VIREY

Publié le par canton-saint-hilaire du Harcouet

1729

 

   

Des communes du canton de Saint-Hilaire-du-Harcouët,Virey est l'une dont le patrimoine historique conséquent a été le mieux étudié, par des érudits locaux, ou par des amateurs éclairés qui ont su habilement exploiter les archives.

Comme tout ce qui a trait à l'Histoire dans le Mortainais, il faut remonter à Guillaume le Conquérant pour trouver des traces tangibles d'un " Viré " qui est d'abord donné à Raoul de Fougères, en raison de ses loyaux services lors de la prise de l'Angleterre, lequel rétrocède cette paroisse sans doute déjà ancienne de deux siècles à un seigneur qui prend le nom " de Virey ". La première mention officielle de la paroisse se trouve dans une charte de fondation de la collégiale de Mortain, et un " pouillé " (inventaire des bénéfices d'une cure, d'une abbaye, d'un diocèse) du début XVIIIe siècle montre que la paroisse conservait encore des liens avec celle-ci jusqu'à cette date.

Pas étonnant donc de comprendre que la paroisse se structura alors autour de deux gros fiefs, celui dit, bien sûr, " au chanoine " ou encore " l'Aumône ", et celui laïc de Virey-Landivy dont on va reparler plus loin.

Ce premier fief était prébendé depuis sa fondation en 1082 au titulaire canonial de la collégiale de Mortain et à ses successeurs dont les plus connus, François Ferrant, Nicolas Lemétayer et, en 1758, Jean François Adam. Ce fief s'étendait sur la partie Ouest et comprenait onze villages dont la Pélionnière, la Vallée, la Garlière, la Géraudais. En pleine époque de la fondation de l'abbaye de Savigny, il ne faut pas s'étonner qu'il y ait eu quelques " frictions " quand le seigneur Ranulphe de Virey et sa famille, en échange de places au paradis, introduisirent au Plessis, sur les bords de la Sélune, en 1134, un prieuré qui ne put se maintenir qu'une quarantaine d'années jusqu'en 1162, pour des raisons obscures : soit que le seigneur n'ait pas tenu sa promesse d'augmenter les revenus des moines, soit que ces derniers n'aient pas vraiment montré leur volonté de s'établir à demeure.

Malgré tout, en 1168 se noua un nouvel accord, cette fois durable, les moines retournant à la maison-mère, mais gardant patronages, dîmes et fiefs sur place, jusqu'à la Révolution. Un aveu du XVIIe siècle, montre qu'ils possédaient une grande partie de la bourgade autour de l'église, et ils gagnèrent encore sous les de Gaalon au XVIIe un procès confirmant leur droit de présentation à la cure. Ce fief dit de l'Aumône, se démantela peu à peu par des ventes aux Quesnel, aux Labbey qui étaient seigneurs de la paroisse en 1778, et représentèrent notamment la noblesse aux états généraux de 1789.

Au plan laïc, le second fief, plein de haubert, devait fournir un homme complètement équipé à l'ost, (à l'armée, quand elle convoquait le ban en temps de guerre), occupait les deux autres tiers de la commune actuelle, et échut rapidement aux Payen de Saint-Brice-de-Landelles, puis aux de Landivy fidèles au roi de France et donc dépouillés par l'envahisseur anglais. Après cette expulsion plusieurs familles se succédèrent sur ce fief dit de la Pichardière du Logis : les Le Gager (après la guerre de Cent Ans) dont un membre fut lieutenant général du baillage de Mortain, les de la Marzellière sieurs de Bonnefontaine (1573) dont un aveu montre qu'existait déjà la chapelle. En 1599, ils vendirent à François de Chérencey qui prit une part importante avec son frère Gilles aux combats de la Ligue pendant les guerres de religion.

Quand le pouvoir royal s'affermit sous Richelieu, François de Chérencey après un arrêt du Parlement de Paris de 1620, eut six semaines en 1623 pour démolir les importantes fortifications qu'il avait effectuées : douves, remparts, fossés, pont-levis. En 1757, presque un siècle et demi plus tard, on avait seulement démoli les tours et comblé les fossés, et l'ensemble était encore considérable : deux grands étangs, plusieurs grandes fermes (la Pichardière, la Basse-Gesberdière, le Clos, la Croix-Planté), et le moulin de Virey. Les de Chérencey, avaient déjà bien commencé à rassembler le fief qui selon un aveu de la fin du XVIe siècle avaient droit à deux poteaux de Justice, et possédaient plusieurs pêcheries sur la Sélune et l'Yvrande : Moulin de Virey, la Barbottière, la Blutière, Choisiaux, Pichard, le Gué de la Vergée, les Gigonnières.

La vente aux de Gaalon sieurs des Carreaux en 1663 vit trois générations de cette famille s'y succéder quasiment sur un siècle et consolider encore cette vaste demeure vendue en 1757 à Jacques Fortin sieur de Marsenne. La chapelle Saint-Jean, du manoir du Logis devait trois messes par quinzaine, données par le curé également les dimanches et jours fériés.

De cette époque, le dépouillement des registres de catholicité donne toute une ambiance. Les curés successifs nous montrent qu'on délogeait à la Saint-Jean (et non à la Saint-Michel comme de nos jours), qu'on enterrait beaucoup... dans l'église ! Une relation (1755) du curé Vaullegard confirme dès cette époque l'existence du lieu-dit " le Clos Acéré ", et de nombreux artisans dans le bourg : tailleurs, tisserands, boisetiers, et surtout employés des fermes du Roi ou gabelous, car la Bretagne est proche. Le châtelain Urbain de Gaalon assiste à de nombreux mariages et parraine à tour de bras. Il y a en effet beaucoup d'autorisations de filles mineures à mariages... suivis, bien sûr, de baptêmes moins de neuf mois plus tard ! pas mal d'enfants trouvés, nés de pères inconnus, " poussins des haies " et autres " éfants des champs " comme ce petit malheureux de 1760 adopté par une veuve et un vieux laboureur qui s'engagent seulement " à le nourrir ", la châtelaine mettant au bout comme marraine.

Les châtelains étaient proches de la population, témoin cette réflexion du curé Delaporte en 1763 lors du baptême d'un enfant des fermiers de la Jarriais qui s'étonne que la marraine Marie-Gabrielle Fortin, épouse du châtelain " n'ait aucune instruction, ne sache pas écrire son nom, et signe d'une croix ! " Julien Delaporte était à l'époque assisté du vicaire Fauchon et d'un clerc tonsuré appelé " acolyte ", c'est-à-dire chargé des bas offices comme les enterrements... en apprentissage en quelque sorte !

