écoles refit surface vu l'augmentation du loyer de l'école annexe installée à la rentrée 42 dans la propriété Véron. Il fut donc décidé de construire une école de filles avec logement de l'institutrice contigu de la classe des garçons, et qui fut opérationnelle en 1960. En 1988, fut lancé le Regroupement pédagogique Lapenty-Milly-Villechien, Milly héritant de 5 cours avec Mme Gilbert et Mlle Lancelot. Ce R.P.I. existe toujours avec 60 élèves à la rentrée 2010.

 

Promenade dans le bourg avec Jean-François Picot

 

En arrivant de Saint-Hilaire-du-Harcouët, dès la première maison sur la gauche habitait la sœur Leroyer qui était infirmière et enseignait également le catéchisme aux enfants du village.

Juste 2 ou 3 maisons plus loin, se tenait le café, quincaillerie, maréchalerie et forge de la famille Guérin, commerçants et artisans de père en fils depuis au moins 4 générations. Puis à partir de 1973, de père en fille, Louis et Céline Bouteiller. Peu à peu l’évolution a fait que la forge est devenue serrurerie.

Le 1er novembre 2003, l’heure de la retraite ayant sonné, la dynastie des Guérin s’est éteinte.

Plus loin sur la gauche, on trouve depuis 2001 la boulangerie pâtisserie Martin, c’est d’ailleurs le seul commerce encore en activité en 2010.

Le fonds a été créé en 1944 à la libération par Louis Lemée et Bernard Picard, avant c’était une maison particulière, quelques années après il a été repris par Michel Hardy. En 1966 après avoir effectué son apprentissage chez M. Hardy, le fonds a été repris par Michel Reusiau, commerce qu’il a tenu avec son épouse jusqu’à la retraite en 2001.

Toujours sur la gauche, il y avait le bureau de poste. On le doit à M. Arthur Legrand, député de la Manche. Il fit bâtir le bâtiment vers 1880 par un artisan de la commune, M. Michel Delaporte.

La Poste a entre autres été tenue par Mme Olierou, (M. Olierou faisait office de vétérinaire sur la commune), puis par Mme Hélène Lemoffe et enfin par Mme Isabelle Rousseau jusqu’en 2004.

A partir du 1er mars 2004, suite à la réorganisation des services postaux, l’agence est transformée en point Poste et transférée à la Boulangerie Martin.

Après la poste, juste derrière une petite maison aujourd’hui détruite, se trouvait l’atelier de menuiserie ébénisterie de Maurice Guérin, (frère Pierre Guérin, forgeron), fonds qu’il a créé dans les années 30, après son apprentissage chez Louis Boulay au lieu dit " Le Hamel " à Chèvreville.

En 1972, l’atelier a été repris par Robert Poullain, puis au début des années 80, certainement pour des raisons de commodités, celui-ci a été transféré à la sortie du bourg sur la droite, direction Barenton juste derrière l’habitation de M. Poullain. Depuis 2009, l’activité s’est arrêtée.

Aujourd’hui, en lieu et place de l’atelier de menuiserie de M. Guérin se trouve l’atelier Fabrice Hamon, artisan Plomberie Chauffage (également petit fils de Maurice Guérin).

En poursuivant notre découverte de quelques pas, dans cette maison juste au bord de la route, un peu en face de l’actuelle Mairie se trouvait un café, épicerie, vaisselle, restauration. Tout d’abord tenu par la famille Thébault, il l’a ensuite été par Mme Augustine Almin, qui en plus assurait la vente des engrais, (l’entrepôt était situé à proximité de l’actuelle boulangerie), et enfin par Mme Marie Triguel jusque vers 1960 période de sa fermeture.

