SAINT BRICE DE LANDELLES

Publié le par canton-saint-hilaire du Harcouet

 

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Si on passe parfois facilement, quasi sans s'en apercevoir, d'une province à l'autre, ce n'est pas le cas ici. Ce petit village, à flanc de coteau, exposé plein sud voit à ses pieds comme la Jérusalem antique une vallée de Josaphat, où coule le ruisseau des Roches-Blanches, lequel marque la frontière avec la Bretagne. En face, le relief remonte en douces collines que domine le dôme du Rocher de Monthault, où par beau temps luit au soleil, tout au dessus des feuillages, la statue de la Bonne Vierge.

 

Saint-Brice-de-Landelles tout comme ses voisines des Loges-Marchis et Saint-Martin-de-Landelles faisait partie autrefois du grand fief du Terregatte (démembré fin XIIe) au point qu'il devait fournir encore jusqu'en 1545, des gens pour le guet sur les remparts de la citadelle de Saint-James. Elle entre dans l'Histoire par une première mention de l'évêque Turgis en 1120 et deux principaux fiefs : le Plessis et le Bois-de-Sélune. Le premier sera aux de Saint-Brice-de-Landelles, de Pont-Bellanger, de Budes. Le second aux d'Ouessay et de Poilley. Plus tard, au XVIe siècle, s'érigèrent, sans doute sur des constructions plus anciennes, les manoirs de Beauchêne (aux de la Bisaye) et de Faubrais (aux de Poret). Tous ces manoirs possédaient des chapelles dont une seule (celle du Plessis) subsiste, la plus célèbre (en ruines en 1752) étant celle de Beauchêne ouverte dimanches et jours de fêtes, où on célébrait sainte Clair, réputée pour les maladies des yeux, celle de Vérolay étant fermée à la Révolution.

Comme partout sous l'Ancien Régime, la situation administrative de la paroisse était fort compliquée. Elle dépendait, on l'a vu, pour le militaire de la vicomté de Saint-James, pour le civil et le judiciaire, de l'Élection d'Avranches, et pour le religieux du doyenné de Saint-Hilaire-du-Harcouët, lui-même chapeauté par l'archidiaconé de Mortain. L'église releva très vite, peu après sa fondation, de l'abbaye du Rocher de Mortain dont le prieur fut présentateur de la cure jusqu'à la Révolution.

Il prenait le tiers des grosses dîmes, l'autre tiers allant au prieuré des Biards, le reste au curé. On doit aux registres de catholicité tenus par ces derniers, des informations intéressantes sur la vie de cette paroisse faite d'âpres terroirs, coupée de chemins creux qu'empruntaient les faux-saulniers, contrebandiers du sel, car la Bretagne n'est qu'à un jet de pierre.

En 1681, le curé Fortin signale la visite d'une grande comète (sans doute celle de Halley) à qui il implique une météo détraquée : sécheresse de Pâques à la Saint-Jean " tout estant roty du soleil ", gel en mai, abondance de blés noirs qu'on battait encore à Noël ! La paroisse fut à l'honneur en 1696 quand Mgr Huet fit venir à Avranches pour la consécration de cent autels portatifs, les reliques célèbres des saintes Prospère et Fortunée. De pieux restes que le curé Jacques Gobard (ici de 1686 à 1719) avait reçus de son collègue et prédécesseur François Fortin, de retour de Rome. Dans cette époque on note encore de grandes épidémies de dysenterie (1669-1676-1707) qui, en quelques jours déciment des hameaux entiers. En 1677, un loup enragé tue Julien Aubry, de même qu'un autre paroissien des Loges-Marchis après s'être attaqué à plusieurs bestiaux. Le curé Charles Fortin qui tint la cure une quarantaine d'années jusqu'en 1762 notait à sa prise de fonction 550 communiants, quatre prêtres pour le seconder dont un vicaire qui assurait déjà l'école. Ce qui correspond avec le nombre de feux recensés en 1745 : 187 répartis en 40 hameaux, et donc autour de 800 habitants, avec peu d'indigents.

A la Révolution, le curé Julien Gautier s'exila à Saint-Hélier, son vicaire (depuis 1786) Pierre Le Tellier faisant de même étant même appelé à un grand destin, puisque vicaire de la grande cathédrale de Dublin ! Les intrus Vadaine et Béguin eurent peu de succès, l'église fut dépouillée, une des cloches volée par Virey, la population cachant statues et croix.

L'ancien château des chouans 

 

 

Cet ancien château faisait partie de la ferme de Vérolay appartenant depuis des décennies à la famille Delaporte, héritière des Millet, nom de jeune fille de la grand-mère Delaporte, mère de Louis Delaporte le célèbre orientaliste, mort en déportation en Allemagne, et dont on a d'ailleurs donné le nom à la principale place de la ville de Saint-Hilaire-du-Harcouët. Cet érudit, spécialiste de la civilisation hittite a participé à la Résistance à Paris. Cette ferme avait appartenu au comte de Faubray vers 1870. La famille Beaumont y était entrée comme fermiers en 1923, et les enfants (famille Delin) leur succédèrent jusqu'en novembre 1984, et M. Delin, de qui nous tenons ces informations a donc vécu 61 ans dans ce village. Avant 1923, cette ferme était en faire-valoir, tenue par des " verdagers ", les Mongodin. Sur cette photo, il y a quatre personnes dont les parents Delin-Beaumont, qui venaient y faire des travaux ponctuellement avant de s'y installer, et les deux autres sans doute des Mongodin.