Sous l'Ancien Régime on dénombrait 1 400 habitants, 340 feux, 105 villages, et seulement à la veille de la Révolution quelques familles nobles vivant dans leurs manoirs : le Colombier aux Le Forestier ; la Championnière aux Delentaigne ; le chemin aux Danjou ; la Farullière aux Roussaigne.

La Révolution balaya cette vie rurale et paisible, amenant troubles et rancœurs, la Constitution civile du clergé mettant en 1791 le feu aux poudres. Le vieux curé Gilles Gibon qui exerçait depuis 1770 refusa de prêter serment, mais resta face à son vicaire Nicolle qui accepta le difficile rôle de curé " intrus ". Le bourg était alors aux mains d'une vingtaine de révolutionnaires " enragés " selon la terminologie de l'époque menés par Lericolais-Hamonnière, qui fouettèrent la carmélite tenant l'école des filles, tondirent le curé Gibon, attachés ensemble et expulsés ensuite en direction des Biards. Lericolais-Hamonnière dépassa les bornes en allant ensuite extirper de chez lui au Mesnil-Thébault l'abbé Guérin malade chez ses parents pour le laisser agoniser, sous les lazzis, dans un tombereau, à Saint-Hilaire-du-Harcouët. Cet acte odieux souleva la population, et Lericolais-Hamonière dut se réfugier un temps à Granville. Incité à revenir sous un prétexte fallacieux (que sa femme était malade), il fut pris dans une embuscade lors de son retour dans les bois de la Genetais au Mesnil-Thébault, et percé de coups de baïonnettes.

 

La Révolution

 

Les Chouans de leur côté agissaient également sans discernement, tuant à la Fontaine, Michelet, un pauvre paysan qui par peur des Républicains, leur avait rendu quelques menus services. En février 1796, lors du déplacement d'une colonne de 600 Bleus entre Fougères et Saint-Hilaire-du-Harcouët, certains qui cantonnaient dans l'église furent attaqués et tués par les Chouans qui sous la direction de du Rays pour de Frotté et Chalus et Dauguet pour la division du Boisguy de Fougères, avaient fait alliance entre la Normandie et la Bretagne.

Pendant ce temps, le culte était rendu par le réfractaire Charuel (futur curé de Saint-James) qui, souvent, parvenait à célébrer la messe pour les hameaux alentours, à la Léverie.

Le curé Gibon ouvrit l'église en 1802 après le Concordat, et fut après sa mort (1808) remplacé jusqu'en 1827 par Jean-Baptiste Desvallées. Mais cette atmosphère de guerre civile laissa des traces et les archives paroissiales, notamment à travers le style fleuri de l'abbé Larouelle (curé de Virey de 1838 à 1884) en font état : " le démon de la Révolution ne quittait la place qu'à regret, ne se retirant que très lentement, jetant de temps à autres des bouffées infernales ".

On sentit une amélioration lors du rétablissement de la fête patronale en 1831, laquelle avait été supprimée depuis des lustres car, lors d'une rixe, un habitant de la commune voisine de Saint-Martin-de-Landelles y avait trouvé la mort. Mais la Mission de 1844 semblait avoir renouvelé la confiance, menée par 5 prêtres originaires de Virey, elle enregistra à son issue 1 700 communiants.

Des archives communales, commençant en 1838 (maire François Delaporte) on relève qu'il y avait 1484 habitants, une école de filles à la Foulonnière avant qu’elle ne revienne dans le bourg vers 1880 (voir chapitre écoles). Les années 1850 virent des tensions avec la Fabrique), la commune lui refusant son aide, sa comptabilité étant opaque, et deux ans plus tard on refusa de prendre en charge le traitement du vicaire. Ces frictions étant typiques, comme on le verra dans presque toutes les communes du canton de deux collectivités antagonistes, la paroisse devant céder peu à peu ses prérogatives devant celles de la commune, le conflit culminant en 1905-1906 avec la séparation de l'Église et de l'État.

En 1854, signe de la paupérisation de la société on créa le bureau de bienfaisance : il y avait en 1863 à Virey, 34 indigents dont 16 mendiants valides qui tendaient la main à la fin des messes, dans le bourg, au pied des commerces. Jusqu'à la fin du siècle, les archives abondent d'aides en tous genres car il n’y avait à cette époque ni retraites ni sécurité sociale : aides aux vieillards, aux femmes en couches, aux nécessiteux, aux soutiens de familles, aux incurables, aux inhumations, hospitalisations... il ne fallait pas attendre grand aide de l'État : en 1893 les dégâts de la sécheresse furent estimés sur la commune à 150 000 F, soit 25 fois le budget de cette dernière. Virey ne reçut que 141 F à répartir sur 25 agriculteurs, ce qui ne faisait pas lourd !

Les lois sur l'instruction publique obligatoire (1882) n'arrangèrent rien et l'année suivante vit l'arrivée de la première institutrice laïque, Clémentine Ruel, remplaçant les Carmélites. En 1884, nouvelle vexation, on fit abattre, en plein mois d'août, tout chargés de fruits, les pommiers de la cure. Le climat, on le devine était propice à tous les fantasmes. On rappela que les impies, qui sous la Révolution, avaient célébré une messe sacrilège, furent tout à coup entourés de flammes quand, le 26 août 1890, un formidable orage bloqua dans l'église 40 fidèles tétanisés ! La foudre se promena partout sous la nef... il faut dire aussi que le toit venait fraîchement d'être refait en zinc, matériau éminemment conducteur... et que la veille, après forces libations, on avait promené le coq du clocher dans toute la commune. Alors, de là à penser à une justice divine immanente !

Il faut dire aussi que Virey, sur une butte, était habitué à de telles fantaisies climatiques. Le 20 décembre 1884, c'est cette fois un ouragan qui fit deux morts au château de M. Le Forestier, une domestique et une enfant de douze ans qui mourut du tétanos, dix jours plus tard.

Autres orages, cette fois politiques, le 15 mars 1906, sous la municipalité Victor Cheval (1900-1908), dans le cadre des inventaires suite à la séparation de l'Église et de l'État. L'agent aidé de deux gendarmes et deux cantonniers, ne put faire l'inventaire qui eut lieu par surprise, et de vive force, une dizaine de jours plus tard avec 12 gendarmes et 100 soldats sur le pied de guerre venus de Naftel. La porte de l'église fut enfoncée ce qui laissa bien du ressentiment dans cette bourgade encore forte de 1135 habitants répartis dans 68 villages.

