PARIGNY

Publié le par canton-saint-hilaire du Harcouet

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Parigny : " tuteur " historique de Saint-Hilaire-du-Harcouët

 

 

Est-ce le " Patrichacus " du diocèse d'Avranches, ou ce " Parin " du temps des Gaulois selon l'historien local Victor Gastebois ? Il est bien difficile d'expliquer l'origine du nom de cette paroisse une des plus anciennes du Mortainais puisque attestée dès 870, lors de la translation des reliques de saint Bomer, fondateur de l'abbaye du Corbillon dans le Perche. Ses disciples qui avaient fui les invasions normandes vinrent un temps se réfugier là, avant de retourner au Mans, époque aussi de la naissance dans l'esprit du merveilleux de l'époque, à l'Orberie, du futur saint Berthevin. Nous retraçons plus loin sa belle histoire légendaire dans le chapitre consacré à l'église.

Le succès de cette paroisse s'explique par sa situation au croisement de pas moins de cinq grandes voies anciennes. Parigny, dans le haut moyen âge se trouvait en fait, au centre du triangle formé par l'ancienne route dite de Brunehaut, qui allait d'Avranches à Sées dans l'Orne, et de l'ancienne voie romaine Normandie-Bretagne (Coutances-Jublains), contournant la butte de Saint-Hilaire-du-Harcouët (qui n'existait pas encore) dominant les deux vallées inondées du confluent Sélune-Airon. Le croisement s'effectuait au petit hameau, devenu ensuite seigneurie (à Mgr de Saint-Germain, vicaire général de l'évêché d'Avranches avant la Révolution) de Lucé, dit encore " Pied d'Argent ". Il y avait là une auberge, un maréchal, un bourrelier, tout pour recevoir des voyageurs, même illustres comme le roi de France Louis XI, sur le chemin du pèlerinage au Mont (voir également notre rubrique Milly).

Et plus bas, à la Valtorine, aboutissait le " grand chemin " allant vers Cuves gros doyenné (où se replia l'évêché d'Avranches lors de la peste de 1639), et Brécey, ce qui explique que les premières grandes foires dites " de la Saint-Martin " n'eurent pas lieu au départ à Saint-Hilaire-du-Harcouët, mais bien plus haut dans les grands champs entourant le carrefour vers Martigny.

Tout comme à Saint-James (avec la Croix-Avranchin), ces grandes foires " remontèrent " en centre-ville lorsque ces dernières dopées par les exemptions ducales puis royales, captèrent tout le commerce, en ce qui nous concerne ici, par le pont Saint-Yves dont l'entrée se trouve sur Parigny, et la sortie sur Saint-Hilaire-du-Harcouët.

Fin XVIIIe siècle, ce réseau ancien tomba un peu en désuétude du fait de la création de la grande route royale Bayeux-Nantes, passant la Douenne au village de la Chaussée, et surtout après l'ouverture de la grande route Saint-Hilaire-du-Harcouët-Mortain, coupant la paroisse en son centre, et donnant un nouvel intérêt au carrefour du Pointon, à l'intersection avec l'ancienne route Avranches-Sées. Le recensement de 1792 illustre bien l'intérêt de cette situation favorable du village, signalant que le nombre de ses commerçants avait doublé en 10 ans !

A cette bonne assise du bourg, toujours à portée de plusieurs grandes routes, s'ajouta le développement au lieudit " la Rivière aux Jouault ", (du nom d'une vieille famille locale), d'un quartier blotti auprès de fortifications liées à la châtellenie de Saint-Hilaire-du-Harcouët (et sans doute prises en 1137 par Geoffroy Plantagenêt lors du siège de cette ville). Les aveux du XVIè siècle montrent en effet à cet endroit, vers la Vieille-Rivière et la Rechangerie la présence d'une ancienne motte que la toponymie confirme : les Vieilles Cours, le Domaine, le Moulin du Fief, tout à côté, et même un Clos du Moustier, laissant entendre la présence d'un petit prieuré. Ce quartier, désormais appelé " la Rivière " allait être appelé à un bel avenir dès le XIXe siècle, et l'objet de bien des convoitises du fait de sa proximité avec Saint-Hilaire-du-Harcouët... (voir notre chapitre spécial " Parigny la rouge ! " ).

Dans un Ancien Régime à l'administration chaotique, Parigny eut même la particularité, du XIIe siècle à la Révolution, de disposer de... deux curés, nommés pour l'un par les comtes de Mortain, et l'autre par les sieurs du lieu, puis par l'abbaye de Savigny. Le vicaire se promenant alternativement, tous les quinze jours, d'un curé à l’autre !

Sur le plan féodal, on sait que, fin XIIe siècle, un Etienne de Parigny donnait encore des aumônes à l'abbaye de Savigny. Vers 1402, la majeure partie du fief était aux Avenel des Biards, un Samson de Saint-Germain tenant déjà un bout du fief qui se solidifia autour de cette famille en 1643 en s'alliant aux de Percy. Stricto sensu, il y avait à Parigny deux grands fiefs. Celui appartenant aux comtes de Mortain regroupait une vingtaine d’aînesses (autour de l’Azerais, la Blancherie, la Chinière, la Couperie, la Deurie, l’Étang, la Métairie, la Touche) ; le second étant dit fief de Parigny ou de Saint-Germain. C’est de celui-ci dont on vient de parler plus haut relevant au départ de la Baronnie des Biards. Il se subdivisait en deux sous-fiefs : Lucé (comme on l’a vu, devenu " Pied d’Argent "), et la Graverie que les barons des Biards vendirent ensuite aux Mallets, Gosselin (sieurs de Martigny), Vivien de la Champagne. De la Graverie dépendaient les aînesses de la Broche, les Brières, le Haut et Grand Mauray, la Mascorerie. Le chanoine Louis Philippe de Saint-Germain, par force sans descendance, le céda en 1788 à son neveu Jean-François de Lorgeril, héros de la guerre d'Indépendance américaine. La visite épiscopale de Mgr Durand de Missy en 1749 nous montre qu'il y est accueilli par les deux curés, qu'il y a 600 communiants (donc autour de 1300 habitants), et déjà deux écoles : une de filles dirigée par Anne Daguin, et celle de garçons par Jacques Mauray, sans doute un laïc car il n'est pas précédé du titre de " missire ". (Voir notre chapitre écoles). Des enfants de Parigny réussiront particulièrement bien dans cette époque : familles Le Tenneur et Le Roux-Trémerais.

  La Révolution

A la Révolution, nos deux curés (Bourget et Legorgu) prêtent serment en 1791 à la Constitution civile du clergé, ce qui n'est guère courant en campagne, et montre l'avancée ici des idées nouvelles. Mais ils se rétractent ensuite et cèdent la place en septembre 1792 à Louis-Marie Védier ancien prieur de Savigny qui ne peut se maintenir longtemps. L'église est fermée, ornements et statues cachés, les Chouans commencent à rôder, le château est pillé en août 1792, un accrochage au carrefour de Beauvoir faisant 7 morts. Le châtelain, J.F. de Lorgeril, considéré comme suspect, toute sa famille ayant émigré est emprisonnée, menacé de la guillotine, il parvient néanmoins à s'évader dans la confusion qui suivit la fin de la Terreur.

En janvier 1799, suite tragique de la bataille du Pont-Normand en Milly (voir cette commune), les Chouans prisonniers sont amenés au Champ-Failly, fusillés sans autre forme de procès par la Garde nationale de Saint-Hilaire-du-Harcouët et enterrés dans une fosse commune du cimetière. De cette période, ressortent encore dans la mémoire collective, des épisodes romanesques situés tout autour de Saint-Hilaire-du-Harcouët, soit à la Roche-aux-Chouans (sur Saint-Brice-de-Landelles), ou au Chêne-Cornard (sur Parigny), sans aucun fondement historique mais complaisamment étalés par le journal local " le Glaneur " dont ces " aventures " servaient l'idéologie réactionnaire et conservatrice avant la Grande Guerre.