Toujours en s’avançant dans le milieu du bourg, on arrive devant une grande longère, où se tenait le café, débit de tabac, épicerie, restaurant de Mme Louise Guérin épouse de Maurice Guérin, menuisier.Ensuite, ce commerce a été repris par sa fille Thérèse jusqu’en 1985, puis par Mme Lemonnier jusque vers 1990 Et enfin il a été tenu par une famille algérienne, (sans le débit de tabac qui a été transféré chez Mme Bouteiller à l’entrée du bourg), jusque vers le milieu des années 1990, date à laquelle, il a été fermé.

En continuant notre avancée, nous arrivons devant l’une des plus belles maisons du bourg, elle fut construite vers 1880, en même temps que la poste, par Michel Delaporte. On y apprend, avec surprise d’ailleurs, qu’il y a eu un hôtel, il été tenu par Émile Delaporte, fils du constructeur de cette maison.

Quelques dizaines d’années après, cette maison a été acquise par M. et Mme Auguste Ledauphin qui ont ouvert en 1954 un magasin fixe et ambulant de vêtements pendant quelques années avant de le transférer à Saint-Hilaire-du-Harcouët, Avenue du Marechal Leclerc en 1968, magasin qu'ils ont tenu pendant 20 ans avec M. et Mme André Ledauphin.

M. Ledauphin avant d’arriver sur Milly habitait sur Lapenty et y assurait l’entreprise agricole (Moissons avec le grand travail), activité qu'il a assurée avec son frère André jusque vers 1970.

Dans la maison collée à la précédente, il y avait le magasin de vélos de Gustave Bélliard avec également un peu de machines agricoles (petit matériel genre faucheuses.…) L’activité a dû être arrêtée dans le début des années 1970.

Juste après, à l’emplacement de la maison un peu retirée de la route, se trouvait une grosse maison où on pouvait trouver une cordonnerie qui était tenue par M. Lambert. Mme Maria Lambert, sa femme, était cuisinière.

De l’autre côté de la route dans la grande maison juste dans le carrefour se trouvait le café, épicerie, mercerie, restaurant de Mme Morin. Cette maison aurait également été construite par Michel Delaporte. Avant la famille Morin, il aurait été tenu par la famille Besnard ou Bernard. Après Mme Morin, il a été repris par M. et Mme Lemonnier, ensuite pendant environ un an par M. et Mme Dulong, et enfin jusque vers 1990, date de sa fermeture, par Momo (Café des Sports).

Quant à Maurice Morin, époux de Mme Morin, il était meunier dans le bourg, et la minoterie était dans un bâtiment aujourd’hui démoli un peu en face de la maison de M. et Mme Ledauphin.

Toujours au carrefour central, mais de l’autre côté se trouvait une imposante maison, (à droite sur la photo), un très ancien commerce (café, restaurant).

La plus ancienne propriétaire dont on connaît le nom est Mme Germaine Deshusses (née Couillard), ses parents tenaient déjà ce commerce. Son mari Louis Deshusses était menuisier ébéniste, il a appris son métier en même temps que son confrère Maurice Guérin chez M. Boulay à Chèvreville, et s’est également installé dans les années 30. La seconde guerre arrivant, M. Deshusses est parti au front, il y décède en 1940 ; son atelier a été fermé.

En 1952-1953, le café a été repris par Mme Louise Vivier qui l’a tenu pendant 8 ans. Au plus haut de son activité, on pouvait y servir jusqu’à 100 cafés dans une journée surtout le dimanche après la messe. Pour la partie restauration, service à des pêcheurs et chasseurs de Fougères et pendant la saison des pommes service à des employés de la distillerie Gilbert

Ensuite le fonds de commerce a été fermé, (le 1er de la liste), et la maison détruite car trop avancée dans le carrefour, elle cachait la visibilité. Elle a été rachetée par la famille Bazin (maçons). La particularité est qu’avant de la détruire, les frères Bazin l’ont complètement vidée et y ont construit une petite maison à l’intérieur.

Les frères Bazin (Marcel et André) ont été maçons pendant de nombreuses années, ils avaient repris la suite de Louis Bazin leur papa. On peut retrouver quelques-unes de leurs réalisations sur Milly et aux alentours. Ce métier, ils l’ont exercé jusqu’à l’heure de la retraite vers 1985.