En 1801, le curé réfractaire Mondhair ouvrit pour deux ans l'église, la transmit à Denis Bouillon natif de Barenton jusqu'à sa mort en 1806, puis reprit la cure jusqu'à son décès en 1834. Dans toute cette période troublée Saint-Brice-de-Landelles avait expatrié bien loin quelques-uns de ses enfants aux destins exceptionnels comme le curé Barbedette ou le tisserand Baron.

  

Le curé Barbedette, héros de la Vendée

 

  

 

Au tournant du XIXe siècle, comme bien des paroisses rurales, Saint-Brice de Landelles avait dû expatrier bon nombre de ses enfants qui connurent d'extraordinaires destins comme bien souvent en ces périodes troublées. Dans le hameau un peu retiré de la Guillaumais, au Nord-Est du bourg, est toujours visible la maison natale de Charles-Vincent Barbedette. La mairie conserve encore son acte de naissance daté du 29 septembre 1742. Ordonné prêtre en 1767, il fut vicaire à Saint-Jean-de-la-Haize avec notamment en charge la jolie chapelle du Châtelier qui voit encore passer, chaque année, des pèlerinages. Vicaire un moment à Sartilly, il dut s'expatrier dès 1787 en Vendée, pays qui manquait de prêtres et où il fut sans doute attiré par son frère cadet Pierre, ecclésiastique lui aussi.

Curé de la paroisse du Grand-Luc, il est entré dans l'Histoire des guerres de Vendée comme l'aumônier des troupes de Charrette, mais aussi comme l'historiographe précis des massacres causés par les colonnes infernales de Turreau. C'était un personnage haut en couleur, bâti en athlète, coiffé d'un feutre à larges bords et chaussé sempiternellement de grands sabots, ce qui lui valut le surnom de " curé grands bots " par une population locale qui le vénérait fort, et rend encore hommage aujourd'hui à sa dévotion. L'église du Grand-Luc en Vendée lui a d'ailleurs consacré plusieurs vitraux. Quand la tourmente révolutionnaire cessa, il revint près de son pays natal pour prendre l'aumônerie de l'hôpital d'Ernée où il mourut en 1813, mais sans que l'on sache désormais où il est exactement enterré.

Autour de ce personnage hors norme, en 1999, un échange s'est noué d'ailleurs avec la commune des Lucs en Vendée avec des déplacements des deux côtés de la Loire, et une sensibilisation à l'histoire locale qui, autour du maire Émilien Bertin, a certainement un peu contribué aussi au succès des journées d'histoire et de généalogie qui ont lieu ici depuis cinq ans à l'automne.

  

 

Personnalités de Saint-Brice-de-Landelles

 

  

 

Tout à l'opposé, politiquement parlant, du curé Barbedette, ce fut un enfant de Saint-Brice-de-Landelles, René Baron, qui, le 24 novembre 1799, fut nommé premier sous-préfet de Fougères. Obscur tisserand, grand acheteur de biens nationaux, les archives du vicomte Lebouteiller historiographe de la Révolution dans le pays de Fougères (1897) montrent qu'il avait acheté trois grandes terres à Parigné pour 100 aunes de toile ! Membre du bureau de police de la ville, un personnage aussi industrieux, ne pouvait que monter vite dans la hiérarchie, et sans doute pour se faire pardonner de tous ces biens mal acquis, au soir de sa vie, fit d'importants dons un peu partout, comme en 1826 à sa commune natale pour l'achat du bureau de l'institutrice.

Même nom de famille, sans qu'il soit prouvé qu'il y ait un lien, Victor Baron (1772-1845), né au Val, démarra lui aussi tout au bas de l'échelle comme volontaire en 1792 au bataillon de la Manche, et gravit ensuite tous les échelons de sergent à commandant au 21ème de Ligne. Il fit la Vendée (où il aurait pu croiser l'illustre curé Barbedette), toutes les campagnes napoléoniennes (Rhin, Autriche, Russie), rescapé de Borodino et ensuite de la terrible retraite. Libéré en 1815, il fut un des premiers maires de Saint-Brice-de-Landelles (1822-1845).

Comme quasiment toutes les communes rurales de la région, Saint-Brice-de-Landelles avec la modernisation de l'agriculture, augmenta sensiblement sa population : 1200 habitants en 1840, pour un maximum de 1314 en 1851. En 1808 par exemple au Vauroux, le primitif moulin à grains fut transformé en moulin à papier puis se changea en 1829 sous la direction de Jean-François Raulin en filature de laine (800 ouvriers en 1856 !) ancêtre de celle qui fut transférée ensuite à Saint-Hilaire-du-Harcouët, et où se trouve maintenant Alliora. La filature resta abandonnée jusqu'au début du XXe siècle. Plus tard, M. Amiard y installa des turbines électriques qui permirent à Saint-Hilaire-du-Harcouët (voir notre premier tome Saint-Hilaire-du-Harcouët au fil du temps) d'être la seconde ville de Normandie à disposer de la lumière électrique.