Après le Concordat l'église fut rouverte et tenue par le curé Legorgu jusqu'à sa mort en 1815.

L’action municipale dans la période moderne

Comme dans toutes les communes voisines, les écoles (voir notre chapitre spécial à ce sujet) et les chemins constituent, après la Révolution, la grande préoccupation des élus locaux qui associent à toutes les grandes décisions les huit " plus hauts imposés " de la commune. Après 1830 il n’y a pas d’autre choix que de vendre sur 10 ans (7 000-8 000 F quand le budget annuel de Parigny tourne autour de 4 000 F) les nombreux " communs ". On se déleste sous les municipalités Pierre Hamel (1843-1848), Pierre Barbé (1848-1851), Jean-Michel Rogine (1851-1852), ainsi de terrains " vagues ", c’est-à-dire sans propriétaires, ni revendiqués par le châtelain, aux Ruettes, les Métairies, la Bénardière, le Bas-Mauray, le Champ-Crevé, la Croix-Mourier. Tout ça pour faire un pont (1.200 F) sur la route de Barenton (1842), le mur du cimetière (1857), les chemins à raison de trois journées de corvée par an. En 1848, la commune comme toutes celles situées sur le parcours doit mettre de sa poche pour faire les chemins n° 37 (d’Avranches au Pointon) et n° 55 (Isigny-Saint-Hilaire-du-Harcouët).

En 1862, la municipalité Louis Lecapitaine (1852-1871) se plaint d’ailleurs de s’être endettée depuis 20 ans " nos vicinaux ordinaires étant devenus impraticables ". Ce qui amène sans doute vers 1869 la création du premier poste de cantonnier communal, trois jours par semaine, de mars à octobre. C’est aussi dans cette période que ferme une importante filature de laine qui occupait 50 à 60 ouvriers et ouvrières qui était située sur la rivière l’Oir, près du village La Touraille. En 1871, le maire Louis de Lorgeril (1871-1874) qui a su plaider sa cause réussit à faire fortement subventionner le chemin de la Renouillère à la Couperie. Avec l’incertitude du temps, les problèmes sociaux tendent aussi à s’accumuler. Il y a toujours eu des pauvres dans la commune : 13 enfants reçus gratuitement à l’école dès 1841, mais les charges s’accumulent pour la commune : assistances médicales et pharmaceutiques, aides aux vieillards, aux familles nombreuses, aux femmes en couches… On dénombre sur 1300 habitants, 68 pauvres en 1894, leurs frais étant couverts par une contribution prise sur les concessions (trentenaires, perpétuelles, etc.) décidées lors de l’extension du cimetière en 1887. En gros, sur la période 1870-1914, 35 familles sont nourries par le bureau de bienfaisance pendant les cinq mois d’hiver. En 1893, une grosse sécheresse a fait indemniser, sur subvention d’État heureusement, une vingtaine de cultivateurs à raison de 5 F par tête.

La modernisation arrive néanmoins à grands pas avec le chemin de fer, dont les délibérations du conseil parlent dès 1877 et dont on attend " une circulation immense " entre la Rivière et Saint-Hilaire-du-Harcouët. L’inauguration de la gare aura lieu le 16 juin 1889 par le député Arthur Legrand. C’est aussi le début des bisbilles avec la cure et la Fabrique dont nous parlons par ailleurs.

La municipalité suivant Louis Piel (1898-1919) voit revenir les gros dossiers de voirie : notamment autour de la gare, et du chemin de la Vieille Rivière aux Jouault, où devant les hésitations des édiles, les habitants riverains proposent même leur aide ! En 1919, maire Paul Roblin (1919-1922) c’est le Pont Saint-Yves qui donne des signes de faiblesse, affaire résolue en 1922. Tous les regards, on le sent bien, sont maintenant tournés vers la Rivière où, à côté de la gare, s’installe en 1921, la tuerie particulière François et Brou, et l’année suivante la distillerie Brun. Ce qui ne va pas sans inconvénients, témoin cette pétition en 1929 des habitants du village de la Rivière " contre l’empoisonnement plusieurs fois répété du cours de la Sélune ". L’indignation est cependant, en cette pleine période du début de l’affaire des bouilleurs de cru, sûrement sélective car on distille partout dans les ateliers publics de la commune : à quelques centaines de mètres de là chez Cheval, chez Léandre Leray à la Gésardière… sans même parler de tous les autres " officieux " ! La cabine téléphonique arrive en 1927, l’électricité via les Forces Motrices de la Sélune et le dossier barrages en 1921, mais cette énergie ne sera diffusée partout qu’à la fin de la guerre. Tout ceci sous la municipalité Albert Ruault (1922-1942). Un des grands moments de la période d’avant guerre fut sans nul doute l’inauguration le 14 août 1938 du groupe scolaire et de la mairie (voir chapitre sur les écoles).

La guerre laisse des traces dans les archives communales dès octobre 1939 où les gardes champêtres (Alfred Delin puis Henri Masselin) ont fort à faire avec les réquisitions imposées de bois, d’herbages pour les chevaux des occupants, la fourniture des listes d’automobiles, ou de travailleurs. Parigny, volontiers rebelle (voir notre rubrique " Parigny la rouge "), ne manque pas d’humour, refusant d’acheter comme trop cher un portrait du maréchal Pétain, tout en votant juste en dessous une grosse subvention pour la lutte… contre les " doryphores " ! Il n’est donc pas étonnant de retrouver la commune en plein cœur des combats de la Résistance.

La Résistance

Trois groupes sont actifs dans le canton, mais ici, c’est le plus important, celui des FTP de Louis Blouet, situé aux confins de Martigny, qui se fait entendre lors de la Libération de 1944. Plusieurs mitraillages d’avions alliés ont lieu, quand le 23 juin, le groupe attaque au Mesnillard, un convoi de la division SS das Reich montant au front. Louis Blouet blessé au ventre, est transporté en voiture à cheval à l’école de filles de Parigny, par le boucher saint-hilairien Roussel, caché sous un tas de viande ! Il sera opéré ensuite à l’hôpital de Saint-Hilaire-du-Harcouët par le Docteur Cuche. Le 9 juillet, Roger Jeanne, directeur d’école et secrétaire de mairie est raflé en compagnie de plusieurs Saint-Hilairiens, sans doute dénoncés par un assureur seul collaborateur notoire du chef-lieu, et emprisonné au château de Saint-Jean-du-Corail.

Le 2 août, dans les péripéties de la Libération de Saint-Hilaire-du-Harcouët, survient en plein bourg un incident étrange. Alors que les Américains sont à la mairie, vers 15 h, un officier allemand plus que téméraire (on pense que c’est le même " motard kamikaze " qui avait essuyé une rafale sur les hauts de Virey vers midi !) arrive à 200 mètres, s’enfuit… mais tombe nez à nez à la Datinière avec une Jeep arrivant du Petit-Jésus. Il saute en voltige, les Américains tirent en l’air pour qu’il se rende, et finissent par l’abattre ! Mais une demi-heure plus tard, ce qui illustre bien la confusion de ces moments forts de l’Histoire, on voit encore 5 allemands revenir tenter d’incendier du matériel au moulin du Domaine. A noter encore qu’un avion allemand, tomba suite à un combat aérien à la Besnardière chez Mme Coquerel. La seconde guerre fit à Parigny 8 victimes dont 2 civils.

L’après guerre 

Nommé en 1944, puis élu en 1945 à la fin de la guerre, Léon Lucas, fut jusqu'en 1977 le grand artisan du renouveau et de la période moderne de Parigny succédant à Émile Lecapitaine, maire de 1943 à 1944.