En 1913, sous la municipalité Victor Vadaine (1912-1935), le rapport de l'instituteur à l'Académie fut un des plus intéressants du canton, dressant un véritable " état des lieux " d'une époque désormais révolue. Virey avait alors 1152 habitants, et sur les 1627 hectares de la commune, seuls 12 étaient incultes, méteil et seigle (374 ha) arrivant en tête devant blé et froment (169 ha). Tous les commerces étaient représentés : 3 charpentiers, 2 menuisiers, 5 charrons, 2 sabotiers, 1 tisserand, 1 maçon, 1 vannier, 2 couvreurs en paille et essentes, 1 boulanger, 3 couturières chez elles et 7 se déplaçant à domicile, 2 blanchisseuses, 2 marchands de bestiaux, 4 épiciers-aubergistes. A la carrière du moulin de la République en 14 mois, 4 ouvriers à plein temps arrivaient à extraire 1 100 m3 de pierres pour les nouveaux chemins.

Tout aussi intéressantes sont les informations sur la vie des gens : 38 vélos, aucune auto, 116 charrettes et des ouvriers gagnant 2-3 F par jour à comparer au coût de la vie : un pain à 0,36 F ou un kg de bœuf 1,50 F. Les apprentis, nombreux partout, travaillaient gratuitement un an avant de glaner quelques sous. Pour aller au marché de Saint-Hilaire-du-Harcouët, il fallait payer l'octroi qui était de 0,10 F pour un panier de beurre, mais jusqu'à 12 F pour un tonneau de cidre, et ensuite bien sûr au marché, la " pratique "... qu'on vende ou non les denrées. L'instituteur salue l'arrivée du facteur " et son allure toute militaire, car il a fait la campagne du Tonkin ". En 1830, il y avait seulement deux facteurs pour tout le canton, l'un d'eux, Jean Hérault se tapait 9 communes et ne rentrait au bureau que tous les deux jours, couchant en route ! Le second Petitjean, avait les 4 autres. Depuis 1870, toutes les communes étaient journellement servies.

La Grande Guerre va niveler toutes ces querelles, le tocsin du 2 août 1914 annonce la terrible nouvelle, 200 mobilisés, quasiment tous les chefs de famille, 38 morts, 6 disparus, 14 prisonniers. Les archives communales ont conservé l'émouvante lettre d'une pauvre paysanne, Victorine Mazier, Vve François Milcent, qui, à 68 ans avait déjà donné beaucoup au pays : 13 enfants dont 10 garçons et déjà 5 tués, trois fils et deux gendres, quand elle demande au commandant de la 6ème subdivision de Saint-Malo d'au moins ramener à l'arrière son aîné Louis, devenu chef de famille. Le colonel courageusement planqué à l'arrière lui répond " qu'elle n'est pas dans une situation exceptionnelle, et pas à plaindre puisque ce dernier est encore en vie ! ".

L'entre deux guerres voit les premières grandes mutations de la France rurale, le début de l'électrification (ici le dossier démarre pour étude en 1924, réalisation à partir de 1931) au moment où se construisent les barrages de la Roche-qui-Boit et Vezins, le téléphone (première cabine en 1928 chez Pacilly). L'affaire des bouilleurs de cru que l'on détaille fort longuement par ailleurs dans le canton n'apparaît guère dans les délibérations du conseil. En 1916 on repousse comme n'étant pas d'actualité l'emplacement d'un atelier de distillation, par contre, en moins de 5 lignes là où d'autres communes noircissent des pages, Virey prend néanmoins en 1935 une décision drastique sous le mandat de Victor Vadaine, démission collective de l'ensemble du conseil ! Dans la foulée est élu maire Victor Mouesseron (1935-1945). Malgré tout on verra que le phénomène " bouilleurs " est ici aussi présent qu'ailleurs : en 1940 on distille à la Foulonnière, la Chicanière, les Haies, la Fresnaie, le Logis, la Barbottière, et bien sûr au bourg, près du lavoir ! En 1937 on finance (par une quête !) l'achat d'un corbillard qui servira jusqu'après guerre avec, dans le cahier des charges " interdiction de faire trotter le cheval, même si le domicile du défunt est éloigné du bourg ! " Il faut croire que certains s'en allaient en terre... à toute vitesse ?

A la déclaration de guerre en 1939, Virey se soucie déjà depuis 1938 de réaliser un groupe scolaire, mais l'Occupation stoppe tout. Il y a déjà 5 morts, et 60 prisonniers fin 1941 (pour 1050 habitants), les Allemands sont partout installant même une petite " kommandantur " avec 4 gradés chez Simon Bazin. Leur cantine est installée à l'école des filles, ce sont, pour la plupart des réservistes, bons pères de familles, qui regardent passer avec émotion les petits écoliers et sortent de leurs portefeuilles leurs petites têtes blondes en soupirant " krieg, gross malheur " (Quel malheur la guerre !). La Résistance jusqu'en 1943 n'est encore l'œuvre de quelques isolés qui se fédèrent peu à peu comme le cultivateur Jean-Marie Lévêque qui rejoint le groupe Cuche animé de Saint-Martin-de-Landelles par l'instituteur Jean-Baptiste Etienvre du réseau Libération-Nord. Début 1944, la jonction se fait avec le groupe saint-hilairien Blouet (Francs-tireurs et partisans, d'obédience communiste) qui cache à la Bélinière un groupe de 4 (André Cheval, Jean Lefeuvre, P. Lepenant, Louis Launay) chargés de la confection des grenades anglaises Gammon.

Les combats de la Libération frappent tous les esprits avec, d'abord, les bombardements de Saint-Hilaire-du-Harcouët le 14 juin, mais ceux-ci, dans le cadre d'une opération planifiée de coupure de toutes les voies de communication allemandes, atteignent aussi les communes voisines. La route de Brécey, le secteur de la Croix-Planté, du pont de la Paveille par où passent les convois sont visés. Des maisons sont touchées, tous les animaux et volailles sont tués sur le secteur limitrophe des deux communes de Parigny et Virey à la Broche, la Barre, Ruffigny où les gens doivent se cacher dans des tranchées creusées à la hâte. Le pont de la République, plusieurs fois visé échappe aux bombes, quelques avions allemands sont abattus par la DCA américaine à la Barre où le pilote est carbonisé, la Blutière, la Galaisière, la Jurlais, la Vallée.