 

Les municipalités de la Restauration : Thomas Orvain (1815-1821) et Victor Baron (1821-1846) durent vendre (1826) quantité de landes et bruyères communales pour faire face au désenclavement avec des grandes corvées de 250 administrés fournissant une vingtaine de colliers tant de chevaux que de bœufs. Dans le même temps il fallut refaire l'église et le presbytère. Le legs Baron (1826) n'y suffit pas, il fallut lever l'impôt, d'autant que l'école commença à bien fonctionner à partir de 1842 avec une cinquantaine d'élèves.

La municipalité Boivent-Dulatay (1846-1888) conforta cet effort scolaire, établissant en 1865 une école de 71 petites filles, remplaçant l'ancienne de la route de Saint-Martin-de-Landelles. Comme un peu partout, à cette époque où montait crescendo le conflit entre l'Église et l'État, la mairie se battit contre la Fabrique et la cure soupçonnée de dépenses somptuaires imputées à la commune malgré ses ressources jugées considérables. Le curé Corbe voyait en effet grand, voulant (1883) édifier une tribune superflue dans l'église, alors que la commune avait mieux à faire aux écoles : 90 garçons et 75 filles.

Plus anecdotique, sous la municipalité Jean Chéron (1888-1892), cette commission chargée tous les deux jours à la saison où s'ébattent ces curieuses bestioles, soit fin juin, sous la houlette du maire et d'instituteur, qui était chargée de ramasser partout dans la commune... les hannetons !

En 1895 il faut noter l'arrivée, sous la municipalité François Pautret (1892-1906) et pour près de 40 ans de l'érudit, mais brutal (voir notre témoignage par Jules Leteinturier) curé Guillaume Jamont, en première ligne bien sûr lors des inventaires du 10 mars 1906. Depuis deux ans le Glaneur, organe de la presse bien pensante soutenant l'Église parlait de " criante injustice " au regard de ce curé frappé de " conspirations secrètes " suite à ses prêches enflammés contre la République. Deux cents personnes vinrent donc le soutenir quand le percepteur Hiot, de Saint-Hilaire-du-Harcouët vint frapper à sa porte pour repartir gros Jean comme devant.

Dans cette période 1886-1893, il faut noter une baisse sensible (moins 200) de la population, et une certaine paupérisation qui oblige en 1900 à créer une caisse des écoles secondant le bureau de bienfaisance pour apporter vêtements, chaussures, et même (1911-1914) une cantine l'hiver pour les enfants nécessiteux. Mais surtout, le rapport (1913) que l'instituteur-secrétaire de mairie devait fournir à l'Académie donne une véritable photographie de la commune juste avant la Grande-Guerre laquelle fera, ici comme ailleurs, des ravages : 45 hommes fauchés dans la fleur de l'âge pour une population de 871 habitants.

En 1913, ce rapport montre un bourg qui vit au rythme des nombreux commerces et artisans : 5 charrons, 2 forgerons, 1 menuisier, 1 maréchal, 2 sabotiers, 3 charpentiers, 2 couvreurs en ardoises et deux en chaume, 3 carrières. Ce qui s'explique car il y a 200 chevaux, 800 bovins, 300 porcs, autant de moutons et grande quantité de basses-cours et de ruches, le surplus étant vendu chaque mercredi au marché de Saint-Hilaire-du-Harcouët.

Il y a peu de journaliers agricoles, les domestiques gagnent de 350 à 480 F par an, les servantes de 200 à 350, la journée d'un moissonneur étant payée 2 F, somme à rapprocher de ce que gagne un compagnon chez les artisans 3 F, mais la " condition " de ces derniers apparaissant partout comme meilleure que dans les fermes où l'alcoolisme fait des ravages. L'instituteur déplore en effet la circulation sur la commune de... 15 alambics, dont 4 sont loués à l'année : " ...il y a une grande quantité d'eau-de-vie de fabriquée et de dépensée, c'est un véritable fléau. De grands abus de boisson sont signalés assez souvent suivis d'accidents... on danse plus qu'avant et on joue beaucoup aussi aux cartes ". Sa conclusion est sans appel : " éloignée de tout, peu appelée à prendre de l'extension, sa population est essentiellement superstitieuse, ravagée par les funestes effets de l'alcoolisme, vit en dehors de tout progrès et rébarbative à tout ce qui n'est pas connu. Les enfants sont retenus plus de six mois de l'année à la ferme ou placés comme domestiques ".

Les archives communales éclairent sur la vie d'une commune pendant la Grande Guerre où les hommes valides sont retenus au front. Le maire, avec l'aide du garde-champêtre et des conseillers municipaux est chargé de réquisitionner les hommes non mobilisés, voire les femmes et les enfants pour les récoltes. Il existe deux locomobiles (ancêtres de nos tracteurs) à disposition, réquisitionnées même si le propriétaire (François Guérin de la Bromerais en l'occurrence) est retenu dans les tranchées, et " il n'est pas utile de faire venir des ouvriers d'ailleurs ".

En 1919, Julien Chéron qui, en 1906 avait remplacé François Pautret décédé fut réélu, lançant, comme tant de communes cruellement frappées, la construction du monument aux morts béni le 4 septembre 1921 sous le mandat de son successeur François Noël (1920-1933). Dans cette période la presse fait état (1928) d’une cabale contre l’instituteur (voir le témoignage de Jules Leteinturier) ou du développement de certains artisans locaux comme Victor Huard et son atelier de charronnage-forge, Georges Prime et sa scierie mécanique, Piette et sa boulangerie-farine-grains. Il y a 90 élèves à l’école en 1930, et on note l’installation à la Croix du Cerisier d’un petit commerce épicerie-café tenu par Louise Langlois où avant-guerre les Saint-Hilairiens venaient tout en dégustant une galette-saucisse s’amuser et danser au son du piano ou du phonographe. Elle cessera son activité seulement en I988.