C'est Léon Lucas qui mena le combat contre la volonté d'hégémonie de Saint-Hilaire-du-Harcouët, période de tension qui dura de 1929 à 1973, portée surtout par M. Henri Deleurme dont l'entreprise était sur la Vieille Rivière, mais élu et personnage incontournable de la vie du chef-lieu (voir le livre " Saint-Hilaire-du-Harcouët au fil du temps "). Bien épaulé par Roger Jeanne, secrétaire de mairie, il mena des grands dossiers comme l'eau achevée en 1957, et surtout les chemins : la Croix-Picot, le Champ-Crevé (maintenant Précoce, c'est plus joli !), la Touraille, la Métairie, la Pigeonnière, l'Azerais, la Chantellière. Il vit les derniers curés résidants (voir notre chapitre église), Ducloué jusqu'en 1965, puis Lahogue 1966-1981. Une certaine désaffection de la pratique religieuse n'empêchant pas la poursuite de grandes fêtes comme la bénédiction de la cloche par Mgr Guyot en 1952 avec pour parrain le vicomte Guy de Cintré et pour marraine la comtesse du Fay, la précédente cloche, datant de 1844, ayant été fêlée d'avoir été trop actionnée à la Libération !

Cette époque fut aussi fertile sur le plan associatif avec la fondation en 1946 de l'ASP (Association Sportive Parigny), de la baignade (1949) dont nous parlons plus loin à la rubrique Parigny plage. Ce fut aussi la période à partir de 1950 de l'acquisition à la Rivière, de la distillerie de France pour y aménager l'abattoir régional, ce vaste site industriel ménageant même la possibilité sur une décennie, d'y faire des bals et de grandes fêtes mémorables comme la nuit du Muguet en 1955 sous les auspices du Vélo Club Saint-Hilairien.

Les distilleries.

Aujourd'hui, rien ne laisse deviner que Parigny a compté, pendant quelques années au titre de ses activités, deux distilleries concurrentes, fournissant l'une et l'autre des alcools naturels pour la consommation de bouche (de pommes et de poires chez nous ) et des alcools industriels au degré plus élevé, achetés et contrôlés par l'État pour la revente, on les appelait d'ailleurs alcools d'État.

La première de ces entreprises, édifiée au cours des années 1929 et 1930 à la Rivière, était la propriété de MM. Eugène et Alexis Cheval et constituait en fait un transfert de l'entreprise saint-hilairienne, sans doute à cause de la gare et des facilités d'expédition qu'elle procurait.

L'entreprise occupait 8 à 10 personnes en saison (qui débutait à la récolte de fruits ) et 2 ou 3 personnes toute l'année.

La direction est ensuite passée aux mains de Bernard et Claude Cheval jusqu'à la fermeture de la distillerie en 1969. C'est à ce dernier que l'on doit d'avoir fait démolir une partie des bâtiments pour que soit édifiée sur le terrain, la résidence foyer " les Hirondelles " terminée en 1972 puis celles des " Mésanges " attenante.

La seconde distillerie, était une succursale des Distilleries de France, société anonyme constituée le 2 février 1939. De nombreux bâtiments la composaient : logements et bureaux, distillerie avec les alambics, râperie, salle des machines, magasins à marc, à alcool et à approvisionnements divers, entrepôts. matériel de distillerie et de séchage des marcs et silos.

Malheureusement, en raison de la guerre mais aussi à cause des réglementations mises en place par l'État (réduction des droits d'alcool et des contingents, remise en cause des contrats), la production s'arrêta rapidement.

Toute cette structure, ou ce qu'il en restait fit l'objet d'une acquisition par la collectivité au cours de l'année 1949 en vue d'y implanter un abattoir. Entre projet et réalisation, les divers bâtiments furent utilisés à des fins diverses. C'est ainsi que dans les années 1950, on a pu s'y divertir. Une salle de bal y a été en effet aménagée avec une grosse boule à facettes brillant de ses mille feux créant l'ambiance. On parlait alors de " grands bals " avec les accordéonistes renommés à l'époque comme : Aimable, Émile Prud'homme, Yvette Horner, Verchuren, etc. souvent organisés par le VCH. Une tenue correcte était exigée aussi bien pour les messieurs que pour les dames qui rivalisaient d'élégance. Même les gamins qui accompagnaient leurs parents (pour la plupart organisateurs) étaient sur leur 31 – enfin en début de soirée – car après avoir dansé comme les grands et fait les fous, ils se retrouvaient en général sous l'estrade où pris de fatigue, ils tombaient comme des masses, insensibles à la poussière et au bruit. Que les mamans étaient contentes de récupérer leurs chers petits ! Le savon suivait bien sûr, enfin… les savons ! L'ancienne distillerie a aussi abrité pour quelque temps, la brigade des motards.

Tout le secteur de la Rivière, malgré une gare tombant en désuétude (M. Courteille serait le dernier chef gare) restant très dynamique : implantation des Ets Martinaud (50 emplois) en 1963, un comité des fêtes, rivalisant avec celui du bourg.

La visite du sous-préfet en 1969, donne acte du développement de la commune : on est passé de 1114 habitants en 1954 à 1280 en 1975, avec des aménagements incessants aux écoles : plateau scolaire en 1960 et cantine en 1961.

Durant ces 32 ans (1945-1977), Léon Lucas n'a pas toujours eu forcément la vie facile, même au sein de son conseil municipal et aussitôt se met en place un tandem Victor Martin maire (1977-1982), et Paul Martin, adjoint, qui vont ensuite se passer la main à l'élection suivante de 1983, le premier s'étant peu à peu effacé (démission en novembre 1982) pour raisons de santé. Paul Martin qui était conseiller depuis 1971 et quasi aux manettes sur la fin du mandat de Victor Martin, sera donc à même de porter à partir de 1983 quelques gros dossiers de ces deux mandatures : trois tranches d'assainissement, la 4ème étant abandonnée pour construire dans l'urgence, la salle polyvalente inaugurée en 1986. Il faudra aussi s'entendre avec Saint-Hilaire-du-Harcouët pour l'aménagement de l'abattoir. Le centre commercial ouvert en 1986 (27 salariés) posera des problèmes avec le commerce saint-hilairien, son installation compensant quelque peu l'arrêt dans ces années des Ets Martinaud. Comme on dépasse maintenant largement les 1500 habitants, il faut acheter des terrains pour les lotissements de la Besnardière et la zone artisanale du Champ Litot. Les écoles elles aussi progressent : une maternelle ouvre en septembre 1980, et on réfléchit déjà à la nouvelle école qui va ouvrir en 1992. Paul Martin assisté dans toute cette période par les adjoints Émile Hédou, Louis Privat (1982), puis Liliane François et Maurice Delentaigne (en mars 1983) le reconnaît : " ce ne fut pas toujours facile pour moi de concilier la charge de maire avec le travail à la ferme dans cette période d'extension qui démarrait ".

Selon un peu le même schéma que l'équipe précédente, c'est le tandem Lucien Lucas (1989-1995)-Roland Bernard (1995-2004) qui prit la suite. Le premier occupant la place de maire en 1989 parce que le second (ancien adjoint de la municipalité Guinebault à Saint-Hilaire-du-Harcouët), avait encore de hautes responsabilités à l'Équipement. La retraite lui ouvrant le champ libre, ils échangèrent leurs postes en 1995, seule la mort de Roland Bernard le 1er décembre 2004, ramenant Lucien Lucas pour assurer l'intérim 2005-2008, avec, à partir de 2001 quatre adjoints d'où émane la municipalité actuelle emmenée par Gérard Loyer.

Avec 1606 habitants en 1990, s'ouvre le lotissement Saint-Laurent, une centaine d’enfants fréquentent l'école d’où la nécessité d’ouvrir une 5ème classe en 1993, tout bascule désormais auprès de la mairie en matière scolaire, car l'école des filles en haut du bourg ferme la même année. Elle était là depuis 100 ans.

En 1996, la gare est rasée, elle avait duré 107 ans et toute la décennie précédente on avait acheté des terrains (1983), vainement espéré un chemin de fer touristique (1987), et même fêté en 1989 le centenaire des vénérables bâtiments qui auraient pu abriter un musée des chemins de fer ! La ligne dès lors, prendra, c'est le cas de le dire, une autre voie, celle d'un chemin " vert " propice à la balade ou la course à pied, au rythme de ce qui reste des " maisonnettes " de garde-barrières dont nous parlons par ailleurs sous la rubrique " le long de la ligne ".