Tout le mois de juillet résonne de la canonnade entendue comme un orage lointain sur le front, stabilisé un bon moment sur une ligne Saint-Lô-Coutances avant la percée " Cobra " sur Périers fin juillet qui amène très vite les troupes alliées à Avranches. La situation est incertaine, les Allemands, agressifs sont en fuite partout, et cette fois pas avec des réservistes, mais avec des troupes de ligne aguerries et fanatisées qui ont été durement étrillées dans leur retraite. Au soir du 2 août, à la nuit tombante, des Américains isolés (voir notre 1er tome " Saint-Hilaire-du-Harcouët au fil du temps "), parfois même des Canadiens francophones sont signalés dans les " clos " entourant le village, lequel n'est officiellement libéré que le 3 août à 10 h du matin quand ils arrivent au Pont de la Broche. Les Américains se rassemblent, se préparant à attaquer Saint-Hilaire-du-Harcouët où les combats de retardement vont durer toute la journée du 3.

L'après-guerre voit toute cette petite région particulièrement meurtrie (le chef lieu est aplati, il y a des destructions et des morts civils un peu partout) se relever rapidement. La vie reprend (municipalité Victor Besnier 1945-1965) autour de la paroisse et du curé Jean Letondu (1947-1962) après le court intermède du Père Lemaître un missionnaire si pieux qu'il restait des nuits entières en prière dans l'église ! On baptise les cloches (23 novembre 1948), on répare le clocher (1952). Pour oublier rapidement les atrocités de la guerre, on concrétise l'idée partie en 1942 de créer une équipe de football, et on participe bien sûr aux grandes fêtes régionales de la Terre, Virey y produisant le char dit de la " Pompe à Bras ". Les concours de pêche du Pont de Virey drainent des foules immenses : plus de 500 concurrents et autant de badauds sur les rives de la Sélune face à Saint-Hilaire-du-Harcouët. En 1961, le comité des fêtes en sommeil depuis des années renaît de ses cendres présidé par Louis Normand, et relance le 14 mai, la fête communale. L'année suivante démarre la société de chasse.

Virey compte alors 910 habitants et subit plusieurs crises internes concomitantes. Si l'ouverture de la route de la Blutière s'était à peu près bien passée dans l'immédiat après-guerre, drainant même de nombreux badauds venant admirer le travail des premiers bulldozers, celle du Logis-Chiot va durer douze ans en tracasseries administratives et municipales.

Et puis, en 1964, arrive le conflit lié au groupe scolaire (80 enfants) qui verra même la venue à Virey des micros d'Europe 1 et des caméras de l'ORTF ! Le projet, on l'a vu plus haut traînait depuis 1938. Dès 1960, la municipalité Besnier avait acheté le terrain. Les choses traînant, fin décembre 1964, les parents d'élèves, puis à leur suite le conseil municipal qui démissionna en bloc comme lors de l'affaire des bouilleurs de cru en 1935, prirent le relais, doublant cette décision d'une grève administrative. Le 31 décembre, une délégation fut reçue par le préfet, on fit intervenir le tout puissant président du Conseil Général Jozeau-Marigné, et le 11 janvier 1965, une lettre préfectorale, confirmée un mois plus tard engagea le financement (inauguration sous la municipalité François Normand (1965-1977) de l'ensemble le 7 mai 1967), et ramena le calme, les grands bénéficiaires étant... les écoliers qui obtinrent dans l'affaire huit jours de vacances de Noël supplémentaires !

A noter qu’un couple d’instituteurs a particulièrement marqué la vie scolaire de Virey pendant 3 décennies de 1949 à 1977 : Jeanne et François Lemée. Ce dernier est à l’origine de la mise en place d’une cantine scolaire et a participé en tant que secrétaire de mairie à la construction du groupe scolaire. Il s’est exprimé aussi de manière littéraire en écrivant de 2 romans (Colombe et Bertha) qui retracent la vie de cette époque difficile de l’après-guerre.

Ces deux années furent marquées par d'autres événements extraordinaires : la réception le 19 juillet 1964 de Mgr Dupont, originaire de la commune nommé évêque de Pala au Tchad, (jubilé épiscopal en 1987) et Jean Lefrançois (futur maire en 1995), choisi par la Jeunesse et les Sports pour représenter l'Académie de Caen aux Jeux Olympiques de Tokyo.

En 1968, grand tournant sociétal de la fin de ce XXe siècle, Virey avait 921 habitants, 124 enfants scolarisés, s'ouvrant au tourisme avec le premier sentier pédestre au pont de la République sous l'égide de Loisirs et Plein Air présidé par Roger Piochon. Ce mouvement dynamique (bien présenté dans notre tome II " Saint-Hilaire-du-Harcouët ses associations au fil du temps ") avait aménagé une base de Loisirs sur les bords du lac qui émigra de Virey à Saint-Martin-de-Landelles (Petites Bruyères), qui se transforma ensuite, " capturée " par les politiciens, en celle de la Mazure aux Biards ...

La municipalité Rousseau (1977-1995), adjoints Jean Lefrançois et Joseph Pays, fut fertile en actions associatives. " Loisirs et détente " avec son théâtre, redémarra en 1979, sous la présidence de Jean-Claude Anfray, pour connaître jusqu'à nos jours le succès que l'on sait. Le troisième âge, " Foyer de l’amitié ", président Arsène Mancel, date lui de 1978. Il y eut des intercommunes avec Saint-Brice et Saint-Martin-de-Landelles, des journées de l'artisanat organisées par le comité des fêtes, embryon des grandes braderies de septembre, la participation au 900ème anniversaire de Saint-Hilaire-du-Harcouët (char du bourrelier) en 1984, le football toujours actif même après la fusion avec Saint-Martin-de-Landelles en 1988 (président Etienne Martin). Fin d'une époque, René Lair et sa fidèle " Nénette " cessèrent le ramassage des déchets ménagers en 1986. Structurellement, cette équipe municipale fit le remembrement (1976-1979), le terrain des sports (1982), la restauration du presbytère pour accueillir son dernier curé-résidant le père Dominique Ballé (1986-1991), le lotissement de la Ricolais (1988), la mise en place d’un réseau d’assainissement (1992), la salle polyvalente (1993) et l'extension de la zone artisanale (1994).

Avec Jean Lefrançois et son équipe en 1995, Virey (827 habitants) était parti pour aborder le tournant du siècle quand le décès du maire (3 décembre 1999) transmit à son adjoint Guy Bazin cette responsabilité bien exercée par une équipe soudée. Jean Lefrançois aura réalisé au cours de son trop court mandat, la révision du P.O.S (Plan d’Occupation des Sols), la construction de deux classes maternelles et l’aménagement du carrefour de l’Auberge Neuve.

Guy Bazin ((2000-2008) va poursuivre la politique de logement avec des HLM au cœur du bourg (2006) place de la Morinais, aidant aussi au retour en 2007 d'un commerce multi activités (le " Virest ") bien placé entre église et les écoles.