De l’autre côté du carrefour, cette fois-ci en se dirigeant vers Barenton sur la gauche, se trouvait le magasin de nouveautés, mercerie, vaisselle et épicerie de M. et Mme Pierre Delatouche.

Avant la famille Delatouche, il était tenu par François Joseph Dubourg. Mme Marie Delatouche (née Cordon) l’a tenu jusque vers 1960. M. Delatouche était coiffeur dans une pièce à l’arrière de la boutique, le plus gros de son activité était le dimanche après la messe. M. Cordon (le papa de Mme Delatouche), était charron au début des années 1900, au lieu dit " La Hyronnière ".

 

La vie artisanale en dehors du bourg

 

Tout d’abord, il y avait l’atelier de charronnage et forge de M. Victor Leriche qui était situé au lieu dit " La Grande Chapronnière ". Il a créé son atelier au début des années 20 après son apprentissage chez M. Benoist de Parigny. La seconde guerre arrivant, M. Leriche est parti au front, il y décède en mars 1940, son atelier n’a pas été repris.

Puis il y a eu M. Auguste Poullain qui a exercé la même activité que M. Leriche au lieu-dit " La Petite Hyronnière ". Il s’est installé quelques temps après le décès de M. Leriche en 1940 et a exercé jusqu’à la retraite vers 1975.

Ensuite on pouvait trouver l’atelier de charronnage de M. Emile Herbert. Lui aussi a fait son apprentissage chez M. Benoist à Parigny en même temps que M. Leriche. Après avoir fait ses débuts à la scierie de M. Sébire au lieu dit " La Jobtière " à La Bazoge, il crée son activité dans une ancienne maison (celle de M. Dubourg) au début des années 20 puis lance son atelier en 1924 au lieu dit " Le Chesnay ". Sa première œuvre a été une carriole faite toute à la main naturellement, la seule chose qu’il n’ait pas faite dessus est la ferronnerie qu’il faisait faire à l’époque chez M. Louis Guérin au bourg. Vers 1926-1927, M. Herbert crée sa propre forge.

M. Emile Herbert aura exercé jusque vers 1957, il décède vers 1959. M. André Herbert son fils né en 1925 ne prendra la suite de son père que vers 1973, (entre-temps il a été salarié), et fondera un atelier de menuiserie, il s’est arrêté en 1985 à l’heure de la retraite, là non plus il n’y a pas eu de successeur.

Sur Milly, il n’y avait pas de couvreur en chaume, par contre M. Victor Joseph, de Fontenay, avait une partie de sa clientèle à Milly.

 On pouvait noter la présence d’un bouilleur de cru sur la commune, M. Boissel qui habitait au lieu dit " La Planchette ", la grande maison juste en face du presbytère de l’autre côté de la route.

Une figure locale de Milly, Mlle Marie-Thérèse Margerie, décédée en 2009 ; elle a été factrice sur la commune jusque dans les années 1970, puis à Fontenay par la suite. Elle avait également été recrutée par la mairie à la Libération pour recenser les dégâts occasionnés par le passage des Alliés sur la commune. Sa mère était également factrice sur Milly. Son père était horloger, mais pas à Milly

Il y avait aussi sur Milly plusieurs laveuses : Mmes Cheval, Foyer, Mary, Level, Leneveu, Pibouin, mais également des couturières : Lucie Leneveu, Louise Leriche, Marie Boissel et Louise Hamel. L’une d’elles se souvient avoir fait beaucoup de couvertures piquées, jusqu’à 25 par an, avec parfois 3 par maison. N’habitant pas le bourg, il lui fallait passer les talus et les chemins creux avec la machine à coudre sous le bras, une fois arrivée à bon port et après avoir reçu les consignes de ce qu’elle devait faire dans la journée, elle se souvient que la patronne tuait le lapin avant midi, ensuite elle le préparait et il n’était mangé qu’une fois le train de l’après-midi passé, soit vers 4h, ce qui faisait quand même tard. Après guerre, il y avait beaucoup de travail avec la confection des robes et tenues de mariages, il y a eu jusqu’à 3 mariages par semaine, les mardis, jeudis et samedis.