Sur le plan structurel l'avant projet de remembrement date de 1994, tout comme les travaux d’aménagement de la traversée du bourg, la rénovation de la mairie et l'école maternelle de 1992. Autre renfort de poids dans la zone de la Rivière, l'installation d'Expert Lebon en 2001.

Sur le plan culturel et associatif fleurissent les associations : comité des cheveux blancs dans le quartier de la gare (1980), Club de l’âge d’or (présidente Madeleine Lecapitaine en 1981, puis sa fille Nelly Almin en 1997), Accordéon club " arc-en-ciel " (président Hédou en 1990), Comité des fêtes (Gasnier, B. Jehan, E. Plessis, Michel Malvat), Gym détente (présidente Joëlle Jouenne depuis 1993), Parigny country, (président Guy Thoury en 2007). Depuis 1986, l'ASP (l’Association Sportive de Parigny) a fusionné avec la Raquette Saint-Hilairienne (R.S.H.), et le ping-pong a été remplacé en tête d'affiche par les rollers Aurélien et Benjamin Douchin mais aussi Médéric Dodard (voir le chapitre sports).

Le décès en décembre 2004 de Roland Bernard d'une longue et cruelle maladie frappe la population, mais l'équipe en place est solide. Lucien Lucas revient donc en 2005 aux affaires, secondé par les adjoints Louis Privat, Gérard Loyer, Joëlle Jouenne et Jean-Luc Rochefort. Gérard Loyer prenant la place de maire en 2008, deux nouveaux adjoints sont nommés : Valérie Hamel et Pascal Cauchard (Louis Privat ne repartant pas).

Gérard Loyer qui était déjà conseiller municipal en 1977 mesure tout le chemin parcouru : " ..

. A cette époque, la population augmentait mais notre commune était face à un problème. Il n’y avait ni plan de zonage ni de P.O.S (Plan d’Occupation des Sols) aux normes. C’est ce que la municipalité a pu réaliser depuis, qui fut l’élément fort, attractif, et nous a fait passer de commune exclusivement rurale à péri-urbaine. Notre situation géographique à proximité de Saint-Hilaire-du-Harcouët, au carrefour des 3 provinces permet à de nombreux Parignais d’être au centre de différents lieux de travail. Nous venons de terminer le lotissement des Châtaigniers et nous sommes en phase de réalisation d’un nouveau lotissement Les Acacias de 15 parcelles. De plus, il y a d’autres terrains privés disponibles maintenant et pour l’avenir. Dans cet esprit la commune a favorisé le fonctionnement de l’école avec salle polyvalente plus salle de sport, et en mars-avril un centre de documentation scolaire.

L’avenir ? L’ abattoir intercommunal est entouré de terrains disponibles, ce qui peut être un atout de développement économique. Face au vieillissement de la population, il faut creuser la piste d’une structure d’accueil pour personnes du 3ème âge et pourquoi pas en relation avec la Résidence Les Hirondelles. "

En 2010 il y a 1852 habitants, 31 entreprises, 36 commerces, encore 10 exploitations agricoles, un tas d’associations sur une commune qui, après le chef lieu, se place au premier rang des communes du canton, et d’une communauté forte de 13 000 âmes. Elle a vu récemment quelques innovations comme le marché des produits du terroir, balade musique et patrimoine et le jeu des 1 000 euros en 2010.

 

 

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Parigny " la rouge " ?  

Qu’on s’entende bien, ce titre volontairement provocateur se justifie mieux par le caractère facilement rebelle de la commune que par son orientation politique. Une attitude qui s’explique sans doute par l’Histoire. Parigny doyenne des paroisses du secteur, suffisamment près de Saint-Hilaire-du-Harcouët pour avoir à s’en prémunir sans cesse, surtout après la Révolution. Jusqu’alors, son statut si particulier, et le morcellement de l’Ancien Régime, lui permettaient de mener auparavant sa vie dans une relative autonomie.

L’esprit laïc

Signe qui ne trompe pas néanmoins, même s'ils se rétractèrent ensuite, curé et vicaire en 1791 prêtèrent serment à la Constitution civile du clergé, ce qui n'était pas si courant en zone rurale. De même, le château alors aux de Lorgeril fut pillé le 19 août 1792.

Ce qui explique sans doute que, durant tout le XIXe siècle, on ne trouvera pas ici, comme dans bien des communes voisines de dynasties de châtelains, adossés à la cure, pour prendre les mairies, et tenter de revenir à la vie tranquille et paternaliste des seigneurs d'autrefois. Bien au contraire, les maires successifs s'appuyèrent sur l'État et les sous-préfets tout puissants de l'époque pour mener une politique hardie d'alphabétisation et d'émancipation des campagnes passant... par une lutte acharnée avec la cure !

Les hostilités démarrèrent en 1848, le maire Pierre Barbé construisit l'école des garçons et retira à la cure le terrain nécessaire. En 1857, la commune refusa une demande de la Fabrique pour l'entretien du vicaire et les réparations à la toiture de l'église, les comptes du marguillier étant opaques, et les revenus de la Fabrique étant réputés " être bien supérieurs à ceux de la commune ". On alla jusqu'à chipoter sur les chiffres du casuel, la Fabrique annonçant 30 enterrements quand la commune en comptait 80. En 1864, la commune fit la sourde oreille à une demande de création d'école privée mixte et restera jusqu'à nos jours l’une des seules du canton à n'avoir jamais accueilli de maisons d’écoles chrétiennes ! L'examen des archives municipales en fait foi, émaillées de critiques sur les négligences de la Fabrique dans l'entretien des murs du cimetière par exemple (1884), ou trois ans plus tard la construction de la nouvelle sacristie, la Fabrique n'ayant fait appel qu'à un seul maçon, sans doute ardent lecteur de la " Bonne presse " comme on disait alors.

En 1879, le maire toujours soucieux d'agrandir l'école lorgne sur le magot de la Fabrique que l'abbé Chesnel destine à l'embellissement de l'église. En 1885, on épluche le budget chapitre par chapitre, on constate une surfacturation des bancs de l'église... " décidément le presbytère mangera tout " dit une délibération d'août. Il est quasi neuf, et il y a tout à coup des tas de " dépenses locatives " de la part de l'occupant en soutane des lieux. En novembre on y revient sur 5 pages ! car l'évêque a répondu... mais au préfet ! et en se moquant " de ces messieurs municipaux qui ont sans doute pris une chasuble et ses tuniques pour un drap mortuaire ". On fustige le trésorier de la Fabrique manipulé sans doute car

" le curé, tout le monde le sait est l'âme de la Fabrique "…

A l'approche des lois de séparation de l'Église et de l'État, le conflit, toujours latent ne fait que s'envenimer. En 1897 (maire François Martin), quand il faut refaire l'église, la Fabrique est encore dans le collimateur : le prix convenu étant de 7 000 F a presque doublé, et la commune (budget environ 10 000 F) doit dans le même temps restaurer (3 000 F) l'école des garçons. Et en 1904 voici qu'arrive, en remplacement de Constant Prével, un curé " de choc " dirait-on de nos jours, Arsène Dumont, dépeint (par l'instituteur Coquerel qui, bien sûr, n'est pas son ami) comme " renfermé, défiant et dur ". Il ferraille sans cesse avec le maire Louis Piel, se retrouve expulsé du presbytère à la suite des inventaires du 13 mars 1906. Trois cent cinquante paroissiens s'opposent, mais la troupe cerne le bâtiment quinze jours plus tard, sans trouver le curé parti porter le viatique à deux malades. Dans toute cette période, le journal le Glaneur (à qui nous devons toutes ces précisions), ayant pris fait et cause pour les conservateurs publie de violentes tribunes qui, bien sûr, mettent de l'huile sur le feu.