Daniel Pautret qui lui a succédé en 2008 a constaté une belle embellie démographique : 71 habitants de plus en dix ans en 2009, l'installation d'un nouveau pont de Virey (2010) capable de supporter 12 tonnes, un nouveau lotissement rue du Stade. En 2011 l'envolée de la population s'est confirmée avec 1060 habitants, plusieurs entreprises, une agriculture encore bien active forte de 20 fermes, la plus importante faisant 110 ha.

1736

 

 

 

A proximité de Saint-Hilaire-du-Harcouët, sur l'axe vers Avranches

, explique Daniel Pautret, nous avons une population jeune qui augmente de 10 à 15 éléments par an, et de ce côté le P.L.U (Plan Local d’Urbanisme) nous a bien aidés facilitant l'urbanisation de zones bien situées près du bourg ou encore aux Haies et à la Ricolais, mais sans miter non plus le territoire agricole. Nous ne manquons pas de travail actuellement : il faut finir l'assainissement notamment aux Haies, et assister la mise aux normes SPANC ( Site de Promotion de l’Assainissement Non Collectif), trop lourde pour des particuliers. Les autres gros dossiers en cours : le lotissement rue du Stade (8 parcelles plus 6 autres éventuellement), une tranche de plus dans l'aménagement du bourg et une autre ensuite d'ici un à deux ans, la rénovation de l'école en 2012, l'atelier communal et la voirie. A plus long terme, il faudra songer à la salle polyvalente, et surtout le devenir du lac de Vezins. Bien qu'en queue de retenue nous sommes pour le maintien, et même après, l'améliorer. Il est évident qu'il y a de l'envasement, et sûrement des choses à faire, mais il n'est pas sûr qu'en matière touristique on ait tout envisagé surtout dans l'ambiance d'incertitude qui plane sur l'avenir de ce réservoir depuis quelques années. Maintenant l'actualité internationale au Japon, et même locale avec les sécheresses annoncées ne serait-ce qu'en matière agricole, devrait déjà nous faire réfléchir avant de prendre des décisions irrémédiables et lourdes de conséquences également financièrement ".

 

L’église et la vie religieuse

   

 

1743

 

  

Sous le patronage des saints Gervais et Protais (comme à Avranches), l'église de Virey mérite l'attention. Bâtie au XIIe siècle, en remplacement d'une ancienne chapelle, la paroisse d'origine étant sans doute à la Géraudais, on trouve sur le côté Ouest de la nef quelques traces de la maçonnerie primitive en épis ainsi qu'il était coutume de faire autour de l'An Mil. Comme bien d'autres elle est composite en deux grandes époques assez nettes : la tour dans la première moitié du XVIe siècle (1532), la nef et le chœur fin XVIIIe. La tour, surtout est remarquable car contemporaine du baptistère de Saint-Hilaire-du-Harcouët et de l'église des Biards avec son typique toit normand à bâtière. Curieusement elle se situe à l'entrée de la nef ce qui nous vaut, à son pied une chapelle qui abrite de superbes fonts baptismaux du XVIe siècle à double piscine polygonale, éclairés par une belle fenêtre gothique, et un vitrail offert par une vieille famille locale les Delaporte, le tout s'ouvrant sur un superbe arc ogival. La nef s'effondra en 1750 et fut reconstruite en dix ans. La tour s'orne de l'inscription " au moys de mars V jour MV XXXII fut commencée cette tour " authentifiant donc la date du 5 mars 1532 et à son pied, par lumière rasante s'y devinent sur un blason des armes des familles de Saint-Brice et de Scépeaux possesseurs du fief de 1481 à 1540.

En 1742, le mur rectiligne du chœur fut démoli pour être remplacé par un mur à trois pans permettant ainsi d'aménager la sacristie. Tous ces travaux ont sans doute affaibli l'édifice, expliquant l'écroulement de 1750. A l'époque de la Révolution l'église fut saccagée, les bancs et les statues furent brûlés et l'église transformée en magasin à foin, la tour servant de poste de guet pour les Républicains. Dans la période moderne il faut noter les vitraux bénis en 1929, l'électrification en 1935, le baptême des cloches en 1948, l'histoire de l'édifice par le chanoine Bindet en 1971.

Le dernier curé résidant Dominique Ballé ayant quitté la commune le 3 novembre 1991 montre aussi combien Virey fut également longtemps une pépinière de prêtres dont plusieurs ont laissé des traces dans l'Histoire. Citons l'abbé Victor Leprieur natif de Virey qui y avait célébré sa première messe en 1909, tué dans les combats de la Libération, le chanoine René Normand, frère de François Normand, ancien maire de Virey, ou encore Mgr Dupont (né en 1919) évêque de Pala au Tchad. Le chanoine Jean Bindet, né à la Blutière en 1903 avait célébré sa première messe ici le 30 décembre 1928 après de belles études à l'Institut Notre Dame d'Avranches qu'il réintégra immédiatement alors comme professeur d'histoire. Il obtint sa licence en 1935 avec une thèse sur l'évêque constitutionnel Mgr Bécherel pour lequel il obtint en 1937 le prix Montyon de l'Académie française. Aumônier du Carmel en 1970, il fut un des piliers de la société d'archéologie d'Avranches-Mortain, auteur de nombreux ouvrages consacrés à l'Ancien Régime, titulaire des Palmes académiques et chevalier dans l'Ordre national du Mérite. Les archives nous montrent encore qu'un autre célèbre historien du Sud-Manche, l'abbé Desroches (enterré dans le transept Nord de l'église de Saint-James sous un vitrail le représentant) fut vicaire en 1820 (sous le curé Desvallées) à Virey qu'il quitta deux ans plus tard pour une " promotion sanction " au Teilleul, ayant refusé les secours de la religion à un usurier influent, " événement qui fit quelque bruit selon la chronique de l'époque ".

 

Les écoles

 

 

 

1763

 

Les archives avant la Révolution ne s'appesantissent guère sur les écoles de Virey qui durent, comme partout ailleurs se développer surtout mi-XVIIIe siècle, le plus souvent dirigées par le vicaire, et pour les petites filles un peu plus tard, par des religieuses, surtout Carmélites. Le fait que le premier terrain (à la Foulonnière) ait été donné pour une " maison d'école " par le curé Desvallées après la Révolution va bien dans ce sens. En 1850 l'école des filles est encore à la Foulonnière quand les garçons se rapprochent du centre-bourg, face à l'église, en 1880 grâce à un échange de terrains avec MM. Lebel et Laumondais

En 1877, le conseil municipal examine les plans d'une nouvelle école de filles, mais les choses traînent et il faut, en 1884, le grave accident d'une écolière (qui passe au travers du plancher des latrines !) pour que les choses s’accélèrent suite au courrier furibard de l'inspection primaire. Dans le même temps, la municipalité organise des cours d'adultes qui vont durer jusque dans les années 1895.