Comme dans tout le canton la grosse affaire c’est en 1935 la révolte des bouilleurs de cru. Nous l’expliquons en détail par ailleurs, mais là encore, les archives municipales montrent que le conflit est parti de loin. Dès 1920, un atelier de distillation avait été installé aux Roches-Blanches, et deux ans plus tard une douzaine de récoltants en avait demandé un second, de même que la révision des droits de place au marché de Saint-Hilaire-du-Harcouët, jugés exorbitants. En raison de la mévente, les agriculteurs non seulement perdaient sur le bétail apporté… mais devaient aussi souvent payer trois semaines de suite " la coutume ". Le même argument revint en 1934, et le 10 mars 1935 comme bien de ses collègues des communes voisines, le conseil dirigé par Louis Chéron (1933-1945) démissionna donc en bloc. On brûla les bondes, et le malaise ne s’apaisa vraiment qu’avec la guerre. On contingenta les bovins, la mobilisation éloigna de la commune 80 hommes en âge de porter les armes, tout en créant une unité de gardes territoriaux équipés de fusils de chasse chargés à chevrotines ! Il y avait en 1940 près de 750 habitants à Saint-Brice-de-Landelles, 41 garçons et 40 filles à l’école.

L’Occupation perturba, bien sûr, la tranquillité de la petite commune avec réquisitions pour creuser des abris le long des routes, transporter des soldats et du matériel jusqu’à Mortain. Les travaux de l’école libre Sainte-Marie furent eux aussi retardés, et à partir du Débarquement, jusqu’à 560 réfugiés de la région de Saint-Lô-Le Dézert, venus en urgence avec des charrettes et des ânes, avec lesquels des relations suivies s’établirent. C’est dans cette période qu’un jeune commis placé chez Lecourtiller et Lecapitaine commença à se faire connaître en piquant des sprints sur des vélos momentanément " empruntés " aux Allemands, c’était le futur as du Tour de France, " Gégène " Letendre !

Si cette guerre fit encore trois victimes militaires (F. Feuillet, V. Malval, L.Gontier), elle fit aussi des victimes civiles lors des bombardements allemands (4-5 août 1944) dans le cadre des débuts de la bataille de Mortain. Visant le dépôt d’essence du Faubrais, les bombes tombèrent à la Garchinière, le Tertre, le Jardinet, la Veslière, tuant Joséphine et Armand Deshayes ainsi que René Pacey et Louis Orvain.

La Libération le 2 août au soir surprit tant les Allemands que chez le coiffeur Huard, un d’entre eux s’enfuit sans même avoir pris le temps de s’essuyer la mousse du visage. Au Bouillon, un irréductible fut tué, enterré sommairement à la Croix de la Chesnais, puis au cimetière, avant de rejoindre bien plus tard l’ossuaire allemand d’Huisnes.

La fête communale ne reprit qu’en 1949, avec un tel succès qu’on y fit la queue du bourg jusqu’au Faubrais. S’y déroulaient des courses de chevaux, et même de vaches et de cochons dans l’enthousiasme de la paix revenue et d’un avenir serein bien illustré par la " fête de la terre " qui eut lieu en 1953 avec le char " le pont d’Avignon " où dansèrent les jeunes filles du cru, toutes grands-mères aujourd’hui ! Les relations s’étaient décomplexées entre la mairie (Victor Cahu de 1945 à 1947 puis Paul Gesnouin jusqu’en 1971), la cure tenue par Émile Sauvage, et les instituteurs laïcs dont on jouait avec les noms (voir liste des instituteurs dans la rubrique écoles) " Dieu a donné Thérin pour que Prunier pousse " sans méchanceté.

Le curé Sauvage (1959-1965) était moderne, organisait du théâtre, des voyages pour les jeunes, et même si son successeur et dernier résidant François Colin (1965-1968), portait les stigmates de l’ancien aumônier militaire, on était bien loin du redoutable curé Guillaume Jamont qui 40 ans durant avait régné d’une main de fer sur la cure.

 Tout le monde se souvient donc de cette ambiance d’après-guerre et des fêtes comprenant courses cyclistes, manèges forains, animées par Louis Leroy auteur notamment d’une chanson justement intitulée " le réveil de Saint-Brice ". Jusqu’à nos jours, ses successeurs (MM. Belloir, Legros, Bertin, Gosselin, Duchemin, Jacqueline, Serrand) se sont attachés à poursuivre ces joyeuses retrouvailles annuelles et d’autres comme la fête des moissons (1955), fête des bourgeons (1966), inter communes avec Saint-Martin-de-Landelles et Virey (1980).

 

Les fêtes religieuses, elles-mêmes étaient aussi beaucoup suivies : réception de l’évêque Mgr Guyot en 1954, électrification des cloches l’année suivante, jubilé sacerdotal de l’abbé Albert Lion (1955), premières messes des abbés Marcel Thieulent (1958) et Paul Gaillard (1964).