En 1908, coup de théâtre, pour un problème de petit bout de plant, pris sur le presbytère pour agrandir le cimetière, l'abbé Dumont laisse ses paroissiens... en plan, avant de s'installer à Notre-Dame-du-Touchet.

L'évêché réagit habilement, nommant un successeur, Pierre Perrodin, qui a l'avantage d'être ici en terrain connu puisqu'il y avait été vicaire de 1889 à 1893. Grand, sympathique, excellent chantre et musicien, plein d'allant, jusqu'à sa mort (17 janvier 1917), il va regagner le terrain perdu.

Ce n'est pas un hasard si l'instituteur de 1913 cible immédiatement l'ennemi : " dans nos temps de lutte, il faut avouer que le prêtre est obéi plus que jamais. Il ne conseille plus, il commande, il menace, et bien peu osent enfreindre ses commandements ". On le sent, l'instituteur et le curé se disputent les ouailles, et trouvent les mêmes accents d'incompréhension face à une population finalement pleine de mystères. L'instituteur Coquerel était plus que pensif devant les mœurs de ses concitoyens : " ils vont à leur curé un peu comme ils s'adressent à l'homme de loi pour les intérêts matériels ou au médecin pour soigner les corps. A Pâques on règle le vieux compte de l'an passé, puis on recommence un compte nouveau ". L'abbé Ducloué dont nous reparlerons plus loin, auteur d'une belle anthologie sur la paroisse (1940-1965) résumant bien cette incertitude :

" survivance d'une vieille défiance et de l'hostilité plus ou moins raisonnée à l'égard d'un clergé réputé dans l'aisance, dont on veut bien accepter les services, mais dont on redoute les exigences et l'esprit de domination "

Dans le combat des " bouilleurs "

Il faut revenir au rapport académique de l'instituteur Coquerel en 1913 pour se rendre compte de l'importance de la " goutte " dans l'économie des communes du canton. Sur 138 agriculteurs seuls 31 étaient propriétaires et seules 3 fermes excédaient les 20 hectares. Sur ces exploitations minimales, morcelées vivaient 354 journaliers, 52 servantes, au service de 142 chevaux, 500 vaches, mais surtout on distillait 50 000 quintaux de pommes donnant 3200 hl de cidre, et 700 hl d'eau-de-vie à 65 ° " presque tout est consommé sur place ou vendu en fraude " soupirait amèrement le magister. Dans la véritable " bataille de la goutte " qui se livra en 1935, Parigny fut, bien sûr, en première ligne, son conseil municipal étant avec quelques autres (les Loges-Marchis, Martigny) un des premiers à démissionner en bloc. Le 20 avril, alors que Saint-Hilaire-du-Harcouët où l'on attendait 1500 manifestants était occupé par 4 cars de gardes mobiles, seuls une centaine purent rejoindre la prairie en bas de l'église où étaient déjà rassemblés 500 bouilleurs en colère. Il y eut des échauffourées, et un vieux paysan du Mesnil-Bœufs venu en carriole qui cravacha un officier fut même molesté.

La municipalité (Albert Ruault, Victor Dubourg) après sa démission (10 mars 1935) mena un long combat avec l'autorité de tutelle, étayant son argumentation de statistiques (le litre de cidre était tombé de 14 à 2 F, et sur un litre d'eau-de-vie à 2,50 F on allait jusqu'à payer 25 F de droits !), et revenant à la charge le 19 mai avec une motion, menaçant d'une nouvelle démission si rien n'avait avancé avant le 30 juin. Après il fallut gérer le forfait (8 récalcitrants à Parigny) la commune devant compenser le manque à gagner de l'État, augmenté d'une pénalité de 5 % ! L'administration ayant la rancune tenace, surtout contre les municipalités les plus en pointe, ce fut l'adjoint Dubourg qui se chargea de cet épineux dossier... certains bouilleurs ayant de plus, pour rendre sans doute encore moins clair le dossier, opté maintenant pour le régime contrôlé.

Face à Saint-Hilaire-du-Harcouët, puissant voisin

Cette situation bien étudiée, nous passerons rapidement sur tout ce qui, en germe, pouvait opposer les deux cités voisines : développement rapide de la ville ducale, néanmoins bridée par le chaos de l'administration de l'Ancien Régime face à une commune ancienne datant de l'an 800. Ce n'est finalement, après la Révolution et l'Empire " remettant tout à plat ", que les communes entrèrent plus ou moins en concurrence. Saint-Hilaire-du-Harcouët, cette fois se développa pour devenir véritablement la " cité au carrefour des trois provinces " et s'établir grâce à ses foires et marchés en une petite métropole régionale, finissant même par éclipser la capitale administrative qu'était Mortain, sous-préfecture, ne l'oublions pas, jusqu'en 1926.

L'arrivée du chemin de fer en 1889 couronnant une modernisation entamée après 1848 amena une première pétition de 650 Saint-Hilairiens en 1885 contre le choix de Parigny comme gare, trop lointaine du centre. Un casus belli qui amena sur un siècle tout un tas de bisbilles, et de pétitions dans des domaines aussi différents que nous allons analyser en détails, les gens de Parigny ne se privant pas d'interpeller Saint-Hilaire-du-Harcouët sur son territoire, en réplique des diverses " agressions " dans l'autre sens ayant pour objet le quartier de la gare, dit encore " la Rivière ".

Dans l'Histoire, ce petit hameau jouxtant la Sélune du fait de sa proximité avec Saint-Hilaire-du-Harcouët s'était développé avec ses commerces, ses usines, moulin, distillerie, abattoir), sans même parler de la gare qui, à elle seule, avant la Grande Guerre, employait 60 personnes ! Il était donc l'objet des convoitises de son puissant voisin. En 1921, Saint-Hilaire-du-Harcouët, nanti d'un abattoir public sembla vouloir s'opposer aux projets de tueries particulières poussées par MM. François et Brou, et en réponse en 1936, Parigny refusa de s'associer à un projet d'abattoir moderne poussé par le chef-lieu. La situation s'améliora, on le verra ailleurs, après guerre dans ce domaine.

Un barrage sur la Sélune poussé par le mégissier-tanneur J.B.Boulay, dès 1843 vit des opposants des deux côtés de la rivière, et en 1850 Parigny donna de nouveau avis défavorable faisant valoir que cet endroit où se rendaient de nouveaux bestiaux avait été acheté à grands frais auparavant par les deux communes. En 1871 encore, on fit rétablir aux frais de l’industriel l'abreuvoir public dans l'état où il était autrefois.

Quand le dossier de la gare arriva, poussé,on l'a vu, par le député Arthur Legrand, également maire de Milly, Parigny en 1877 n'hésita pas à demander à Saint-Hilaire-du-Harcouët de maintenir le chemin de la Valtorine, afin de désengorger l'arrivée des gens venant de Martigny et du Mesnillard par la rue d'Égypte. Saint-Hilaire-du-Harcouët, on l'a vu, pétitionna en 1885, trouvant la gare trop loin de son centre, ce à quoi Parigny répliqua en 1900, contre le tram de Landivy, et en 1912 contre la circulation rendue dangereuse par ce dernier dans les Vallons. En 1919, quand il fut question de la réfection fifty-fifty du Pont Saint-Yves, Parigny ne se priva pas de faire remarquer qu'il était beaucoup plus usé du côté saint-hilairien que du sien, et même en 1928, de faire observer que les encombrements face à l'hôtel de la poste,

" gênaient le passage des voitures hippomobiles obligées de faire des détours par les rues des Halles ou Bergerette ".

En 1934, Parigny ne craignait pas de faire la morale au chef-lieu sur ses droits de place au marché du mercredi jugés exorbitants : " la ville de Saint-Hilaire-du-Harcouët ayant bénéficié depuis longtemps déjà de la prospérité de son marché, pourrait consentir aux agriculteurs une petite ristourne de compensation ", citant à dessein Domfront et surtout

" qu'elle ne manque pas de s'inspirer du beau geste de Mortain qui a rendu franches ses foires mensuelles ".