 

Le manoir du Coquerel 

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Ce joli manoir historique car ce fut une maison de maître sous l’Ancien Régime, bien restauré par la famille Mézange de Saint-André, puis par Arthur Legrand le parlementaire emblématique de la Belle Epoque dans le Sud-Manche, est devenu aussi, grâce au Calvados, un point incontournable de la gastronomie et même du tourisme économique du Sud-Manche.

Une destinée étroitement liée à l’arrivée de la famille Gilbert, originaire du Mesnillard (voir la rubrique de cette commune), René Gilbert achetant le manoir en 1939 pour y installer en pleine guerre avec deux compagnons ouvriers (Victor Amand et Armand Delentaigne) une distillerie moderne, faisant suite à celle qu’il faisait déjà fonctionner depuis deux ans à la gare de Fontenay. La guerre y avait causé des dégâts importants, la bataille de Mortain (début août 44) faisant suite à un mois d’occupation des autorités allemandes fuyant devant les Américains ayant percé le front lors de l’opération Cobra. Durant un mois plein, en gros tout juillet 44, Milly fut donc envahi par l’état-major des troupes allemandes et par les autorités administratives françaises de la collaboration. Au Coquerel, les nazis engagés dans la bataille de Mortain avaient entreposé toutes sortes de biens, et même trois prisonniers taxés à tort ou à raison de résistants, qui furent délivrés par René Gilbert (décédé en 2002) avant que les SS ne reviennent incendier le tout. Ils tentèrent même de brûler le manoir en entassant dans le salon d’honneur tout un tas de papiers et cartons qui, finalement, firent long feu, ce qui permit de sauvegarder le joli bâtiment.

René Gilbert fils (né en 1937), étroitement associé à la direction de l’entreprise dès son retour de la guerre d’Algérie en 1961, explique bien la forte activité de l’époque autour des pommes : " on pilait 5 à 6 000 tonnes de pommes par an, mais surtout on achetait beaucoup de cidre en campagne où deux camions-citernes tournaient tous les jours pendant six mois, car les cidres fermiers étaient propices à la fabrication de très bons calvados ".

On touche là le cœur de l’activité de l’entreprise qui, au départ distillait du calvados, mais aussi des alcools d’État qui servent ensuite à l’industrie chimique. A cette époque, en 1962, cette entreprise familiale (la mère, Marie Gilbert, assurait la comptabilité, et la tenue d’une entreprise de 6 personnes où tout le monde était nourri-logé) était en plein essor. La vente en 1971 au groupe allemand Asbach via sa filiale française dirigée par M. François Martin, lui permit non seulement d’assurer sa pérennité, mais bien de rebondir, notamment à l’export.

Dans les décennies 70 à 90, l’entreprise passa de 9 à 30 salariés surfant notamment sur la vague de la campagne d’amnistie de 1975-1976 suite au long conflit des bouilleurs de cru qui avait pour but, tout à la fois d’assainir un marché encore largement clandestin, et d’empêcher les producteurs de faire trop d’alcool. " Dans cette période, reprend René Gilbert fils, directeur général jusqu’en 1994, nous avons bénéficié de notre situation géographique, très favorable, pour tout dire au centre de l’aire de production, et acheté de très grosses quantités de très bons calvados anciens. On allait jusqu’à Flers et près de Pré-en-Pail, chercher des calvados qui avaient 50 ans d’âge dans des fermes qui distillaient jusqu’à 100 hl par an ! Il fallait un sens du contact et des affaires, et il n’était pas un jour sans qu’on voie débouler des producteurs qui sortaient de leur poche un échantillon pour déguster. Derrière ces achats, nous faisions analyser pour confirmer le vieillissement, et bien sûr, cette manne nous a permis de commercialiser des produits d’une extraordinaire qualité ".