Les années soixante (752 habitants en 1962) virent l’inauguration du groupe scolaire le 1-10-1961, de la mairie, l’installation de l’usine de tressage (1964), de la décharge du Cerisier pour les encombrants.

En 1966, on vendit 300 F à M. Leblanc brocanteur à Saint-Hilaire-du-Harcouët, le corbillard… acheté d’occasion, et à prix d’or (26 000 F, plus 30 000 F de local pour le remiser, alors que le budget communal était de 127 000 F) à la commune de Louvigné en 1942.

Secrétaire de mairie depuis 1960, Christiane Gesnouin (partie à la retraite en 1995, remplacée par Patricia Rébillon-Debroise), se souvient bien de cette époque :

" il y avait encore une soixantaine de fermes, des chevaux partout, pas d’ordinateurs bien sûr, et on ouvrait la mairie le dimanche matin ce qui était pratique pour les gens après la messe. La grosse période c’était février-mars, les budgets, tous les comptes dont ceux de la cantine faits à la main, à la plume sergent-major avec la venue du percepteur qui s’installait deux fois par an. Les écoles étaient encore présentes ce qui mettait de l’animation dans le bourg ".

 

L’école libre fut la première à mettre la clef sous la porte en 1976, (derniers directeurs M. Courtet, Mme Gaillard) suivie douze ans plus tard par l’école publique, le presbytère pourtant inauguré en 1967, en même temps que la nouvelle mairie, perdant son dernier prêtre résidant en 1985.

La visite du sous-préfet déjà en 1969 avait marqué un certain tournant : une centaine d’habitants perdus en 10 ans, une population vieillissante (club du 3è âge créé par Jules Pays en 1978, successeurs Émilienne Bourget et Marie Gaillard), disparition de nombreuses fermes, pôle de gravité se déplaçant vers le Bas-Cerisier où s’installa l’imprimerie de la Gazette mi-1978, puis le syndicat d’eau et la piste auto-école Charbonnel en 1984.

Marcel Gosselin maire de 1971 à 1995 créa le Plan d’Occupation des Sols, refit la voirie, et de nombreuses réserves foncières après remembrement (clos en 1993), et surtout inaugura (24-11-1990) la salle polyvalente construite sur l’emplacement du groupe scolaire fermé deux ans plus tôt. De nombreuses médailles furent remises à l’occasion à Marcel Gosselin, Christiane Gesnouin, Louis Gaillard, Constant Guénée, Marcel Boucé, Louis Mayet, Louis Coudray, Magloire Lazé.

Émilien Bertin qui lui succéda de 1995 à nos jours (1), fut le catalyseur d’un beau mouvement autour de l’association " Mon Village s’anime " et du Téléthon dont nous parlons par ailleurs.

En conclusion, Émilien Bertin de déclarer : " un nouveau dynamisme s’est impulsé, et notre conseil est bien représentatif d’une population jeune, diversifiée. Nous avons des projets porteurs comme le lotissement des Boutons d’or face au Cerisier, et encore 1700 M2 avec bassin de rétention, donc une grosse réserve foncière pour un avenir confiant et 653 habitants qui ne peuvent que s’étoffer ".

  

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 (1) Les grandes dates de son mandat : 1997 inauguration de la mairie après agrandissement et restauration ; 1999 renouvellement de l'éclairage de l'église et restauration extérieure -acquisition d'un véhicule utilitaire et création d'un atelier communal ; 2000 éclairage et création de trottoirs sur voie communale n°1 - plantation de l'if du millénaire rencontre historique avec les vendéens ; 2001 effacement des réseaux et éclairages publics du Bas Cerisier ; 2002 voirie communale ; 2003 création lotissement communal Résidence "Les Cerisiers Fleurs" ; 2004 création du bassin de rétention Le Bas Cerisier ; 2005 acquisition de terrain pour création d'un lotissement ; 2007 inauguration de la salle polyvalente restaurée ; 2007-2008-2010 journées généalogiques ; 2008 installation du columbarium - réfection du pont de la Rousselière ; 2009 restauration au presbytère - aménagement de W.C publics ; 2010 aménagement de parking et du parc urbain - début des travaux à l'église pour restauration du retable et du sol du chœur de l'église.

  

Les écoles

 

  

 

L'école des garçons fut construite vers 1700, servant aussi de presbytère qui fut finalement acheté en 1829 pour resservir d'école… mais sans instituteur un moment, celui-ci n'ayant pu se loger sur la commune ! En 1842, suite aux lois Duruy, la commune prit le taureau par les cornes car il y avait déjà une cinquantaine d'élèves, et en 1865 elle s'occupa des jeunes filles, nombreuses elles aussi (71 pour une population de 1287 habitants) en leur construisant une nouvelle école près de l’église en remplacement de celle route de Saint-Martin devenue trop petite et vétuste.

En 1930 il y avait 3 écoles à Saint-Brice-de-Landelles : une école publique de filles près de l'église, une école publique de garçons à l'emplacement de la mairie actuelle, et une école libre en haut du bourg.

En haut du bourg, l'école Sainte-Marie, démarra difficilement en pleine guerre, fut bénie le 9 juin 1941 par Mgr Louvard et ne put être ouverte qu'en décembre 1946 avec seulement 19 jeunes filles. Elle avait été construite sous la houlette de l'association " L'Espérance ", et à l'initiative de l'abbé Albert Lion. Par manque d'élèves, concurrencée par Saint-Martin-de-Landelles et Saint-Hilaire-du-Harcouët, elle ferma en 1976.  