Toute cette agressivité s'explique par des " tentatives " d'annexion du quartier de la Rivière que dut réfuter par une délibération le conseil de Saint-Hilaire-du-Harcouët dès 1929, mais qui prit une toute autre ampleur en octobre 1944, le sous-préfet sommant Parigny de s'entendre avec l'influent président de la délégation spéciale de Saint-Hilaire-du-Harcouët, le Docteur Cuche, grand artisan de la reconstruction de cette ville. On refusa de le rencontrer et le référendum du 4 mars 1945 fut clair : seules 4 familles soit 10 personnes pour, 3 indécises, tout le reste de la commune pour le maintien. En 1945 sous la houlette de Léon Lucas, dans une commune également en pleine reconstruction, il fallut batailler pour faire entrer des représentants des petites communes dans la commission intercommunale. On croyait le danger éloigné quand le 18 mars 1946, un courrier du préfet remit le feu aux poudres chargeant le conseiller général du Teilleul d'enquêter... toujours pour un rattachement éventuel. Les délibérations du conseil municipal de Parigny n'hésitant pas à cibler le " coup de force " du véritable instigateur du projet, le maire de Saint-Hilaire-du-Harcouët. Le conseil se réunit alors sans désemparer sur le sujet le 26, le 31 mars, les 5 et 14 avril, stigmatisant la partialité du commissaire-enquêteur lequel, malgré tous ses efforts ne put réunir qu'un avis favorable sur 350 déclarants ! En février 1947, une dernière tentative du Docteur Cuche à la dernière session du Conseil Général n'échoua que grâce à l'intervention des conseillers généraux voisins (Vennat, Boscher, de Ponthault) qui prirent la défense des intérêts communaux.

C'est à ce moment-là, plutôt mal choisi, on en conviendra, que le curé Ducloué, au moment où il venait de récupérer, plutôt contre son gré, la paroisse de Martigny, décida que la frontière " religieuse " avec Saint-Hilaire-du-Harcouët, ne serait plus, comme de tout temps la Sélune... mais la voie SNCF ! Il fallait aussi le comprendre, tous les gamins de la Rivière allaient à l'école à Saint-Hilaire-du-Harcouët, et cet habile tour de passe-passe géographique, lui permettait d'évacuer vers un doyenné puissamment doté en vicaires, autant de catéchumènes ! Les intérêts de la commune, les principaux revenus venant de là, lui furent supérieurs, il se fit " sonner les cloches " tant par l'évêché que par la mairie, et comme le quartier de la gare avait tendance à dire que Saint-Hilaire-du-Harcouët était sans doute mieux loti en terme de confort moderne... on se dépêcha de lui installer l'eau courante, et tout revint dans l'ordre. Mais le combat pour la " fusion " ne fut vraiment et définitivement refusé que fin 1972…

 

L’église de Parigny 

la légende de saint Berthevin

 

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Parigny, on l’a vu, malgré le mystère de son nom d’origine (un Parignacus qui se serait situé près de la frontière bretonne, ce qui n’est pas ici quand même tout à fait le cas ?) est sûrement une des plus anciennes paroisses de toute la région, contemporaine de Juilley et de la Croix dans l’Avranchin. Elle débuta vers 800, prospérant sans doute près d’un petit monastère des moines de l’abbaye du Corbillon, certainement réfugiés là un moment avec leurs reliques sacrées de saint Bomer, qu’ils ramenèrent ensuite vers 875 au Mans. Toute cette période parle de miracles relatifs à cette relique, et elle est aussi contemporaine dans l’ambiance du merveilleux de l’époque (on voit la même chose autour de la création du Mont-Saint-Michel) de la légende de saint Berthevin.

Un saint homme local né à l’Orberie, village qui se situe à 500 mètres au nord du bourg, justement en 800, très pieux et nommé dans un premier temps sous-diacre à Coutances où il échappa aux pillages normands. Ce qui laisse donc entendre que la première église locale, sans doute en bois ait pu être brûlée à cette époque, recoupant bien le départ des moines manceaux. Ermite dans la forêt du Val Guyon près de Laval, Berthevin ou Brévin… télécommandait à distance le bac traversant la Mayenne pour rendre visite au seigneur Berlaire sieur de Laval dont il était aussi également le régisseur et le confident ! Des serviteurs jaloux l’ayant trucidé, ils jetèrent son corps dans une grotte qui devint lumineuse, ils durent donc le jeter à l’eau, mais le corps continua de flotter, et ils décidèrent alors de le hisser en haut d’une falaise inaccessible. C’est sa marraine, toujours habitante de l’Orberie qui, dans une vision eut la révélation de l’endroit où il reposait et fit atteler deux génisses… dont les cornes poussèrent dans la nuit ! Les animaux gravirent tout seuls les obstacles accumulés, escaladèrent les falaises on ne sait trop comment car elles étaient à-pic et ramenèrent le corps à Parigny où ce singulier équipage croisa la route du seigneur du lieu revenant de la chasse. Celui-ci en perdit la biche qu’il poursuivait et promit de construire une église si on lui rendait l’animal…qui fut retrouvé à 100 mètres de l’église actuelle, là où les génisses, donnant un coup de cornes dans le sol, virent une de celles-ci se briser, et à cet endroit, jaillir une source !

C’est la fameuse corne que l’on retrouve dans l’église, et la fontaine (et lavoir) dont la légende dit que tous les ans elle se rapproche d’une coudée du clocher. Et quand elle l’atteindra, ce sera la fin du monde ! Gare donc quand il fallut se préoccuper de l’adduction en eau dans l’après-guerre. Quant aux reliques de saint Berthevin, malgré sa belle chapelle dans le transept nord, elles ne restèrent que 180 ans à Parigny… étant volées au début du Moyen-Age par une troupe de pèlerins de Lisieux qui les ramenèrent chez eux où elles sont encore !

Sur le plan architectural, la baie du chevet est du XVe siècle, la charpente et la voûte du chœur du XVIe siècle, le clocher du XVIIe, (daté de 1637) tout le reste dont la sacristie (1888) du XIXe siècle. A l’intérieur le bel autel installé en 1853 était paraît-il primitivement destiné à la cathédrale d’Auch.

L’église, sous le patronage de Notre-Dame, dispose de belles statues en bois XVIIIe siècle de Saint-Laurent et de la Vierge, et d’une croix de procession en cuivre et argent à la hampe fleurdelysée de même époque. Dans le transept sud on peut aussi admirer une belle évocation du Sacré-Cœur signée Quesnel en 1837. Il y a sur la paroisse, sept calvaires dont le plus ancien, la Croix-Picot est daté de 1733. Les autres sont celui de l’Épine (famille Benoist) 1789 ; la Datinière (famille Henry), restauré en 1950 ; le château (famille de Grainville) 1890 ; la Provostière (famille Martin), restauré en 1930 ; la Chantellière (famille de Cintré) 1959 ; la Croix-Planté, restauré en 1930.

Dans la période moderne il faut noter que l’avant dernier prêtre-résidant fut l’abbé Ducloué (1940-1965) avec, sous son ministère quelques grandes dates :

1950, dernière " mission " qui eut lieu du 16 au 30 avril avec comme prédicateur de RP Blondel. 1952 : fête des cloches avec bénédiction par Mgr Guyot, évêque de Coutances et Avranches de la grosse cloche " Gérardine Isabelle Guy Antoinette Henriette " qui a pour parrain M. le vicomte Guy de Cintré et pour marraine Mme la comtesse du Fay de Carsix. 1953 : démolition de la chapelle de Lorgeril (abandon par les héritiers Lorgeril, mais avec en contrepartie érection d'un mur de clôture du cimetière en bordure du chemin qui va du château au bourg). 1958 : fête de la restauration de l'église et du chemin de croix.

En 1966, la place de l'église sera débarrassée des vieilles maisons, des garages et des arbres. L’année suivante sera riche en réalisations avec l’extension du cimetière sur le terrain de la cure et l’inauguration des orgues de l'église.