Dans ces années 1880-1883, il y a 89 garçons, et 83 filles dirigées par sœur Fontaine, une Carmélite dont l'ordre, ayant son siège à Avranches, est présent de la même manière dans 262 communes du département. Elle sera comme partout touchée par la laïcisation des écoles présageant la séparation de l'Église et de l'État. En 1911, il y a 111 élèves pour 1152 habitants, la commune ayant perdu 330 âmes en 80 ans.

Le projet de groupe scolaire qui rassemblerait tout le monde près de la mairie date de 1938, mais il faudra attendre les années 1964-1965 et le conflit que nous détaillons plus haut pour le voir inauguré le 7 mai 1967, accueillant deux ans plus tard 124 enfants et 4 enseignants. Cette année 1969 vit abattre l'ancien logement de l’école des garçons situé face à l'église, et inoccupé depuis 1961 pour en faire une salle des fêtes, de nouveau rénovée en salle polyvalente en 1993. La commune de Virey rassemblait donc dans son ensemble mairie-cantine-écoles 102 élèves en 1998, et la vie villageoise continue de s'égayer des cris des enfants dans la cour de récréation contribuant ainsi par les allées et venues des bambins et des parents, à la vitalité de la bourgade.

 

Le château des Champs

 

En quittant le bourg de Virey en direction des Biards on peut voir le château des Champs situé au fond d’une avenue dont les arbres ont été décimés malheureusement, par la tempête de 1999. C’est une belle demeure de style médiéval construite par la famille Le Forestier entre 1870 et 1874 à l’emplacement d’un ancien manoir du XVIIIe siècle. Ce manoir dit aussi du Colombier était, avant la Révolution à Jean Le Forestier apparenté aux comtes de Vendœuvre, qui émigra. Il possédait (selon le Moniteur du Calvados, 1884) quatre fermes et une pêcherie sur la Sélune à Virey. Dans ce château reconstruit, une tempête en décembre 1884 fit deux morts. Il fut ensuite aux de Lancesseur, puis par alliance au comte de Reviers de Mauny et son épouse née du Plessis de Grenadan. Le château est toujours dans cette famille.

 

La vie associative

 

L’Amicale Sportive de Virey (A.S.V)

 

C’est sous l’Occupation en 1942-1943 que l’on trouve trace des premières rencontres amicales de football à Virey, constituées de joueurs de Virey et de Saint-Hilaire-du-Harcouët dont les recettes avaient pour but de financer l’envoi de colis aux prisonniers de guerre.

L’Association Sportive de Virey (couleur rouge et noir) a débuté officiellement en 1948 sous l’impulsion de MM. Raymond Lechevallier, René Pelchat et Henri Pautret.

Etienne Martin nous raconte : "  Je suis entré au club et j’y suis resté près de 40 ans. J’ai vu se succéder plusieurs présidents : Louis Normand, Victor Pelchat, Léon Escroignard, mais le problème majeur c’est que nous n’avions pas de terrain officiel, aussi nous avons dû jouer sur 8 terrains différents entre 1948 et 1973, il faut dire que les joueurs et dirigeants avaient du mérite quand le dimanche matin il fallait commencer par enlever les bouses de vaches et les taupinières. Chaque fois qu’on changeait de terrain, il fallait tout démonter. En 1970, toujours pas de terrain, de nombreux joueurs quittent le club pour aller jouer dans les communes voisines, ce qui aura pour conséquence de mettre l’Amicale Sportive en sommeil en 1973.

 

La société de Chasse

 

L’association des chasseurs, propriétaires et fermiers de Virey a été créée en 1962 par M. Joseph Pays, puis présidée ensuite par MM. Jean Gautier en 1986, Jean Lefrançois en 1997, Jacky Charbonnel en 2000 et Benoit Danguy en 2008.

Chaque année depuis 1976 est organisé un ball-trap le premier week-end d’août, tout d’abord chez M. Joseph Pays jusqu’en 1986 puis ensuite au village du Bois chez Mme James. Le bénéfice de cette manifestation permettant de financer le repeuplement en lièvres, faisans et perdrix tout au long de la saison sur plus de 750 hectares.

 

L’Entente Viréenne

 

L’association a été créée en 1970 sous l'impulsion de l'Abbé Robert Langlois avec André Rousseau, Jean Lefrançois et Etienne Martin. A l'époque, elle avait pour but l'organisation de la kermesse paroissiale dont le bénéfice était utilisé pour l'entretien de l'église et certains investissements (avec l'aide de la municipalité). Cette manifestation s'est transformée en un repas des anciens avec pain bénit.

7 années plus tard, un stade tout neuf verra le jour sous l’effet du remembrement et l’année suivante Yves Lericolais et Michel Benoist vont relancer le club avec 2 équipes seniors, 1 équipe cadet, 1 junior. J’en devenais le président. Le manque de joueurs se fit sentir en 1984, il fallut penser à s’associer avec d’autres clubs. Ce fut le cas en 1988 avec Saint-Martin-de-Landelles sous le nom de A.S.V.L. " Amicale Sportive Virey-Landelles ". J’en resterai le président pendant 3 ans. Cette fusion nous confortera dans notre choix puisque la première année les 2 équipes seniors passeront en division supérieure et l’équipe cadet sera finaliste de la coupe de la Manche. Les regroupements de clubs continueront. En 2003 il ne restera plus qu’un seul club dans le canton S.H.V.L (Saint-Hilaire-Virey-Landelles) fusion de 3 clubs (l’U.S.H – l’A.S.V.L et le Groupement de la Sélune)..

 

 

Le Foyer de l’amitié

 

L’association a été fondée en 1978 par Arsène Mancel sous l’impulsion de l’abbé Robert Langlois avec pour objectif de rompre l’isolement du 3ème âge. Les présidents successifs ont été : Arsène Mancel, Madeleine Lemoine, Joseph Pays, Etienne Martin, Suzanne Aubrée et Louis Restoux.

Avec 97 adhérents en 2011, le Foyer de l'amitié organise de nombreux thés dansants, concours de belote, repas et des sorties.