Adossée, on l’a vu, à un groupe puissant, très présent sur les concours et les foires internationales, le Calvados Gilbert trusta alors prix et diplômes, se hissant même, au moment du cinquantenaire de l’entreprise en octobre 1987, au second rang des exportateurs français de Calvados, ses produits étant particulièrement appréciés en Allemagne, aux USA et même jusqu’au Japon.

Les remembrements généralisés, les primes à l’arrachage dans la foulée de la campagne de 75-76, diminuèrent une production à laquelle une première tempête en 1987 donna un coup fatal : moins de pommiers donnant moins de cidre dans les fermes dès 1989, le replantage là où il eut lieu en basse-tige, n’étant pas toujours propice (avec des variétés farineuses axées jus de pomme) à la transformation ultérieure en calvados. Bien sûr la tempête de la fin de l’année 1999 ne fit qu’accentuer cet état, et la campagne normande, sauf dans quelques régions de terroirs bien identifiés (Pays d’Auge, Domfrontais), a sans doute irrémédiablement perdu ce qui faisait sa fierté : ces grands " clos " de pommiers, attenant aux maisons…et qui en dopaient d’ailleurs d’autant la valeur immobilière.

Néanmoins, le Calvados Gilbert, passé depuis 1992, sous la houlette d’un grand groupe européen (voir site internet et infos sur : www.calvados-coquerel.com) continue d’entretenir la flamme d’une production de qualité dans ces lieux consacrés depuis tant d’années à l’élixir normand. Et le Calvados Gilbert, reste, dans le canton de Saint-Hilaire-du-Harcouët un remarquable point de contact pour le tourisme industriel lié à la gastronomie, le pendant en quelque sorte de la maison de la poire et de la pomme de Barenton. Des sites qu’il faut visiter bien sûr…le verre à la main, mais en consommant, comme chacun le sait…avec modération !

 

Autour du four à pain

 

C'est un vieux bâtiment, isolé dans la campagne, plus guère connu sans doute que des randonneurs qui emploient la voie verte, mais son aspect pittoresque, à moitié mangé par le feuillage et les branches d'un poirier sûrement aussi vieux que lui le fait remarquer. Il cache une belle histoire que nous a racontée Fernande Lemée. C'est là, à la Petite Chapronnière, et jusqu'en 1951, qu’on cuisait le pain de la maisonnée, et pendant l'Occupation, celui des gens du bourg parfois.

La vie à la campagne était à l'époque bien différente de celle de nos jours. La pâte était préparée avec de l'eau la veille, la farine étant celle du blé de l'exploitation, mené ensuite au moulin Lemonnier de Chèvreville. La pâte était soigneusement placée dans des " binots ", ces pannerons en vannerie que l'on trouvait partout. Le four était lancé une heure avant et il fallait compter une bonne heure de cuisson pour faire les sept grands pains de la semaine. Selon les opportunités (festivités, grandes occasions comme les " corvées de mécanique ") on pouvait y placer après avoir cuit le pain, dans des grandes " casses " que l'on trouvait à Saint-Hilaire-du-Harcouët, par exemple chez le père Boucheron, un rôti, des pommes de terre, des volailles, et surtout ces petits pains ronds avec une pomme dedans qui faisaient la joie des enfants. Nos octogénaires se souviennent encore avec émotion de cette bonne odeur de pain et de pomme cuite dans le sucre, un dessert d'autrefois qui mériterait d'être remis au goût du jour.