 

Côté école publique, en 1956, l'Académie suggéra la construction d'un groupe scolaire situé au milieu du bourg près du château d’eau qui fut inauguré le 1-10-1961, subventionné à 85%, sous la direction des époux Galle (jusqu'en 1985). Quelques années plus tard (14 octobre 1967), une nouvelle mairie s'installa à l’emplacement de l’ancienne école des garçons tandis que l'on aménageait la place du bourg. L'ancienne école des filles libérée de sa mairie provisoire devint, sous la direction de Mme Leroy, cantine de 1967 à 1986.

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 Sur demande de l'inspection académique, le groupe scolaire fermera à la rentrée 1988. Le maire de l'époque Marcel Gosselin expliqua bien dans la presse le dilemme des élus : " par rapport à la commune, le bourg était excentré et les habitants des gros villages près de Saint-Hilaire-du-Harcouët, dirigeaient leurs enfants vers les écoles de cette localité. En 1988, il fallut faire un choix : fermer une classe et ne plus avoir qu'une classe unique ou fermer complètement l'école, c'est cette dernière solution qui fut adoptée ". Dès la fermeture, on sollicita sa désaffection pour y installer une salle polyvalente inaugurée le 24-11-1990, et rénovée en 2007 sous le mandat d'Émilien Bertin.

 

 

Une église typiquement normande

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Quand on est à " Plancheval ", le petit pont qui relie au fond d'une jolie vallée, la Normandie et la Bretagne, on peut en faisant quelques pas bien se figurer de la séparation entre les deux provinces. En se portant vers le couchant le regard embrasse la butte de Monthault, sa Bonne Vierge, et surtout son clocher véritable dentelle de pierre qui ne déparerait pas, bien plus loin à l'Ouest, les enclos paroissiaux du Trégor ou de Cornouailles ! De l'autre côté, majestueux sur son éperon le toit à bâtière de Saint-Martin-de-Landelles attire le premier l'œil quand, tout à coup, au creux du vallon on découvre son quasi jumeau, celui de Saint-Brice-de-Landelles.

 

Consacrée à saint Brice et saint Eloi, cette belle église rurale est caractéristique de la réforme tridentine qui vit la majorité des paroisses se réorganiser en profondeur avec de nouveaux moyens : séminaires, prêtres mieux formés, l'absolutisme royal et la noblesse s'efforçant d'encadrer totalement la société pour éviter les affres de la guerre civile qu'on venait de quitter avec les guerres de religion. Sur un bâtiment plus ancien, ce fut de 1694 à 1697 l'œuvre de plusieurs curés : François et Charles Fortin, puis Jacques Gobard. La tour (1721) puis la sacristie (1751) furent construites sous Charles Fortin. La Révolution la dépouilla en partie, elle perdit une cloche au profit des révolutionnaires de Virey, et le culte revint au Concordat avec le réfractaire Mondhair qui se cachait souvent aux alentours. Il prit même la cure de Saint-Brice-de-Landelles de 1806 jusqu’à sa mort en 1834. On y voit une belle vierge à l'enfant du XIVe siècle qui provient de l'ancienne chapelle de Beauchêne. En 1986 fut consacrée la pierre d'autel précédant en 1995 de nombreuses réfections intérieures et extérieures avec installation du chauffage, nouveau plan du cimetière. A noter qu'il y avait autrefois pas moins de 5 chapelles sur cette paroisse dont le bourg est assez excentré. Trois ont été détruites : le Bois de Sélune, Faubrais et Beauchêne (où on allait en pèlerinage se soulager des maux oculaires) avant la Révolution. Celle du Vérolay disparut en 1986 lors de l'extension de la carrière voisine. Reste celle du Bas-Plessis construite en 1694, contiguë des restes d'un manoir détruit en 1994, et dont les statues furent récupérées par l'abbé Lelégard. On y célébra un dernier baptême en 1969.

 

La vie associative

 

 

Généalogie : rencontres à la " frontière "

 

 

La petite commune de Saint-Brice-de-Landelles, orientée au Sud " regarde " la Bretagne depuis des siècles, et sait accueillir depuis 2007 des journées de généalogie entre les deux provinces. La municipalité derrière Émilien Bertin ayant toujours été sensibilisée à l'histoire locale a su lancer, dès le 3 novembre 2007 une première journée de rencontre entre les associations de généalogie de la Manche et du pays de Fougères et leurs présidents respectifs Annick Perrot et Jean-Yves Pinault. On y confronte les techniques d'investigation, on y parle de logiciels, et bien sûr d’histoire locale et d’analyse de vieux documents.

Mais autre aspect intéressant, on y trouve des stands informatifs : en 2007, Saint-Brice-de-Landelles est revenu sur ses personnages marquants : le curé Barbedette, témoin des atrocités de la Vendée, ou encore un compagnon de Valhubert lors des guerres de l'Empire. En 2008, avec l'aide de M. Courant de les Chéris ce fut une exposition sur la guerre de 14-18. Pour l'édition 2010, Alain Saint-Clair, passionné du folklore normand a présenté des coiffes régionales, aux côtés de jeunes gens du cru, passionnés de dioramas mettant en scène la vie rurale. Depuis 5 ans en effet Patrick, Lucien et Nicolas Pays de Saint-Brice-de-Landelles et leurs amis et voisins Ludovic et Jérémy Beaugeard de Saint-Martin-de-Landelles collectionnent des miniatures à l'échelle 1/32 du monde agricole. Une trentaine de tracteurs mettent en œuvre des engins, mais les " stabus " et bêtes à cornes ne sont pas oubliées, et cette " grande ferme "... en tout petit a beaucoup passionné les visiteurs de l'édition 2010 de ces rencontres qui font la part belle à la vie locale.