 

Loisirs et détente

 

Nous pouvons dire que le théâtre fait partie des loisirs très prisés des Viréens. C’est en 1942, tout comme pour le football, qu’ont eu lieu les premières représentations dans la grange de la ferme de M. Lemoussu ou celle de M. Normand au bourg. Le but était de récolter des fonds pour adresser des colis aux prisonniers.

De 1952 à 1960, le théâtre retrouve sa place, sous l’égide la J.A.C (Jeunesse Agricole Catholique) dans l’organisation des séances de variétés alors appelées " Coupe de la joie ".

C’est en 1979 que le théâtre à Virey prend toute l’importance qu’on lui connaît aujourd’hui à l’initiative de Jean-Claude Anfray et d’André Bagot. En 2011 c’est une quarantaine de pièces qui ont été interprétées depuis l’origine par une cinquantaine d’acteurs.

Au chapitre des autres activités, citons : la création d’une section gymnastique qui a pris son indépendance en 1982, l’organisation du spectacle inter-communes avec Saint-Martin-de-Landelles, Saint-Brice-de-Landelles et Hamelin pendant 7 ans et depuis 1986, un rallye-vélo.

 

Gymnastique Volontaire

 

L’association a été créée en 1982 par Louis Restoux. La présidence a été assurée successivement par Jean-Claude Delamare et Simone Lefrançois. En 2011, une trentaine de personnes entretiennent et améliorent leur forme dans une ambiance conviviale à la salle des fêtes sous la présidence de Mme Lefrançois Simone.

 

Le comité des fêtes

 

L’animation de Virey a débuté en 1950 sous la forme d’une association pour l’organisation de la fête communale, présidée par Mme Simone Bazin, puis en 1954 par M. Louis Normand.

Après quelques années de mise en sommeil, c’est en 1961 que le Comité des fêtes de Virey a été créé par M. François Lemée (courses cyclistes), remplacé en 1964 par M. René Pelchat.

Les présidents successifs ont été : MM. Etienne Martin (1970), Michel Desdouets (1980), Mmes Brigitte Leroux (1993), Véronique Hamon (2002), MM. Franck Bagot (2004) et Christophe Hossard (2011).

Parmi les grandes manifestations du comité citons : les journées de l’artisanat en 1981– 1982, la célèbre braderie brocante depuis 1983, les barbecues de quartiers depuis 1999 et les illuminations de noël.

 

Avec les " pin-pon "... avec les pompiers !

 

La compagnie de sapeurs-pompiers de Virey a été lancée en 1928, le conseil ayant décidé en 1920 de remettre en état une pompe à bras qui avait été offerte, sans doute avant la Grande Guerre par le châtelain de Virey M. de Lancesseur. Le premier chef de corps fut Hyppolite Pacilly qui tenait café et charpentier-couvreur, assisté du sergent Victor Giroult menuisier, et du caporal Louis Charlin maçon. La petite troupe était aussi composée, selon les souvenirs des anciens de Louis et Paul Gilbert, Victor Lemoussu, Julien Hamelin, Simon Bazin, Paul Lericolais. Ensuite vinrent s'y agréger Louis Normand et Marcel Lemoussu.

Juste avant la guerre, M. Pacilly étant parti tenir commerce à Saint-Hilaire-du-Harcouët, lui succéda Julien Hamelin comme chef de corps, et grâce à Etienne Martin (né en 1926 qui entra à la compagnie en 1948) on en sait un peu plus sur le fonctionnement de la fameuse pompe à bras et ses seaux de toile. Le matériel était rangé dans le préau de l'école des garçons (où est actuellement la cuisine de la salle des fêtes), et les tuyaux étaient mis à sécher dans les allées du jardin de l'instituteur, et la commune n'ayant pas trop de sous, c'est grâce à une quête que fut acquise la première moto-pompe, une occasion venant de Brécey.

Les manœuvres avaient lieu le premier dimanche du mois : recherche des points d'eau, entretien du matériel, et constitution d’une réserve à la Foulonnière pour garantir le bourg. " Heureusement, nous explique le vétéran, il y avait peu de sinistres importants car à l'époque, pas de portable pour mobiliser les hommes, sinon le tocsin. Le plus mémorable fut à la Pouchellière où on dut se brancher dans le ruisseau voisin. Par bonheur on avait toujours prévu de grandes longueurs de tuyaux. Le feu avait pris dans la grange on a pu sauver la maison, et ce fait d'armes nous permit d'obtenir une moto pompe toute neuve ".

La petite troupe formait une bande de copains qui fêtait comme il se doit chaque année en grande pompe, c'est bien là le cas de le dire, la Sainte-Barbe, et comme ajoute malicieusement Etienne Martin " ...il aurait mieux valu qu'il n'y ait pas de sinistre ce jour-là ". Mais, bien sûr, tout là-haut, la sainte patronne des soldats du feu et des artilleurs veillait au grain... Malgré tout, peu à peu, la compagnie perdit des hommes, atteints par la limite d'âge ou par décès. Ainsi Julien Hamelin à la tête de la compagnie fut remplacé par Simon Bazin, puis Etienne Martin dernier chef de corps à la dissolution en 1973 : " ...difficile de recruter, de se perfectionner pour les stages, d'acheter du matériel, en cas de coup dur il fallait appeler Saint-Hilaire-du-Harcouët et ce n'est pas de gaieté de cœur qu'on a décidé d'arrêter, satisfaits néanmoins d'avoir fait notre devoir ".

 

Le meunier, son fils et…le barrage

 

Il était une fois un meunier, Paul Gilbert, dont le moulin, propriété familiale depuis 1863 faisait la fierté. Il était situé à la Charbonnière, sur la commune de Saint-Martin-de-Landelles, en limite de Virey. Là, il moulait le blé qu'on lui apportait et il ravitaillait en farine, et les boulangers et les fermiers du coin.

 En outre, les sons (écorces de blé obtenues après broyage et tamisage) servaient aussi à la nourriture animale, les poules du meunier étaient souvent de belle venue et le cochon qu'il engraissait régalait la famille !

Le meunier ne passait donc pas pour un malheureux. On allait même jusqu’à lui faire une fâcheuse réputation parfois, partant du fait qu’il était facile de tricher sur la quantité de farine obtenue à partir du grain apporté … d’où cette affirmation que " les meuniers n’avaient pas droit au Paradis ". Pourtant, le travail de meunier était bien spécifique et parfois bien ingrat, qu’on exerçait souvent de père en fils. " Les bons meuniers naissent sur le cul des meules " avait-on l’habitude de dire, tout comme on disait aussi que " des mains abîmées étaient la fierté de la corporation " les meules étaient passées par là !