En 1967 encore, le conseil municipal réclame, suite à une certaine émotion de la population, la restitution et remise en place des objets (10 statues, un confessionnal, un christ mural, agenouilloirs, lustres du chœur) qui devaient partir pour le musée départemental d’art religieux. En 1978 à l’occasion de l’aménagement de l'église, Paul Martin et Émile Hédou décident d'offrir gracieusement la sonorisation de l'église avec le concours de Pierre Fiévet, ingénieur radio. En 1980, Maurice Delentaigne reçoit la médaille d'argent de Notre-Dame après 47 ans au service de l'église.

Maurice Delentaigne (né en 1928 aux Bruyères), chantre, se souvient parfaitement d’une époque où il y avait encore des curés à Parigny : " 

le Père Ducloué était le type même du bon curé, qui récoltait du miel dans ses ruches dont il gavait ses enfants de chœur. Après les tensions de la séparation, les relations s’étaient améliorées entre la cure, la mairie, l’école laïque. Au son du glas, l’instituteur comprenait le message et nous laissait partir… on récupérait la leçon le soir ! Le dernier résidant fut le Père Lahogue, un prêtre assez sévère, remplacé ensuite par le doyen de Saint-Hilaire-du-Harcouët, le Père Onfroy qui sut impulser une dynamique autour de l’Union Parignaise. Il y eut des portes ouvertes et le fameux premier pain bénit pour la restauration de l’église en 1981 qui réunit un millier de personnes, de Parigny certes, mais aussi du Mesnillard et de Saint-Hilaire-du-Harcouët. Tous les ans, le dernier dimanche d’août, on faisait appel à tous les boulangers de Saint-Hilaire-du-Harcouët, un grand repas, et la kermesse qui a duré jusqu’en 1995 à peu près ".

Les écoles

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 Après la Grande Guerre, l’effort municipal se poursuit vers les écoles : avec l’inauguration le 14 août 1938 de la nouvelle mairie et du groupe scolaire avec deux logements de fonction ; la fourniture en 1953 de 25 bourrées à l'école des filles et distribution de lait en 1955. C’est l’année du départ en retraite de M. Roger Jeanne (instituteur ici depuis 1929), initiateur du projet piscine dont on va parler un peu plus loin et qui va continuer le secrétariat de mairie jusqu’en 1978. M. Jeanne sera remplacé comme instituteur par Jean Lamy jusqu’en 1979.

 

En 1977 les écoles de filles et de garçons sont regroupées au sein d’une même direction : Mme Andrée Rey (1977 à 1984), Odile Cahu (1984 à 1985), Andrée Vallier (1985 à 1988), Jean Levillain (1988 à 1993) et Pierre Monier (1993 à 2007)

A partir de 1980, des travaux importants vont compléter l’ensemble existant, tout d’abord avec la transformation de l’intérieur du préau en école maternelle, puis quelques années plus tard, en 1992, la construction d’une nouvelle école maternelle, en 1996, l’ajout de deux classes élémentaires supplémentaires et pour terminer, la création en 2011 d’un centre de documentation scolaire.

 

En 2011, le nombre d’enfants scolarisés sur Parigny est de 134 pour une population de 1852 habitants. L’équipe enseignante se compose de : Laetitia Morin directrice depuis 2007 avec Isabelle Hesnard, Hélène Houitte, Solène Boudou, Stéphanie Martin, Céline Sparenberg.

Le château " pétardé " lors des guerres de religion

Un peu à l'écart de la grand-route, caché derrière l'église à laquelle il accède directement par un petit chemin donnant sur le cimetière, derrière ses hautes frondaisons, le château de Parigny est une authentique demeure datant comme la plupart des manoirs historiques du canton, de la fin du XVe siècle.

A la fin de la guerre de Cent Ans, les demeures seigneuriales s'étaient " décentralisées " si on peut dire sur leurs fiefs et avaient abandonné les vieilles mottes castrales et autres forteresses, d'ailleurs désormais mises en péril par le canon, pour des manoirs campagnards, rapidement capables au prix de quelques travaux et corvées locales, de se muer en " maisons fortes ". Un entourage de douves, un pont-levis, une tour à feux garnie de quelques arquebuses permettant de tenir quelques heures... le temps que les renforts amis venus du voisinage, fassent fuir le coup de main adverse.

A Parigny on date de 1480 environ, l'adjonction de deux tours de défense au manoir central initial, puis vers 1510 la partie arrière avec cuisine, bel escalier dans le style Henri IV, commun de gauche et colombier. Toutes ces modifications prirent un sens lors des guerres de religion avec une première escarmouche en 1570, mais surtout la grosse attaque de 1610, venant des sieurs de la Bazoge, des Saint-Germain protestants cousins des Saint-Germain catholiques qui occupaient Parigny comme on le verra plus loin concernant le moulin. Gilles de Saint-Germain, selon les lettres de rémission demandées au roi un peu plus tard par son adversaire, avait semble-t-il déclenché les hostilités le premier, et sans doute déjà âgé (car taxé de " vieil ennemi très caduc ") fut tué dans l'affaire. Le château fut paraît-il

" pétardé par la furie du canon ".

Son frère Bertrand hérita de l'ensemble qu'il agrandit, créant le commun de droite, puis sur celui-ci une horloge et une cloche parmi les plus anciennes de la région ainsi datée : " fait faire par Bertrand de Saint-Germain, écuyer et sieur de Parigny, 1632 ". Le manteau de la cheminée du salon, caché par une boiserie, montre un écusson marqué de trois fleurs de lys, ce qui donne à penser aux historiens que la duchesse de Montpensier, la " Grande Mademoiselle " héroïne de la Fronde, venait faire ici des séjours dans ce château voisin de celui de Mortain.

A la fin du XVIIIe siècle, le dernier Saint-Germain étant vicaire général de l'évêché d'Avranches, sa sœur en épousant l'amiral de Lorgeril, héros de la guerre de l'Indépendance américaine, hérita du château. Il fit adjoindre deux petites ailes à tourelles, une grande cour d'honneur fermée d'une grille monumentale. Dans le même temps, il fit refaire toutes les ouvertures de la façade, et habiller de boiseries toutes les pièces principales. Après la mort de l'amiral de Lorgeril en 1825, il échut à son descendant Louis-Jean, maire de la commune en 1871 qui le vendit en 1874 au baron de Grainville, et en 1916 la veuve de ce dernier au comte Gérard du Fay, décédé en 1948. Il est depuis 1952 dans la famille Fauchon de Villeplée. Ce bel ensemble privé ne se visite que l'été selon des horaires affichés dans la presse ou à l’Office de Tourisme de Saint-Hilaire-du-Harcouët et à l’occasion des journées du Patrimoine en septembre.

Le château de Parigny à l'heure des haras

Le château de Parigny reste une demeure ancienne certes, mais toujours vivante. Classé depuis 1972 au supplément de l'inventaire des monuments historiques et son propriétaire, M. Fauchon de Villeplée nous en explique les atouts :

" il a toujours été habité, et donc entretenu car une telle bâtisse, forte de 25 pièces dont 14 chambres, nécessite des travaux tous les ans. Par contre, cette envergure permet de recevoir, d'entretenir une certaine tradition familiale, modeste et sans ostentation, de faire vivre ensemble à quelques moments de l'année plusieurs générations, de partager un peu de vie commune avec oncles ou grands-parents. C'est, pour la famille un centre de valeurs auxquelles nous sommes attachés ".