 

 

Mon village s'anime... au son du Téléthon

 

Pas évident pour un petit village un peu excentré qui n'a plus d'école et qu'un seul commerce, de " se bouger " pour rester attractif. Il s'agit parfois de peu de choses pour que " la mayonnaise prenne " comme on dit !

Le premier ingrédient, aux côtés du comité des fêtes plus ancien, organisateur des courses cyclistes annuelles, fut l'Élan Amical Briçois créé en 1995 avec comme président Gaston Chéron avec ses 8 majorettes et ses 32 pongistes. Cette dernière activité s'essouffle au moment où Simone Bertin décide d'animer la commune gérée par son mari et crée " Mon village s'anime " en 1998.

Dès 1996, elle avait commencé sa lancée avec une chorale d'enfants le "do-ré-mi briçois" et mobilisé une équipe pour organiser le 1er téléthon dont elle assurera la coordination pendant 10 ans avant de passer le relais à Patricia Debroize.

" C'était, explique la présidente Simone Bertin, un peu un défi au départ, mais on a su durer dans le temps et proposer avec des cotisations assez faibles, des activités à la portée de tout le monde, dépassant vite les limites de la commune ". La chorale d'enfants tenant une dizaine d'années, amorça dès 1999 la création d'une chorale d'adultes par force plus stable en effectif, puis des activités manuelles jeunes (2001), du théâtre (2002), et enfin la country (2003) et les majorettes (2005). " Toutes ces activités ont amené des moments forts de convivialité avec des encadrements tout à la fois jeunes et solides qui ont facilité la coordination ".

La petite commune de Saint-Brice-de-Landelles autour de cette association protéiforme peut s'enorgueillir avec " Mon village s'anime " d'être une des plus importantes du canton avec 200 adhérents. Le Téléthon, a mis souvent en phase toutes ces bonnes volontés. Sa présidente Patricia Debroize le reconnaît : " c'était un bel enjeu que de faire venir le chef-lieu dans notre petit pays pour une belle cause. Des contacts se sont noués, des liens solides avec des associations du chef-lieu pour arriver à un total de 146 730 euros de dons reversés à l'AFM qui aide à la lutte contre les maladies génétiques ". Là aussi les très beaux souvenirs sont encore dans toutes les mémoires : le premier point fort en 2001 avec la venue de la télévision FR 2 et la fête à l'ancienne, deux ans plus tard la collaboration du Rotary saint-hilairien et de la commune des Loges-Marchis, enfin le record de dons avec 15 700 € en 2010. " Rien n'est jamais perdu, notre population est en hausse, il faut proposer des actions locales qui permettent aux gens d'échanger et de se rencontrer, surtout en zone rurale " conclut la dynamique présidente, qui est aussi la secrétaire de mairie et donc bien à même de juger de l'état de santé de la petite commune.

 

 

Unis comme au front

 

Telle est la devise de l’Union Nationale des Combattants (U.N.C.), une association créée à l’issue de la première guerre mondiale.

 Deux hommes sont à l’origine de cette association : le père Brottier, aumônier militaire sur le front, mais au-delà de ça, un homme qui, comme tous les poilus qu’il réconfortait, a participé activement aux opérations militaires. Et Georges Clémenceau dit " le Tigre

 ". Les statuts de cette association ont été déposés le 26 novembre 1918 et son but premier a été la défense des intérêts matériels et moraux de ses membres. En effet, le besoin était grand d’apporter aide et soutien, tant à ceux qui sont revenus infirmes ou estropiés, qu’aux veuves et orphelins mais aussi à ceux, qui en apparence indemnes étaient ‘’ démolis ‘’ physiquement et moralement. Si vingt ans plus tard, l’U.N.C. avait perdu de ses adhérents par décès, hélas, la seconde guerre mondiale s’étalant de 1939 à 1945 vit ses effectifs grossir à nouveau. Mais le monde étant ce qu’il est, et la paix ne pouvant décidément pas régner, ce sont pour des conflits à l’extérieur du pays que nos hommes furent appelés  sous les drapeaux : en Indochine, en Corée, en Tunisie, au Maroc, et en Algérie – ce dernier qui fait tant parler encore aujourd’hui. De par ces événements, l’U.N.C. s’est restructurée et a vu l’arrivée de nouvelles générations de combattants. Son appellation est devenue d’abord " U.N.C. - A. F. N. " puis " U.N.C. – A.F.N – Soldats de France " depuis 1976, date où les portes ont été ouvertes aux non-combattants de toutes générations qui ont servi sous les drapeaux, et dont la présence n’avait d’autre but que de faire face aux menaces, de prévenir la guerre et de maintenir la paix.