Le four était bien sûr réquisitionné pour toutes les grandes occasions de la vie rurale. Parmi celles-ci, la tuerie de cochon, qui avait lieu en novembre et permettait de faire des provisions pour les longues journées d'hiver. Il y avait, de fait énormément de monde dans les fermes, et un cochon permettait de faire trois mètres de boudin, quatre à cinq andouilles, du lard à foison, du jambon que l'on mettait à fumer, si utile pour les " collations " matinales. Les " rillons ", ces morceaux mis à la poêle longtemps avec des oignons et du persil étaient un régal, tout comme les pâtés confectionnés avec le ventre et la gorge de l'animal et passés au four.

La " corvée de mécanique " était un autre grand moment de la solidarité rurale qui mobilisait le four pour cuire cette fois le lard au choux. Il n'était pas rare d'avoir à rallumer le dimanche pour préparer parfois du bœuf, plus souvent des volailles de la maison que l'on tuait la veille, car le congélateur était inconnu à l'époque. On invitait parfois les voisins quand on s 'entendait bien, la famille aussi qui " rendait " à son tour quelques semaines plus tard, surtout en début d'hiver quand on tuait partout le cochon. Le menu était quasi immuable : soupe de courée (tripes et poumons), ragoût de " souris " (le filet), oignons et carottes au vin blanc, poule au blanc parfois avec de la crème et du riz, enfin de la brioche. Il arrivait alors que pour changer du " pur jus " on débouche alors une " bonne bouteille " avant le café et le doigt de " goutte ", pendant que les enfants, cousins et voisins, comme une volée de moineaux, s'égaillaient déjà dans le " clos ". Les hommes tapaient parfois le carton jusqu'à ce que les " jours courts " à l'obscurité naissante, leur rappellent qu'eux aussi, au retour, auraient " les bêtes à soigner ". Et c'est le pas lourd, rassemblant la marmaille, qu'on se pressait autour de la jument, tandis qu'au loin déjà, l'Angélus, semblait sonner dans la campagne, le rappel des retardataires. Demain serait un autre jour…

 

Alcide Gazengel : une vie bien remplie

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Originaire de Chèvreville où déjà (voir cette rubrique), il avait mis son dynamisme à l'épreuve, y organisant fêtes de l'aviation (1967), puis du lait (1968), cet agriculteur dès qu'il arriva à Milly prit immédiatement des responsabilités au sein du comité des fêtes. Fondée en 1954 par Victor Lemée, cette société dont il prit la présidence en 1971, organisa alors les grandes fêtes de la vallée de la Sélune, avec sons et lumières, nombreux chars et des animations inédites comme des courses de lévriers (1977), des fenaisons, des cascadeurs.

Dans le même temps quasiment, Alcide, jamais en panne d'une idée s'était lancé, au bourg tout d'abord, puis en 1993 à la Grande Chapronnière dans l'élevage de faisans, activité qu'il sut transformer ensuite dix ans durant jusqu'en 2009, en parc animalier et musée vivant des races avicoles. A ce titre donc, Milly après les chais du Coquerel, se trouva disposer d'un second pôle d'attraction touristique estival où le maître de céans, toujours disponible et passionné savait accueillir chaleureusement les familles auxquelles son thème d'activité se destinait principalement. Tout cela bien sûr, en sus de ses activités d'agriculteur-éleveur, mais aussi de nombreuses responsabilités sociales et publiques, car Alcide fut aussi syndicaliste paysan, pionnier de l'enseignement agricole, élu local, et même jusqu'à nos jours encore, maire-adjoint de sa commune d'adoption. Et s'il vient encore, l'âge de la retraite largement sonné, de prendre une présidence, c'est celle, depuis l'année dernière du club du troisième âge, pour lequel son imagination féconde, et son enthousiasme donneront certainement… une seconde jeunesse !

 

 

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Internaute 10/07/2012 21:10

Ayant fait des recherches par le passé sur Arthur Legrand, je me dois d'apporter deux rectificatifs à cet article :
- Le père d'Arthur Legrand, Alexis Legrand était conservateur, mais ne pouvait être qualifié réellement de bonapartiste.
- Arthur Gaudin de Vilaine ne fut pas concurrent d'Arthur Legrand aux élections législatives de 1898.