Depuis 1952 dans la famille Fauchon de Villeplée (lieudit, berceau historique de la famille, au-dessus du barrage de Vezins), cette grande bâtisse s'associa sans peine à l'action impulsée quelques années plus tard en 1958 par le colonel Gaudin de Villaine (de Moulines, voir cette commune), autour de la Société hippique de la vallée de la Sélune. Et à ce titre donc le château s'ouvrit à partir de la saison d

e monte 1961, et pour vingt ans comme station de monte des haras nationaux. " Quatre mois durant, se souvient M. Fauchon de Villeplée,

les écuries accueillaient trois étalons des principales races demandées dans la région : cob, percheron, selle français, et sur la fin quelques poneys. Les palefreniers s'installaient, bien sûr, avec armes et bagages, et leurs noms sont encore bien présents dans nos mémoires : Louis Jeanne, Hubert Legemble, Michel Jeanne, Soimier. C'était un va-et-vient, tous les jours, de juments et d'éleveurs avec qui on échangeait sur tout, les cultures, l'air du temps, bref toute une ambiance et une époque ".

Le moulin du Domaine

Contemporain du château auquel il était bien sûr rattaché, le Moulin du Domaine est historiquement attesté dès 1362, dépendant du châtelain certes, mais ce dernier devant fournir annuellement 12 quartiers de froment à la sergenterie Corbelin de Mortain, agissant pour le Roi. Jean de Saint-Germain, après son mariage en 1504 avec une fille de Jean de Percy, commence à bien unir tout ce qu'il peut sur Parigny, mais ne peut que racheter (204 livres) les droits de moute, mais pas le moulin qui reste propriété royale. Bien plus tard, Louis Philippe de Saint-Germain seigneur de 1744 à 1788, vicaire général du diocèse d'Avranches, on l'a vu, tentera encore vainement de racheter ce moulin au duc d'Orléans qui, à Mortain, avait pris la suite du Roi. Tous ces seigneurs eurent donc l'usufruit, mais jamais la propriété de ce moulin faisant partie du Domaine de la seigneurie, les habitants de la paroisse étant néanmoins " banniers " c’est-à-dire qu'ils étaient clients obligés du moulin, et en plus assujettis à l'apport des matériaux pour réparation ainsi que le curage du bief.

On sait, par les souvenirs de Bernard Moisseron, fils et petit-fils de meunier que le moulin arrêta sa production de farine de blé qu'à la guerre, quand le meunier fut tué en mars 1940 à la frontière allemande. Sa veuve ne fit plus que de la mouture pour animaux, mais le moulin rendit encore de grands services en cette période où il était la seule énergie sûre de la commune. Elle se faisait aider par M. Crochet, un quinquagénaire de la Bazoge.

L'électricité étant arrivée partout à Parigny en 1943, les cultivateurs purent alors se doter de petits moulins individuels, pour boulanger à domicile, et l'activité du moulin déclina pour se terminer en 1947. Mais on notera que le vieux meunier Jean Marie Delalande avait installé dès 1930 une dynamo 110 volts courant continu qu'il faisait fonctionner le soir, en dehors des activités du moulin. Il fut donc ainsi, longtemps avant ses concitoyens à bénéficier de l'éclairage électrique, et même d'un petit chauffage à paraboles. On lira aussi dans la rubrique " Parigny-plage ci-après ", la pittoresque tentative de l'Association sportive, d'utiliser le bief pour en faire dans l'immédiat après-guerre... une piscine !

Parigny... plage !

Le mouvement laïc né de la séparation de l'Église et de l'État, sera toujours parfaitement relayé à Parigny où, après-guerre, se développa sous la houlette de l'Association Sportive, un projet mené à bien de... piscine dans le bief du moulin du Domaine. A la belle saison, on le savait, on pouvait toujours faire trempette dans la Sélune et l'Airon, mais là on fut plus ambitieux. Dès 1946 avec le produit des fêtes et concours organisés par les amis des écoles (et quelques subventions de la Jeunesse et des Sports), on mit en place un bassin de 25 mètres sur 12 pour une profondeur allant de 0,30 à 1,80 m. Au départ, elle devait être implantée près de la route nationale mais hélas nous nous retrouvons, à peu de chose près, dans la petite histoire de Clochemerle en Beaujolais. Les baigneurs et baigneuses en petite tenue, auraient évolué sous les fenêtres du presbytère et sous le parc du château de Madame la comtesse du Fay de Carsix... Il a donc fallu construire la piscine derrière le moulin, à l'abri des regards, dans une prairie du château. Hélas, l'accès à la piscine par le chemin très étroit du Moulin pouvait se concevoir tant qu'il était destiné, comme prévu, uniquement aux enfants des écoles arrivant à pied. Par contre, la circulation est devenue totalement impossible lorsque la fréquentation a été ouverte au grand public. Les voitures venaient s'agglutiner dans la cour du moulin : c'était le blocage complet. De plus, la piscine était alimentée à partir du bief avec une eau bien loin des normes sanitaires... Pour toutes ces raisons la piscine a dû arrêter de fonctionner vers 1952. Seuls les pêcheurs peuvent encore apercevoir les vestiges de cette construction. Une vingtaine de nageurs pouvaient évoluer dans ce bel ensemble avec cabines, bancs, arbustes, jardin public et tas de sable pour les bambins, de quoi attirer les promeneurs même de Saint-Hilaire-du-Harcouët... qui devra attendre presque cinq décennies avant d'avoir ses plans d'eau et un peu plus de temps encore son " Spadium " !

Tous ces dossiers étaient portés par des instituteurs-secrétaires de mairie motivés comme M. Roger Jeanne, et son successeur Jean Lamy (décédé en 2004), un organisateur hors-pair qui avait débuté sa carrière dans la région en 1940 à Romagny, puis à Saint-Hilaire-du-Harcouët et Touchet (1945-55), arrivant ici comme directeur de l'école de garçons en 1955. Secrétaire de mairie de Villechien depuis 1945, il fut secrétaire de l'A.S.P, lançant le hand et le ping-pong dans la région en 1957, secrétaire du Vélo Club de Saint-Hilaire-du-Harcouët à partir de 1957 pour finir président des deux comités départementaux tennis de table et cyclisme, et même conseiller municipal de Saint-Hilaire-du-Harcouët de 1968 à1995.

Des Hirondelles... qui font l'automne de la vie !

Les hirondelles ne font pas toutes le printemps… d'abord pourquoi ce joli nom pour une des premières résidences-foyers pour personnes âgées du Sud-Manche ? Tout simplement parce qu'au départ, son concepteur Claude Cheval, pensait, lors de la création en 1972, de cette association type loi de 1901, que les personnes accueillies ne passeraient là que les mois d'hiver, et qu'elles retourneraient à leur domicile, le printemps venu... comme les gentils oiseaux migrateurs de nos campagnes qui repartent vers les pays chauds dès que s'annonce la bise.

Force fut de constater que le nid était si douillet, que les personnes accueillies souhaitèrent rester, et que bien vite, les " Hirondelles " ont été suivies par des " Mésanges " (toujours à Parigny en 1982 et 1987), et même des " Fauvettes " (à Saint-Hilaire-du-Harcouët en 1991 et 1992). Dans ces trois établissements, les personnes âgées conservent une partie de leurs meubles et dispose d’un jardinet.

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Jouault Maurice 04/01/2017 17:04

Je suis né en 1939 lieu dit le chêne Cornard ou mon frère a gardé la ferme comme résidence secondaire et c'est avec grand plaisir que je me suis replongè dans l'histoire de Parigny ou j'ai vécu les premières années de ma vie . . Maurice Jouault Puerto Escondido estado de Oaxaca (Mexique)

LABBE Thérèse 12/02/2012 15:40

Si je puis me permettre de donner quelques commentaires, ce serait:
L'esprit rebelle et communard de cette époque, bien avant la révolution.
La scolarisation des filles en 1749 qui n'existera qu'1 siècle plus tard dans
les autres communes sauf, Les Loges-Marchis et St-Martin de Landelles.
La légende de St-Berthevin. Le moulin et sa piscine que j'ai fréquentée quand j'étais en primaire. Le chemin de fer qui a bercé toute mon enfance résidant à côté de la ligne et du poste de
garde-barrière n°59
tenu à l'époque par Mme HARDY.
Bravo aux artisans de ce livre et le travail représenté qui fait le bonheur de tous ses lecteurs.