 

Du bon lait, pour du bon beurre

 

Les aînés vous le diront : la ferme, ce n'est plus ce que c'était. On élevait, on produisait, d'abord pour se nourrir, puis on écoulait le surplus. C'est ainsi que l'on vendait veaux et cochons au marché ou à des marchands de bestiaux, qu'on livrait les pommes à la distillerie, et que le lait, la crème ou bien encore le beurre et les œufs étaient collectés, une fois ou deux la semaine, selon la production.

Un marchand de beurre et œufs – c'est ainsi qu'on l'appelait – habitait Saint-Brice de Landelles, il s'agissait de Marcel Gosselin (qui fut maire de Saint-Brice-de-Landelles). Outre le commerce d'épicerie-café repris avec son épouse après ses parents, il exerçait cette activité prenante puisque le lundi à Saint-James et le mercredi à Saint-Hilaire-du-Harcouët, il se tenait au marché où on lui déposait de la marchandise et que tous les autres jours de la semaine, il battait la campagne avec son camion. Son rayon d'action était large, car outre notre Sud Manche, il écumait Louvigné-du-Désert et ses environs, Antrain, La Croix Avranchin.

Madame Leroy se souvient parfaitement de ces tournées qu'elle a effectuées quelques années avant de se marier, puisqu'elle était employée chez M. Gosselin. Un sacré boulot, se souvient-elle car il fallait charger les mottes de beurre, les placer dans les grands paniers pouvant contenir jusqu'à 150 kilos, manipuler les bidons de lait ou de crème. Ce métier-là n'était pas fait pour les petites natures, d'autant que parfois, on ne rentrait que vers 9 ou 10 heures le soir.

Cette profession demandait aussi du discernement. En effet, la qualité était variable d'une ferme à l'autre. Il fallait avoir l'œil pour juger de la couleur du beurre (la nourriture influait énormément : de la bonne herbe et c'était parfait – de la rabette et c'était moins bien) et avoir de l'odorat pour estimer la fraîcheur et la propreté, critère indispensable mais pas toujours appliqué. A la longue, on connaissait ses places et les tarifs n'étaient pas les mêmes.

Et puis, il y avait dans ce domaine aussi, des roublards. Madame Leroy n'est pas prête d'oublier les deux épisodes auxquels elle a assisté :

- l'un pour tromperie sur le poids : la bonne fermière, pour faire plus lourd avait incorporé des patates à cochon cuites au cœur de la motte mais malchance pour elle, le patron avec sa grande habitude a remarqué une fissure qui lui a semblé anormale et a donc ouvert la motte. Cette dame coutumière du fait paraît-il mais n'ayant jamais été prise sur le fait, a quitté la ferme entre deux gendarmes.

- l'autre pour la qualité : cette fois, des carottes cuites écrasées avaient été amalgamées au beurre pour lui donner plus de consistance et rehausser sa couleur jugée trop blanche sans doute. Mais là encore, l'œil expert a déjoué la duperie ! Tous ces produits : beurre, crème, lait, œufs étaient rétrocédés à des grossistes ou à des laiteries (Cauny à Saint-Hilaire-du-Harcouët notamment pour la fabrication des camemberts).

Au fait, le saviez-vous ? : 10 litres de lait étaient nécessaires pour obtenir 1 livre de beurre, le liquide obtenu après écrémage ou " petit lait " servait à l'alimentation des porcs, mélangé à de la " posson ". Une motte devait être lavée 3 ou 4 fois de suite pour lui ôter toute amertume.



George et Sue : en chantant " douce France " !

 

Dans le Sud-Manche, nos amis britanniques sont désormais, depuis une bonne quinzaine d'années, partout chez eux. Mais certainement, dans le canton de Saint-Hilaire-du-Harcouët, ils sont le plus à l'aise dans la petite commune de Saint-Brice-de-Landelles où dans un hameau, les Hauts-Champs, on entend dans 5 foyers résonner les accents de la langue de Shakespeare.

Chez Sue et George, en haut du bourg c'est plutôt le Français qui a cours, tant ces deux anciens universitaires venus de Londres et de Sunderland, ont tout fait pour s'intégrer à la vie locale. " Nous venions régulièrement en vacances en France avec comme arrière-plan un bon bagage scolaire certes, mais nous nous sommes obligés, dès qu'arrivés ici, à parler systématiquement Français ". Débarqués en 1997 en campagne, ils ont même fait construire à proximité du bourg, s'installant définitivement dans notre pays voici six ans. Ils ne retournent qu'épisodiquement en Grande-Bretagne pour voir leurs quatre grands enfants, et nombreux petits-enfants lesquels, bien sûr, se plaisent eux aussi à apprécier le calme de la campagne normande.

" Nous avons fait, explique George, un véritable choix de vie et de s'intégrer, en parlant peut-être mal, mais en parlant tout le temps le Français, et en nous fondant dans la vie associative locale ". Celle-ci, on le verra un peu plus loin dans ce livre, est assez riche à Saint-Brice-de-Landelles, et avec le Téléthon et " mon village s'anime ", leur a tendu les bras. George a mis son talent d'organisateur au service du théâtre, et tous les deux sont des piliers de la country depuis son démarrage en 2003.

 

 

 

 

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Bertin Emlien 05/03/2012 15:13

Merci à Georges Dodeman qui a su recueillir et raconter l'histoire des "hommes et des femmes" de notre canton.

Emilien Bertin maire de Saint Brice de Landelles