Son premier travail était de trier le blé pour éliminer les éléments indésirables comme brins de paille, sable, petits cailloux etc. ll était ensuite brossé puis humidifié pour qu’il gonfle et s’écrase plus facilement. Après quelques heures de repos, le grain était versé dans la trémie pour arriver dans un auget qui dirige le grain vers les meules. Le broyage pouvait alors commencer, puis le tamisage afin qu’il ne reste que la farine qui sera mise en sacs.

On retient du meunier sa silhouette couverte de la poussière blanche de farine, cette farine à l’odeur âcre en début de broyage qui desséchait la gorge et faisait tousser, allant même quelquefois jusqu’à déclencher la maladie, bien connue des meuniers : la silicose.

Autres préoccupations pour le meunier : l’entretien du moulin qui coûte fort cher, et les caprices de la rivière tantôt en crue l’hiver, tantôt à sec l’été, d’où l’utilité de vannes pour régler les niveaux d’eau, un soin constant s’imposant tant pour cette vantellerie que pour le bief (partie en amont du cours d’eau).

Donc, notre meunier travaillait dur comme tout un chacun en ce début du XXe siècle où on ne connaissait pas les loisirs. Entre autres distractions, à ses temps perdus, il pêchait dans la rivière poissonneuse dont le débit activait les pales du moulin. Sa pêche ? Du poisson blanc bien sûr, appâté par les brisures de blé qui ne manquaient pas de se déverser dans l’eau, mais aussi des anguilles aussi belles que nombreuses que la meunière venait vendre à Saint-Hilaire-du-Harcouët. Certains aînés s'en souviennent encore car son panier était parfois plein à craquer. Il fallait voir comme ça grouillait là dedans !

Cela, c’était le bon temps car un jour, notre brave meunier apprit qu’on projetait de construire un barrage pour répondre aux besoins en électricité de la région. Il faudrait bien sûr une retenue d’eau impliquant de noyer toute une vallée, celle-là même où se trouvait le moulin de ses ancêtres. Quel choc !

Les pourparlers d’expropriation s’engagèrent, durèrent longtemps mais la décision fut sans appel : votre moulin va disparaître sous les eaux, mais vous toucherez une indemnité pour reconstruire et vous réinstaller. En effet, les travaux du barrage de Vezins commencèrent en 1929 pour se terminer en 1932. En fait, Paul Gilbert, notre meunier - c'est lui - n'a pas reconstruit de moulin mais il est venu s'établir au pont de la République à Virey où il possédait un autre moulin à tan et à farine acquis en 1918.

Le moulin a ensuite été repris par Louis Gilbert, son fils, peu de temps après, en 1936 et avec qui l'exploitation a cessé en 1981.

 

Fini le moulin, pourrions-nous penser…oui, mais pas tout à fait. En effet, la structure est toujours là, attenante à l'habitation qui est celle, aujourd'hui de Louis Gilbert, le deuxième du nom (petit-fils et fils de nos meuniers) et de son épouse Marie-Anne. Lui, en activité ne moulait pas le blé, non… mais il en vendait : il était grainetier .

Son fils Sébastien a pris la relève et tient commerce à Saint-Hilaire-du-Harcouët. Pour les besoins de son activité, il continue de venir broyer de l'orge et du maïs " chez papa ". A son tour, il valorise le magnifique outil de travail qui fut celui de ses ancêtres et ne fera pas mentir l'adage qui disait, en son temps : " qui fuit la meule, fuit la farine " autrement dit " qui fuit le travail , fuit le profit ".

Cependant, au moulin, ne vous attendez pas à entendre parler d'oseille etc. Oh que non, car on y parle toujours plus volontiers de …blé !

 

Paul Barbedette, l'historien local

 

De " l'urgente minutie de la typographie " qu'il exerça pendant près de 25 ans dans l'hebdomadaire local, Paul a conservé la concision, le sens de l'essentiel. Originaire du Mesnillard voici 73 ans, arrivé à Virey par mariage en 1964 après, comme beaucoup d'hommes de sa génération, avoir guerroyé pendant 15 mois en Algérie, le goût de l'histoire inculqué par Jean Lehéricey à l'école du Mesnillard ne l'a jamais quitté. Conseiller municipal pendant 25 ans, près de Jean Lefrançois, et ami du dernier curé résidant (le Père Dominique Ballé) qui lui ouvrit les archives paroissiales, il a inlassablement compulsé, répertorié, tant sur Virey que sur sa commune d'origine, des tas de documents, au point même de recevoir les félicitations de l'archiviste départemental Nédelec. Les auteurs de ce livre se sont d'ailleurs pas mal appuyés pour réaliser cet ouvrage, sur ses recherches qui s'orientent désormais vers la généalogie de sa famille partie vers 1700 de la Garchinière, en Saint-Brice-de-Landelles. Sa famille serait apparentée à celle dont certains membres assistèrent à l’apparition de la Vierge de Pontmain.

 

Victor Pelchat

la vie d'un boulanger de campagne

Le fonds avait été créé en 1950, il s'arrêta faute de reprise le 30 septembre 1983, mais il reste du boulanger Victor Pelchat (décédé en 2007) de belles images et surtout le souvenir des gestes de l'artisan, d'un métier " à l'ancienne ", tout au feu de bois, qu'il avait appris pendant la guerre, dès l'âge de 13 ans, chez Dubois, rue de Bretagne à Saint-Hilaire-du-Harcouët.

Né en 1922, comme beaucoup d'hommes de sa génération, la guerre fut dure pour lui, déporté en Allemagne pour le STO (Service du Travail Obligatoire). La reprise du métier sitôt de retour à Fougères l’aida à surmonter l’épreuve. Son épouse Suzanne, qui tenait le magasin également de graineterie et d'aliments pour les volailles se souvient d'une vie simple : " levé à deux heures avec le samedi une journée non stop de 9 h à 13 heures le lendemain car le dimanche restait la grosse journée avec la fournée, mais aussi les brioches. La journée, après un peu de repos, c'étaient les tournées en campagne sur Virey bien sûr, mais aussi Martigny et jusqu'à Saint-Hilaire-du-Harcouët. Au magasin c'était le contact avec la clientèle, on connaissait tout le monde, partageant les joies et les peines car mon mari allait partout dans les petites fermes, porter le pain, le grain et le son ".

De tradition, le meunier gardait une partie de la farine élaborée avec le grain fourni. Ce pouvait être 10% ou 20% selon que le meunier allait livrer cette farine ou si au contraire le fermier venait en prendre possession au moulin. Il arrivait aussi que le boulanger ne paye qu’une partie de la farine, le surplus, échangé en bons donnait droit à quelques kilos de pain.

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